Avancées de l’Autriche dans la mise en œuvre de sa stratégie recherche, technologie et innovation.

Autriche

Rapport
Autriche | Politiques de recherche, technologiques et universitaires
1er février 2016

Ces dernières semaines, les autorités autrichiennes ont publié deux documents permettant d’apprécier les avancées des stratégies recherche, développement et innovation du pays. Il s’agit d’une part du rapport annuel 2015 sur la recherche et la technologie en Autriche et d’autre part de l’évaluation à mi-parcours de la stratégie recherche, technologie, innovation (FTI) du pays. Ils permettent d’appréhender les performances du pays, qui restent supérieures aux moyennes européennes, mais également d’identifier les faiblesses persistantes du système de recherche et développement (R&D).

Publication du rapport annuel sur la recherche et la technologie en Autriche

Début juin 2015, le gouvernement fédéral autrichien a soumis son rapport annuel de recherche et technologie (Österreichischer Forschungs- und Technologiebericht 2015) au parlement autrichien. Ce rapport, soumis et débattu chaque année au Parlement, a été préparé par les équipes du ministère fédéral pour la science, la recherche et l’économie (BMWFW) et du ministère fédéral des transports de l’innovation et de la technologie (BMVIT).

Le rapport présente les récents résultats relatifs à la situation du pays quant aux dépenses de R&D pour l’année 2015, son positionnement dans les classements internationaux mais également les avancées dans la mise en œuvre de la stratégie FTI (Forschung, Innovation, Technologie pour Recherche, Innovation, Technologie) de l’Autriche. Cette stratégie FTI a été mise en œuvre par le gouvernement autrichien à partir de 2010 et vise à faire du pays l’un des chefs de file européens de l’innovation à l’horizon 2020. En outre, il aborde la question des liens entre innovation et emploi, l’avancement des thématiques d’égalité des chances et de genre dans la stratégie FTI, ainsi que les opportunités relatives à une commande publique innovante dans les domaines clefs identifiés par la stratégie.

D’après le rapport, les dépenses de R&D autrichiennes ont continué de croitre et atteignent en 2015 un montant de 10,1 milliards d’euros, soit près de 3,01% du PIB, au-dessus donc de la moyenne de l’Union européenne (2,02% en 2013, UE-28 [1]), et en augmentation de 2,8% par rapport à 2014.

Dans le détail, la part du secteur privé a cru pour atteindre 3,9% et représente près de 47,2% des dépenses totales de R&D. Les investissements étrangers représentant une part de 15%, en croissance également. Au total, le secteur privé représente ainsi près de 62% des investissements faits dans la R&D en Autriche. Avec ces chiffres, le pays se rapproche des objectifs fixés par l’UE et la stratégie nationale FTI visant à ce que l’innovation soit financée pour 2/3 par le secteur privé et pour 1/3 par le secteur public. Les dépenses fédérales de R&D sont quant à elles estimées à 3,21 milliards d’euros, soit 32% des dépenses de R&D et une augmentation de 1,4% par rapport à 2014.

Le rapport montre que si l’Autriche a dans l’ensemble renforcé sa capacité d’innovation, cette performance est à relativiser si l’on s’en réfère aux classements internationaux (voir à ce sujet le BVST sur le Tableau de bord européen de l’innovation)

Le rapport porte sur différents aspects :

  • La recherche scientifique et l’enseignement supérieur  : La constitution de profils universitaires, la définition de thèmes centraux pour la recherche et la mise en place d’objectifs universitaires de long terme en lien avec une gestion des ressources stratégiques renforcée. Le rapport intègre également la notion du concept de « smart specialisation » promu par la commission européenne afin de former de nouvelles stratégies régionales d’innovation, de croissance et les liens des universités avec ces régions.
  • L’Industrie 4.0.  : il s’agit du potentiel des nouvelles technologies de production et de communication. Cela passe par le renforcement du financement d’infrastructures à large bande/haut débit par le ministère de l’innovation et de la technologie et la mise en place avec le ministère de la science de la recherche et de l’économie d’initiatives pour « l’Industrie 4.0 » (ce thème sera plus amplement développé dans un prochain BVST). Le rapport se focalise notamment sur le renforcement nécessaire dans le cadre de l’industrie 4.0 des compétences relatives des travailleurs ainsi que de l’optimisation des stratégies d’entreprises.
  • L’industrie des techniques énergétiques et environnementales qui comptent depuis des décennies parmi les branches les plus denses en recherche et innovation d’Autriche. D’après les auteurs du rapport, à travers l’innovation de produit, la performance ne croît pas uniquement dans les entreprises innovantes mais dans l’ensemble du secteur.
PNG - 550.4 ko

Evaluation à mi-parcours de la stratégie de recherche, technologie, innovation de l’Autriche

Le Conseil autrichien de la recherche (Austrian Council) a publié en juin dernier un rapport sur la performance scientifique de l’Autriche. Ce dernier a été publié en annexe du rapport annuel sur la recherche et la technologie. Il permet de replacer les résultats du rapport annuel dans la perspective plus large de la mise en place de la stratégie FTI (recherche, technologie, innovation) et constitue à ce titre une évaluation à mi-parcours de cette dernière.

La conclusion principale de ce rapport est que malgré des efforts notoires, la performance autrichienne n’est pas suffisante pour atteindre l’objectif de devenir un chef de file de l’innovation dans les prochaines années. Le rapport dresse la liste de l’ensemble des problèmes existants et formule des recommandations d’amélioration.

Hannes Androsch, président de l’Austrian Council voit quelques « perles » de l’innovation mais sans chaîne pour les lier entre elles. Un allègement du droit des fondations a permis d’augmenter la part des investissements privés dans la R&D, de même que l’augmentation de la prime à la recherche de dix à douze pour-cent. Néanmoins les principales faiblesses du système de R&D autrichien soulignés par la stratégie FTI sont toujours d’actualité et le pays reste éloigné de l’objectif de consacrer l’équivalent de 3,76% de son PBI (env. 330 Md € en 2013 contre 2132 Md € pour la France [2] dans la R&D.
L’écart entre la situation du pays et la position souhaitée de chef de file de l’innovation s’est maintenu, si ce n’est accru. Si la part du PIB consacrée à la R&D a augmenté dans les dernières années, cela s’explique par le fait que ce dernier n’a que faiblement cru (croissance de 0,2 et 0,3% pour 2013 et 2014 ). L’Austrian Council, en coopération avec l’Institut pour la recherche économique, a développé une série d’indicateurs testés annuellement afin de fournir une base pour le rapport. La situation autrichienne n’est pas alarmante mais des déficits et lacunes persistent.
Dans le domaine de l’éducation, alors que le système scolaire connait des évolutions positives, la performance de l’enseignement supérieur est jugée insuffisante. Sont soulignés un nombre trop faible de doctorants dans les domaines des mathématiques, de l’informatique et des sciences naturelles et techniques (MINT) ainsi que des dépenses par étudiant insuffisantes. Il a été également souligné la contribution encore trop modeste des universités et institutions de recherche dans l’innovation et l’apport de nouveaux produits ou inventions. Il s’agirait de rendre les filières MINT plus attractives pour les étudiants alors que ces dernières souffrent de la réputation d’être difficiles, notamment de par les connaissances mathématiques pré-requises.

Pour les auteurs du rapports, ces lacunes ne sont pas uniquement dues au système d’enseignement mais relèvent plus généralement d’un problème sociétal. Une culture de l’innovation, un esprit d’entreprise et de création ferait défaut à l’Autriche, ce à quoi s’ajoutent des lacunes relatives au financement en capital-risque. Des entreprises « spin-off » et des « start-ups » peinent ainsi à émerger dans le domaine universitaire.

Pour les rédacteurs du rapport, il est encore possible de prendre les mesures afin d’atteindre, même partiellement, les objectifs de la stratégie FTI.

Les rédacteurs du rapport formulent cinq recommandations :

  • Une intensification des réformes du système éducatif ;
  • Une augmentation des moyens accordés aux financements compétitifs pour la recherche fondamentale ;
  • Une optimisation accrue des conditions cadres pour la création et le développement d’entreprises ;
  • Une amélioration des structures de gouvernance pour la mise en place de la stratégie FTI ;
  • Un soutien accru à des mesures permettant d’augmenter la part privée dans le financement de la R&D.

Sources :

PLAN DU SITE