Présentation de la Hongrie
Présentation
Sommaire
Données générales
Nom officiel : Hongrie
Nature du régime : Démocratie parlementaire
Forme de gouvernement : République
Chef de l’Etat : Président de la République : Janos Ader (élu par le parlement le 2 mai 2012)
Premier ministre : Viktor Orbán (nommé le 14 mai 2010)
Monnaie : forint
Fête nationale : 20 août – Saint Etienne (15 mars : révolution de 1848 et 23 octobre : soulèvement de 1956)
Langue officielle : hongrois
Données géographiques
Superficie : 93 030 km²
Capitale : Budapest (1.712.000 hab.)
Villes principales : Debrecen, Miskolc, Szeged, Pécs, Györ
Données démographiques
Population : 9,960,000
Densité : 107,03 hab/km²
Croissance démographique : - 0,17% (2011)
Espérance de vie : Hommes : 71,2 ans ; Femmes : 78,7 ans (2011)
Taux d’alphabétisation : 99,4 %
Religions : catholiques (67,5 %), calvinistes (20 %), luthériens (5 %)
Indice de développement humain : 0,816 ; rang 38 (2011)
Données économiques (données 2012)
source : DGTPE
PIB : 99,6 Md€
PIB (SPA) par habitant : 16 500 € (2011)
Taux de croissance : -1,7%
Taux de chômage : 10,8%
Taux d’inflation : 5,7%
Déficit public : -2,4%
Dette publique : 78,6%
Exportation de biens : 80,6 Md€ (2011)
Importation de biens : 73,6 Md€ (2011)
Balance commerciale : 7 Md€ (2011)
Part des principaux secteurs d’activités (en % de PIB) : - Agriculture : 3,5 %
Industrie : 31 %
Services : 66,9 %
Exportations de la France vers la Hongrie (2012) : 2785 M€ - (9ème fournisseur)
Importations françaises de Hongrie (2012) : 3181 M€ - (6ème client)
Structure sectorielle des échanges France/Hongrie (2011)
Exportations
Equipements mécaniques, matériel électrique, électronique : 34,1%
Produits pharmaceutiques : 15,1%
Matériels de transport : 14,4%
Produits chimiques, parfums et cosmétiques : 11,3%
Importations
Equipements mécaniques, matériel électrique, électronique : 49,5%
Matériels de transport : 12,2%
Produits en caoutchouc et plastique : 8,2%
http://www.tresor.economie.gouv.fr/…
Consulat de France : Budapest
Communauté française en Hongrie : environ 5 000 personnes dont 2 421 inscrites (septembre 2012)
Communauté hongroise en France : environ 30 000 personnes
La Hongrie et l’UE
source : Commission européenne
Contribution au budget de l’UE 2011 : 0,836 Mds€
Fonds européens perçus en 2011 : 5,33 Mds€
Bénéficiaire net en 2011 : 4,49 Mds dont :
3,63 Mds€ au titre de la politique de cohésion
1,5 Mds€ au titre de la PAC
Cadre financier 2007-2013 : 25,7 Mds€
Cadre financier 2014-2020 : 20,5 Mds€
Nombre de députés au Parlement européen : 22 /736, dont 1 vice-président du PE, László Surján (PPE) élu le 18/01/2012
Nombre de voix au Conseil de l’UE (pondération, Traité de Nice) : 12 / 345 soit 3,5%
Nombre de voix au Conseil de l’UE (critère démographique, Traité de Lisbonne) : 2,03% (-1,4%, soit la perte la plus importante en Europe avec la République tchèque).
Commissaire européen : László Andor, chargé de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion.
Politique intérieure
La Hongrie est entrée dans une nouvelle ère politique avec les élections législatives d’avril 2010. La coalition FIDESz (conservateurs, groupe PPE au Parlement européen) - KDNP (démocrate chrétien, inféodé au FIDESz) a remporté, avec 263 sièges au parlement, une majorité supérieure aux deux-tiers (227 sièges au FIDESz, 36 au KNDP). Deux importants partis historiques centristes de la transition démocratique - MDF (Forum démocrate) et SzDSz - ont subi une déroute électorale et ont été dissous. Un parti d’extrême droite, Jobbik, est entré pour la première fois au parlement avec 47 élus. Le parti socialiste, MSzP, n’a acquis que 59 sièges. Les élections municipales du 3 octobre 2010 ont confirmé l’emprise du FIDESz, la mairie de Budapest ayant été obtenue par Istvan Tarlos avec les voix du FIDESz.
Grâce à cette victoire, Viktor Orbán, co-fondateur du FIDESz en 1988, devient premier ministre, fonction qu’il avait déjà exercée entre 1998 et 2002. Alors âgé de 35 ans, il avait mené une politique de réformes énergique mais avait échoué aux élections législatives de 2002, après la conclusion d’une alliance entre le parti socialiste MSzP et le parti centriste SzDSz, menée (à partir de 2004) par Ferenc Gyurcsány. Il essuie un deuxième échec aux législatives de 2006, avant sa victoire en 2010.
Le 1er janvier 2012, une nouvelle constitution ou Loi fondamentale hongroise est entrée en vigueur. Elle remplace la constitution de 1949, amendée en 1989 lors de la transition démocratique. La constitution est accompagnée par une trentaine de lois « cardinales » (adoptées et modifiables à la majorité des deux-tiers) et par plus de trois cents lois ordinaires adoptées depuis l’arrivée au pouvoir du parti conservateur Fidesz en mai 2010. Elle a été modifiée à quatre reprises depuis son entrée en vigueur. La dernière modification - substantielle - a été votée par le Parlement le 11 mars 2013. Elle limite en particulier les pouvoirs de la Cour constitutionnelle. La Commission européenne et le Conseil de l’Europe ont déploré le manque de dialogue préalable à son adoption ainsi que les incertitudes que les nouvelles dispositions faisaient peser sur le respect de l’équilibre des pouvoirs en Hongrie. La France a également fait part de sa préoccupation.
Dans le nouvel ordre constitutionnel, le régime parlementaire hongrois reste caractérisé par la prépondérance du premier ministre (il ne peut être renversé par le Parlement qu’à la condition que son successeur soit simultanément désigné), face à un président, élu par le parlement, jouant un rôle d’arbitre, et face à un parlement monocaméral. La nouvelle loi électorale, adoptée le 23 décembre 2011, prévoit l’élection des députés à un seul tour, au scrutin de circonscription et au scrutin proportionnel de liste. Le nombre de députés est réduit de 386 à 199 (106 mandats individuels et 93 provenant d’une liste). Le droit de vote, uniquement pour le scrutin de liste, est accordé aux Hongrois de souche, citoyens d’autres Etats.
Panorama des reformes engagées en Hongrie
La nouvelle Loi fondamentale, les lois constitutionnelles, adoptées pour nombre d’entre elles lors de la session extraordinaire du parlement durant les derniers jours de 2011, ainsi que plus de 400 lois ordinaires, ont introduit des réformes qui modifient de manière significative le fonctionnement des institutions hongroises.
Réforme de la justice (loi constitutionnelle du 28 novembre 2011) :
L’âge de la retraite des juges a été modifié passant de 70 à 62 ans. Cette mesure, mise en œuvre depuis janvier 2012, provoque le départ à la retraite de 10% des magistrats. La Cour constitutionnelle hongroise a censuré une partie de cette loi et la Cour de Justice de l’Union européenne a condamné la Hongrie, le 6 novembre 2012, pour non respect de la directive européenne sur l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail. La Hongrie doit désormais prendre les mesures légales nécessaires pour se mettre en conformité avec ces arrêts.
Le Conseil judiciaire national est dissout au profit d’un nouvel Office national de la justice, dont la présidente est dotée d’une complète autorité sur l’administration, la gestion et le contrôle des tribunaux, ainsi que sur la nomination des juges. Avec le procureur général, elle possède le droit de choisir quel juge se prononcera sur une affaire donnée.
La Cour suprême, plus haute juridiction hongroise, est transformée en Curia. Son président a été nommé en décembre 2011 pour 9 ans. L’ancien président de cette instance, M. Andreas Baka, n’a pas été reconduit, ne répondant pas à la nouvelle exigence de cinq ans d’expérience judiciaire hongroise (il avait été juge à la CEDH de 1991 à 2008).
La Cour constitutionnelle voit ses prérogatives restreintes : elle ne peut plus se prononcer sur les textes ayant un impact sur le budget tant que la dette est supérieure à 50% du PIB. Sa saisine est limitée (abandon de la saisine directe par les citoyens). Le nombre de juges passe de 11 à 15, ils sont nommés par le parlement, et leur mandat passe de 9 à 12 ans. La révision constitutionnelle de mars 2013 réduit davantage encore les marges de manœuvre de la Cour : elle ne peut plus se référer, dans sa jurisprudence, aux arrêts rendus avant l’entrée en vigueur de l’actuelle Constitution (1er janvier 2012) ; elle ne pourra désormais exercer qu’un contrôle sur la forme (et non sur le fond) d’éventuelles nouvelles dispositions constitutionnelles.
Réforme de la Banque centrale hongroise. La nouvelle loi, adoptée le 30 décembre 2011, a introduit des changements significatifs dans la composition et le fonctionnement des organes de décision de la banque et dans l’organisation du Conseil monétaire. Fortement critiquée pour ses atteintes à l’indépendance de l’institution, cette réforme a été à l’origine de la suspension des discussions entre la Hongrie, le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne sur l’octroi d’une aide financière demandée par la Hongrie. A la suite des injonctions de la Commission et de la Banque centrale européenne (BCE) dans le cadre d’une procédure d’infraction pour non-respect du droit de l’UE, le parlement hongrois a modifié, le 6 juillet 2012, les dispositions critiquées. Ces modifications ont recueilli l’aval des trois institutions (FMI, BCE, Commission). Par ailleurs, Viktor Orbán a nommé début mars 2013 son ministre de l’Economie Gyorgy Matolcsy à la tête de la Banque centrale, en remplacement d’Andras Simor, dont le mandat se terminait. Cette nomination a été critiquée comme portant atteinte à l’indépendance de la Banque centrale, Gyorgy Matolcsy étant jugé comme trop proche du premier ministre.
Loi sur la stabilité financière (adoptée le 23 décembre 2011). Cette loi cardinale impose un taux unique (16%) pour l’impôt sur le revenu. Ces mesures rendent très difficile une modification de la politique fiscale à l’avenir, dès lors qu’un gouvernement ne disposerait pas d’une majorité des deux tiers au parlement.
Autorité de protection des données. Une nouvelle Agence nationale de la protection des données personnelles a été créée, en mettant prématurément fin au mandat de six ans du médiateur nommé à ce poste en 2008 et en modifiant le statut de son successeur. A la suite des injonctions de la Commission européenne, émises dans le cadre d’une procédure d’infraction, le parlement hongrois a amendé la loi le 2 avril 2012, en renforçant l’indépendance du président de l’autorité (la possibilité pour le chef de l’Etat de le révoquer a été supprimée). La Commission européenne a néanmoins saisi la Cour de Justice de l’Union européenne dont l’arrêt est attendu en 2013.
Loi sur les Eglises. Adoptée en juillet 2011 comme loi ordinaire et annulée en décembre par la Cour constitutionnelle pour vice de procédure, la nouvelle loi sur les religions est repassée comme loi constitutionnelle le 30 décembre 2011. Elle donne un statut officiel à 14 communautés religieuses contre 300 précédemment (la reconnaissance ouvre la possibilité de percevoir des subventions), exigeant des communautés une présence en Hongrie de 20 ans minimum ou une histoire internationale remontant à au moins 100 ans. En février 2012, le parlement hongrois a répondu favorablement à 18 demandes supplémentaires d’octroi de statut officiel présentées par les communautés religieuses (sur 84). Fin février 2013, la Cour constitutionnelle a prononcé l’annulation partielle de cette loi. L’absence de justification lors de l’accord (ou non) par le parlement du statut de « religion reconnue » et l’impossibilité de faire appel de la décision ont été déclarées anticonstitutionnelles.
Loi sur les médias. Entrée en vigueur le 1er janvier 2011 au début de la présidence hongroise du Conseil de l’UE, cette loi ordinaire a été modifiée une première fois en mars 2011 sur les recommandations de la Commission européenne. Cependant, de nombreuses dispositions controversées ont subsisté : obligation pour les journalistes de dévoiler leurs sources dans certaines circonstances, pouvoirs de contrôle du nouveau Conseil des médias (MT) et du président de la Commission des médias et de la communication. Conformément à l’exigence de la Cour constitutionnelle (résolution du 19 décembre 2011) appuyée par la commissaire européenne Nelly Kroes, le parlement hongrois a de nouveau amendé la loi le 28 mai 2012, en renforçant notamment la protection des sources d’information des journalistes. Le Conseil de l’Europe, également saisi de cette question, a estimé que des modifications supplémentaires seraient nécessaires concernant les procédures de nomination des organes de régulation.
Reactions en Europe
L’ampleur, le rythme et la nature des réformes engagées en Hongrie, ont suscité des débats au sein des institutions et organisations européennes quant à la conformité de la nouvelle législation au droit européen, voire aux principes démocratiques et aux valeurs de l’UE. La Commission de Venise du Conseil de l’Europe, ainsi que la Commission européenne ont procédé à des analyses juridiques détaillées des dispositions controversées de la législation hongroise. Le président Barroso, ainsi que plusieurs commissaires européens ont exhorté, dès 2011, en vain, les autorités hongroises à se conformer au droit européen en retirant ou amendant certains projets de loi.
Parlement européen saisi de la question du respect par la Hongrie des valeurs de l’UE
La résolution sur la situation en Hongrie, adoptée par le Parlement européen le 16 février 2012, évoquait de « graves inquiétudes » et la possibilité d’activation de la procédure de l’article 7 du TUE (constat par le Conseil d’un risque clair de violation des valeurs de l’Union qui peut conduire jusqu’à la suspension du droit de vote). La résolution contenait des recommandations sur huit sujets : indépendance de la justice, de la Banque centrale, de l’autorité de la protection des données, compétences de la Cour constitutionnelle, lois sur les médias, sur les églises, sur la procédure électorale, ainsi que le droit à l’opposition politique. Un rapport est en cours de rédaction par la commission des libertés civiles du Parlement européen sur la mise en œuvre de ces recommandations par les autorités hongroises.
Procédures contentieuses pour non-respect du droit de l’UE engagées par la Commission européenne
La Commission européenne a engagé, le 17 janvier 2012, trois procédures d’infraction à l’encontre de la Hongrie : sur l’âge de la retraite des juges, sur l’autorité de protection des données et sur la Banque centrale. Les autorités hongroises ont répondu aux mises en demeure émises dans le cadre de ces procédures, en apportant des modifications dans la législation.
Seules les modifications apportées à la loi sur la Banque centrale ont été jugées satisfaisantes par la Commission : le 19 juillet 2012, elle a clôturé la procédure d’infraction, ce qui a permis à la Hongrie de reprendre les discussions avec la Commission et le FMI sur l’obtention d’une aide de précaution.
Les deux autres procédures - retraite des juges et protection des données - ont fait l’objet d’une saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) par la Commission en mars 2012. Sur la retraite des juges, la CJUE a condamné la Hongrie le 6 novembre 2012 dans le cadre d’une procédure accélérée sur la retraite des juges pour non-respect de la directive européenne sur l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail. La Cour constitutionnelle hongroise avait auparavant invalidé la loi. Le gouvernement a annoncé fin décembre 2012 qu’il allait proposer un nouveau projet de loi sur la question. La procédure concernant l’autorité de protection des données suit son cours.
La Hongrie et ses minorités
Minorités sur le sol national
Des treize minorités officiellement reconnues en Hongrie (appelés « nationalités » dans la nouvelle constitution entrée en vigueur en 2012), les plus nombreuses sont les Roms (700 000 personnes environ), les Allemands (entre 100 et 200 000), les Slovaques (100 000), les Croates (80 000) et les Roumains (25 000). Un cadre juridique solide garantit leurs droits : la Hongrie a ratifié la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l’Europe de 1995, tandis que la nouvelle constitution, qui définit les nationalités comme des éléments créateurs de l’Etat et sa loi organique, ont reçu un avis globalement positif de la part de la Commission de Venise.
La législation hongroise garantit aux minorités le droit à la promotion de leur culture, à l’enseignement dans leur langue et à la représentation politique au niveau local. En outre, la Hongrie est dotée d’une organisation politico-administrative, permettant aux minorités de disposer d’organismes d’autonomie : environ deux mille « gouvernements locaux » élus représentent les intérêts d’une minorité donnée au niveau local.
La communauté rom, bien que la plus nombreuse (7% de la population), reste la moins intégrée dans la société hongroise et la plus fragile économiquement. Les Roms font l’objet d’une exclusion précoce : la ségrégation scolaire, pourtant interdite par la loi, est présente de fait dans un tiers des écoles primaires. L’échec scolaire est élevé, l’accès à l’enseignement supérieur difficile, tandis que le taux de chômage dans la communauté s’élève à 70% et l’espérance de vie est de 10 ans inférieure à la moyenne nationale. La moitié des Roms de Hongrie est en situation d’extrême pauvreté, et la communauté est surreprésentée au sein de la population carcérale.
Le gouvernement hongrois a mis la question de l’intégration des Roms à l’agenda de sa présidence du Conseil de l’Union européenne, au premier semestre 2011. La mise en place du cadre européen pour les stratégies nationales d’intégration des Roms est considérée par les Hongrois comme un des succès de cette présidence, et ils ont été les premiers à présenter leur stratégie nationale à la Commission.
Néanmoins, le Conseil des droits de l’Homme (examen périodique universel 2011) ainsi que le rapporteur spécial de l’ONU pour le racisme (mission en mai 2011) ont appelé le gouvernement de M. Orban à traduire les obligations internationales hongroises en engagements nationaux effectifs.
En effet, le sentiment anti-Rom présent en Hongrie est exploité par le parti nationaliste d’extrême droite Jobbik. Sa montée en puissance (47 sièges à l’Assemblée nationale à l’issue des élections 2010) s’accompagne de campagnes d’intimidation par les milices extrémistes, particulièrement dans le nord du pays.
En adoptant en juillet 2011 une loi obligeant les bénéficiaires de l’allocation chômage à effectuer des travaux d’intérêt général, la diète hongroise s’est inspirée, aux yeux des critiques de cette loi, de propositions introduites dans la campagne électorale par le Jobbik.
Minorités hongroises dans les Etats frontaliers
On estime qu’environ 1 200 000 Hongrois vivent en territoire roumain (Transylvanie), 500 000 dans le sud de la Slovaquie, 300 000 en Serbie (Voïvodine) et 150 000 en Ukraine. De manière générale, tout en préservant leurs traditions et la pratique de la langue hongroise, ces populations sont bien intégrées et participent activement à la vie politique.
En Roumanie, les Magyars ont fait partie de plusieurs coalitions gouvernementales par le biais de l’UDMR (Union démocratique des Magyars de Roumanie), en Slovaquie le parti des minorités hongroises Most-Hid a obtenu 13 sièges aux élections législatives de 2012, tandis que les Hongrois de Voïvodine exercent leur influence à travers le Conseil national de la minorité hongroise et le parti SVM.
La constitution hongroise dispose que la République de Hongrie est « responsable des Hongrois résidant hors de son territoire et promeut et soutient leurs relations avec la Hongrie ». Plusieurs dispositions législatives, adoptées par les deux gouvernements conservateurs de Viktor Orban, viennent concrétiser ce postulat.
En 2001, la « loi sur le statut » a instauré la délivrance des « certificats d’identité hongroise » aux personnes « en relation avec l’héritage culturel » ouvrant les droits à une assistance de l’Etat hongrois sur le territoire d’un autre Etat, par exemple dans le domaine scolaire (octroi de bourses).
En 2010, l’amendement de la loi sur les nationalités a considérablement allégé la procédure de l’acquisition de la nationalité hongroise par les minorités magyarophones des pays frontaliers.
En 2011, la nouvelle loi électorale a prévu l’octroi du droit de vote aux minorités hongroises d’outre-frontières, dont les modalités pratiques ne sont pas encore déterminées.
Situation économique
La situation macroéconomique de la Hongrie se caractérise par l’obligation de réduction de sa dette publique, dans un contexte de faible croissance (-1,2% en 2012 et +0,1% prévu pour 2013), d’un repli de la confiance des chefs d’entreprise et des consommateurs, du durcissement des conditions de crédit et financières, du désendettement en cours des entreprises et des ménages et d’un important assainissement budgétaire.
La croissance hongroise repose essentiellement sur les exportations, notamment vers l’Allemagne qui capte 25% du marché de l’export hongrois. En 2012, les investissements ont diminué de 5,2%. Le chômage concerne 10,4% de la population active.
En ce qui concerne le déficit public, la Hongrie est en procédure de déficit excessif depuis son entrée dans l’UE en 2004. Le déficit budgétaire 2011 s’établit à 2,4% du PIB, mais selon la Commission européenne ce déficit aurait atteint 5,25% du PIB sans les recettes à caractère exceptionnel (taxes de crise et nationalisation des fonds privés de retraite).
Ainsi, le 13 mars 2012, les ministres des finances de l’UE ont estimé que les efforts entrepris par le gouvernement pour corriger le déficit étaient insuffisants et ont voté en faveur du gel d’une partie (495M€ sur 1,7Md€) des fonds de cohésion auxquels la Hongrie est éligible en 2013. Ce gel a été levé par lors du Conseil ECOFIN du 22 juin 2012, les Etats membres ayant estimé que les économies prévues dans le cadre du budget 2012 devraient permettre au gouvernement hongrois de ramener le déficit à 2,5%.
Dans le but de maintenir les objectifs de réduction du déficit budgétaire, des taxes exceptionnelles de crise ont été introduites en 2010 dans les domaines de l’énergie, de la grande distribution, des télécommunications, des banques.
Le gouvernement hongrois a décidé de rendre permanente la taxe sur les banques à partir de 2013, ainsi que d’augmenter celle sur les entreprises du secteur énergétique de 27% à 50%. Concernant la taxe sur les télécommunications, la Commission a assigné la Hongrie devant la Cour de justice de l’Union Européenne, dans le cadre d’une procédure d’infraction engagée en mars 2011, en considérant cette taxe illégale.
Une autre fragilité de la Hongrie réside dans l’asymétrie entre les avoirs et les engagements libellés dans des devises différentes et sur des maturités différentes. Par exemple, les ménages hongrois dont les actifs sont en forint sont endettés massivement à long terme en francs suisses pour l’immobilier voire l’automobile ou la consommation. La part des devises dans le taux d’endettement des ménages est de l’ordre de 60%. Face à ce défi, le gouvernement a introduit un nouveau plan d’aide aux ménages, accessible à la majorité d’entre eux contrairement au plan précédent, avec une possibilité de demander, jusqu’au 31 décembre 2012, le gel de leurs mensualités pendant cinq ans au maximum.
Face à ces difficultés, les autorités hongroises ont fait une demande d’aide de précaution (15 Mds d’euros soit 15% du PIB) auprès du FMI et de l’Union européenne, en novembre 2011. Les discussions ont été interrompues par le FMI et la Commission un mois après, à la suite de l’adoption par le parlement hongrois des lois controversées sur la réforme de la Banque Centrale et sur la stabilité financière.
A la suite de l’adoption par le parlement hongrois de modifications juridiques dans les statuts de la banque centrale, conformément aux engagements pris par le Premier ministre hongrois vis-à-vis du Président Barroso, la Commission européenne a clôturé, le 19 juillet 2012, la procédure d’infraction, ce qui a permis à la Hongrie de reprendre les discussions avec elle et le FMI sur l’obtention d’une aide de précaution. Les négociations se sont closes fin janvier 2013, Viktor Orban affirmant que la Hongrie « n’avait pas besoin d’un prêt » et « préférait se financer sur les marchés ».
Pour mémoire, le pays a déjà bénéficié d’un prêt de 20 milliards d’euros du FMI, de l’Union européenne et de la Banque mondiale en 2008. A l’arrivée au pouvoir du FIDESZ au printemps 2010, le gouvernement avait renoncé à la dernière tranche de 6 milliards d’euros.
La question énergétique en Hongrie
Alors que la demande intérieure augmente, la Hongrie souffre d’une situation énergétique extrêmement vulnérable. Ayant la production énergétique la plus faible de la région, le pays importe 62% de sa consommation d’énergies fossiles, dont 82% du gaz naturel en provenance de Russie. Cette dépendance est particulièrement sévère dans le secteur de la production de chaleur, qui se base à plus de 80% sur le gaz naturel.
Fortement handicapée par la vétusté de ses unités de production thermiques et l’obsolescence de son bâti immobilier, elle possède en outre un très faible taux d’efficacité énergétique. La part des énergies renouvelables est faible dans la consommation totale (7,3%, dont la moitié est issue en réalité de la cogénération).
En réaction à cette situation, une nouvelle stratégie énergétique nationale a été validée par le gouvernement en juillet 2011, fondée sur trois principes : la durabilité, la compétitivité économique et la sécurité de l’approvisionnement. Le but est l’indépendance énergétique du pays, avec un renforcement du rôle de l’Etat pour y parvenir. Le plan d’action prévoit de doubler la capacité nucléaire actuelle dans les 20 prochaines années.
La Hongrie soutient également la création d’un réseau énergétique européen, notamment avec le concours des autres pays du Groupe de Višegrad (Pologne, République tchèque, Slovaquie). Elle montre cependant un intérêt pour tous les projets d’infrastructures, y compris hors du cadre de l’UE, comme South Stream, soutenu par la Russie. Le premier ministre Orbán multiplie ainsi les signes de coopération avec la Russie, en particulier dans le domaine énergétique.
L’énergie a été l’un des trois secteurs (avec les télécommunications et la grande distribution) les plus touchés par les taxes exceptionnelles dites « de crise » mises en place par le gouvernement hongrois.
Le secteur nucléaire hongrois
Les quatre réacteurs de l’unique centrale nucléaire de Paks, exploités par l’électricien national MVM, fournissent 43% de l’électricité hongroise. La Stratégie énergétique-2030, publiée en mars 2012, prévoit de doubler la puissance du site de Paks de 2000 MWe à 4000 MWe, en s’appuyant sur l’accord à la construction d’une nouvelle centrale, accordé en 2009 par le parlement. L’électricien MVM, qui l’exploiterait et en détiendrait 51% du capital, a annoncé la création en juin 2012 d’une filiale chargée de la préparation du projet Paks-2.
Politique extérieure et européenne
Grands axes de la politique extérieure hongroise
Au Nord, la Hongrie s’investit dans le groupe de Višegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie) qui constitue pour elle un instrument de consolidation des relations avec ces pays et d’accroissement de leur convergence, en cohérence avec les objectifs de l’UE. Héritage de l’histoire, de nombreux magyarophones résident hors de Hongrie, principalement en Roumanie et en Slovaquie. La loi de 2010 instituant le 4 juin (anniversaire du Traité de Trianon) journée d’unité nationale a été mal perçue par ses voisins.
La loi de mai 2010 sur la citoyenneté (accès à la double nationalité pour environ 3 millions de magyarophones vivant hors de ses frontières) a fait l’objet de représailles immédiates en Slovaquie, avec le vote sous l’impulsion du gouvernement Fico d’une loi de citoyenneté qui prévoit une déchéance de la nationalité slovaque pour ceux qui demanderaient la double nationalité. Robert Fico, de retour comme premier ministre en mars 2012 et soucieux d’apaisement sur cette question, a indiqué qu’il abrogerait les dispositions les plus répressives de la loi pour éviter que des citoyens slovaques ne perdent leur citoyenneté.
Au Sud, la Hongrie soutient les candidatures des Etats des Balkans à l’UE et à l’OTAN. Elle est aussi à l’origine du processus de Szeged pour le soutien à la démocratisation de la Serbie, du Monténégro, de l’Albanie, de la Macédoine et de la Bosnie-Herzégovine et du processus de Nyiregyhaza, à destination de l’Ukraine. La clôture des négociations d’adhésion avec la Croatie a d’ailleurs été l’un des succès de sa Présidence européenne en 2011.
A l’Est, Budapest soutient activement le partenariat oriental lancé en 2009 dans le cadre de l’UE en direction des six voisins de l’est de l’UE (Biélorussie, Ukraine, Moldavie, Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie).
A l’Ouest, la Hongrie a pris une part active à l’élaboration de la stratégie européenne du Danube, qui doit permettre de mettre en valeur le potentiel économique du fleuve et une forte intégration des pays qu’il traverse, qu’ils soient ou non dans l’UE. Avec son voisin roumain, des tensions persistent, notamment au sujet des minorités magyares présentes en Roumanie. Budapest entretient néanmoins un dialogue soutenu avec Bucarest, comme le montre la tenue de conseils des ministres conjoints.
De façon générale, le lien entre politique étrangère et politique intérieure est très fort pour le gouvernement de M. Orban, compte tenu de la présence de minorités hongroises en Roumanie, Slovaquie, Serbie et Ukraine.
Sur la Libye, Budapest a maintenu son ambassade à Tripoli au service de l’UE tout au long du conflit.
La Hongrie a l’ambition de devenir une plaque tournante énergétique (voir plus haut), un carrefour logistique et une porte d’accès au marché européen pour la Chine et la Russie, via notamment la construction de liaisons autoroutières et ferroviaires et de bases logistiques. Son implication concomitante dans les projets Southstream et Nabucco montre qu’elle est prête à saisir toute occasion pour implanter des réseaux énergétiques sur son territoire afin de devenir un acteur incontournable de l’Europe de l’énergie. Son intérêt pour les pays du Caucase est lié à la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement énergétique et au projet Nabucco. La Hongrie maintient une relation pragmatique avec la Russie, en raison de sa forte dépendance énergétique.
Enfin, la Hongrie se veut un allié fidèle des Etats-Unis, en qui elle voit le meilleur garant de la sécurité européenne et elle ne manque pas de donner des gages de cette proximité (engagement en Irak et en Afghanistan notamment). Néanmoins, un certain froid a été jeté sur la relation bilatérale suite aux critiques des autorités américaines quant à la nouvelle Constitution hongroise et ses lois organiques (réforme de la justice, loi sur les Eglises).
La Hongrie est devenue membre de l’OTAN en 1999. Elle est engagée sur plusieurs théâtres extérieurs, dans le cadre de la PSDC ou de l’OTAN : en Afghanistan (582 militaires au sein de la FIAS), au Kosovo (197), en Bosnie-Herzégovine (77), à Chypre (84) et en ARYM. Des militaires hongrois participent à EUTM Somalia et participeront à la mission de formation des forces de sécurité maliennes EUTM Mali (11 personnes)..
Relations avec l’Union européenne
En entrant dans l’Union européenne en mai 2004, la Hongrie a atteint ce qui était depuis 1990 l’objectif central et consensuel de sa politique étrangère. Elle est entrée dans l’espace Schengen fin 2007. Elle est favorable à l’élargissement de l’UE, en particulier aux pays des Balkans occidentaux.
La Hongrie a contribué à hauteur de 836 M€ au budget 2011 de l’Union européenne. Avec 5,3 Mds de fonds en provenance de l’Union européenne, elle est donc bénéficiaire net (4,5 Mds€). Les deux plus gros postes d’affectation des fonds européens sont la politique de cohésion (3,6 Mds€) et la politique agricole commune (1,5 Mds€).
Suite aux négociations conduites lors du Conseil européen des 7 et 8 mars, la Hongrie s’est vu allouer 20,5 Mds€ pour la période 2014-2020. Ce chiffre est sensiblement inférieur à l’allocation dont elle disposait pour la période 2007-2013.
La Hongrie dispose de 22 députés au Parlement européen et de 12 voix (3,5%) au Conseil de l’UE. Avec l’application des règles du Traité de Lisbonne en 2014 qui se basent sur la population, Budapest passera à 2,03% des voix au Conseil (soit la perte la plus importante perte dans l’UE avec la République tchèque).
Le Commissaire européen hongrois M. László Andor, est chargé de l’emploi, des affaires sociales et de l’intégration.
Durant le premier semestre 2011, la Hongrie a été le troisième nouvel Etat membre à assurer la présidence tournante de l’UE (PHUE), après la Slovénie (2008) et la République tchèque (2009). Son administration bien préparée, professionnelle et motivée a pris la mesure du défi qui s’est imposée à elle.
Malgré des débuts marqués par les critiques sur la loi sur les médias et sur les taxes de crise et des critiques au lendemain de l’adoption de la nouvelle constitution en avril, la présidence hongroise a négocié et réussi à faire avancer nombre de dossiers prioritaires, dont la clôture des négociations d’adhésion avec la Croatie, l’adoption de la stratégie du Danube et du cadre d’action pour les Roms, et obtenu des avancées sur l’épineux dossier du brevet communautaire. Elle a orienté les efforts de l’UE sur la stratégie, l’approvisionnement, la sécurité et les infrastructures énergétiques.
La présidence n’a cependant pas réussi à remplir ses objectifs s’agissant de l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’espace Schengen et de la tenue du Sommet du Partenariat oriental, qui a été reporté au 29 septembre 2011 sous présidence polonaise de l’Union européenne. La présidence hongroise n’est pas parvenue non plus à faire adopter sous sa présidence le paquet des six textes législatifs sur la gouvernance économique (adopté sous présidence polonaise).
Mise à jour : 25.03.13
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