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Présentation de la Hongrie

Présentation

Données générales

Nom officiel : Hongrie
Nature du régime : république parlementaire monocamérale
Chef de l’Etat : János Áder (Président de la République – 2012)
Premier ministre : Viktor Orbán (2014)
Monnaie : forint (HUF)
Fêtes nationales : 20 août (Saint Etienne) ; 15 mars (révolution de 1848) ; 23 octobre (soulèvement de 1956)
Langue officielle : hongrois

Données géographiques

Superficie : 93 030 km²
Capitale : Budapest (1.732.000 hab.)
Villes principales : Debrecen, Miskolc, Szeged, Pécs, Györ

Données démographiques

Population : 9,879 millions (2014)
Densité : 106 hab/km²
Croissance démographique : -0,3% (2014)
Espérance de vie : 75 (hommes : 72 ; femmes : 79) (2014)
Religions : catholiques (67,5 %), calvinistes (20 %), luthériens (5 %)
Indice de développement humain : 0,818 ; rang 43 (2013)

Données économiques

PIB : 103,3 Mds€ (2014)
PIB (SPA) par habitant : 18 609 € (2014)
PIB brut réel par habitant 10 473 € (2014)
Taux de croissance : 3,6% (2014)
Taux de chômage : 7,7% (2014)
Taux d’inflation : 0% (2014)
Déficit public : -2,6% (2014)
Dette publique : 79,9% du PIB (2014)

Exportation de biens (2014) : 83,4 Md€
Importation de biens (2014) : 78,9 Md€
Balance commerciale (2014) : +4,5 Md€
Principaux clients : Allemagne (28,0%), Autriche (5,6%), Roumanie (5,5%), Slovaquie (5,0%), Italie (4,7%), France (4,5%)
Principaux fournisseurs : Allemagne (25,0%), Autriche (7,3%), Russie (6,9%), Chine (6,3%), Slovaquie (5,4%), Pologne (5,2%)

Part des principaux secteurs d’activités (en % de PIB) :

  • Agriculture : 3,5 %
  • Industrie : 26,8 %
  • Services : 6,8 %

Exportations de la France vers la Hongrie (2014) : 3,275 Md € (10ème fournisseur)
Importations françaises de Hongrie (2014) : 3,425 Md € (6ème client)
Solde : -0,15 Md €
350 entreprises françaises implantées en Hongrie

http://www.tresor.economie.gouv.fr/pays/Hongrie

Communauté française en Hongrie : environ 5 000 personnes dont 2 423 inscrites (décembre 2014)
Communauté hongroise en France : environ 30 000 personnes

La Hongrie et l’UE
(source : Commission européenne)

Contribution au budget de l’UE 2013 : 0,92 Mds€
Fonds européens perçus en 2013 : 5,91 Mds€
Bénéficiaire net en 2011 : 4,99 Mds

Cadre financier 2014-2020 : 20,5 Mds€
Nombre de députés au Parlement européen : 21 / 751, dont une vice-présidente, Ildikó Gáll-Pelcz (PPE) élue le 01/07/2014
Nombre de voix au Conseil de l’UE (pondération, Traité de Nice) : 12 / 345 soit 3,5%
Nombre de voix au Conseil de l’UE (critère démographique, Traité de Lisbonne) : 2,03%
Commissaire européen : Tibor Navracsics, chargé de l’Education, de la Culture, de la Jeunesse et des Sports.

Politique intérieure

Le Fidesz, parti dirigé par le premier ministre Viktor Orban a remporté largement les élections législatives du 6 avril 2014 en Hongrie, avec 43,7 % des voix (pour une participation relativement faible à 61%). Bien qu’il ait perdu beaucoup de terrain comparé aux 52,7 % de 2010, ces résultats lui ont permis d’obtenir 133 des 199 sièges au nouveau Parlement, soit exactement le seuil de la majorité des deux tiers.

Avec 26,2% des voix, la coalition de gauche (parti socialiste, egyutt/PM, coalition démocratique et libéraux) essuie une lourde défaite tandis que le parti d’extrême droite Jobbik, qui dépasse 20 % des voix, gagne du terrain par rapport aux élections de 2010 (date à laquelle il était entré au parlement avec 17% des suffrages). Celui-ci a battu des records dans le nord-est du pays où il a souvent dépassé les 30 %, profitant des tensions avec la minorité Rom dans cette région déshéritée du pays. Le parti vert LMP parvient à franchir le seuil des 5 % pour entrer au Parlement.

L’OSCE a estimé que les élections avaient permis une pluralité de candidatures et s’étaient bien déroulées le jour du vote, malgré l’absence remarquée de l’importante minorité rom (estimée à 7% de la population hongroise). Le parti au pouvoir avait toutefois été, selon l’OSCE, indûment avantagé par une législation de campagne restrictive, une couverture médiatique partiale et des activités de campagne qui ont brouillé la séparation entre le parti politique et l’Etat.

Aux élections européennes du 25 mai 2014, avec 52% des voix et 12 sièges sur les 21 sièges hongrois au parlement européen, le parti Fidesz du premier ministre Viktor Orban a confirmé sa domination sur la scène politique hongroise. Arrivé en deuxième position avec 15% (comme en 2009), le parti Jobbik, ultranationaliste et europhobe, a emporté 3 sièges, confortant la ligne nationaliste de Viktor Orban. Le parti socialiste MSZP a essuyé un nouvel échec et a été relégué à la troisième place, avec 11% des voix et deux mandats, tandis que deux listes de la gauche libérale pro-européenne ont rassemblé chacune 10% et 7% des suffrages, accentuant l’éparpillement des voix à gauche.

Les élections municipales et régionales du 12 octobre 2014 ont confirmé cette tendance. Le Fidesz remporte presque toutes les communes et comitats. La gauche sort très affaiblie et le Jobbik s’installe à la tête de 9 communes, dont la ville de Ózd (30 000 habitants).

Panorama des réformes engagées en Hongrie

Une nouvelle constitution, plusieurs fois révisée

Le 1er janvier 2012, une nouvelle constitution ou Loi fondamentale hongroise est entrée en vigueur. Elle remplace la constitution de 1949, amendée en 1989 lors de la transition démocratique. La constitution est accompagnée par une trentaine de lois « cardinales » (adoptées et modifiables à la majorité des deux-tiers) et par plus de trois cents lois ordinaires adoptées depuis l’arrivée au pouvoir du parti conservateur Fidesz en mai 2010. Elle a été modifiée à cinq reprises depuis son entrée en vigueur.

La quatrième modification – substantielle - votée par le Parlement le 11 mars 2013a en particulier limité les pouvoirs de la Cour constitutionnelle Elle a suscité de la part des instances de l’UE et du Conseil de l’Europe de nouvelles interrogations quant au respect par la Hongrie des valeurs de l’Union européenne et de l’Etat de droit, en particulier sur l’équilibre des pouvoirs au sein de l’Etat hongrois.

La Hongrie a répondu aux critiques en révisant une nouvelle fois sa constitution le 16 septembre 2013 (5ème révision entrée en vigueur le 1er octobre) pour en faire disparaître certains éléments visés par la Commission et le Conseil de l’Europe. La 5ème révision permet également la fusion entre la banque centrale hongroise et l’autorité de supervision financière, la Pszaf. Les changements apportés maintiennent toutefois les dispositions telles la restriction des pouvoirs de la Cour constitutionnelle (cf. ci-dessous).

Modifications du fonctionnement des institutions hongroises

La nouvelle Loi fondamentale, les lois constitutionnelles, adoptées pour nombre d’entre elles lors de la session extraordinaire du parlement durant les derniers jours de 2011, ainsi que plus de 400 lois ordinaires, ont introduit des réformes qui modifient de manière significative le fonctionnement des institutions hongroises.

Réforme de la justice (loi constitutionnelle du 28 novembre 2011)

  • L’âge de la retraite des juges a été modifié passant de 70 à 62 ans. Cette mesure, mise en œuvre depuis janvier 2012, provoquait le départ à la retraite de 10% des magistrats. La Cour constitutionnelle hongroise a censuré une partie de cette loi et la Cour de justice de l’Union européenne a condamné la Hongrie, le 6 novembre 2012, pour non-respect de la directive européenne sur l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail. Une nouvelle loi a été adoptée par le Parlement hongrois le 11 mars 2013 abaissant l’âge de la retraite des juges à 65 ans dans un délai de 10 ans, au lieu de 62 ans en l’espace d’une année. Le 20 novembre 2013, la Commission européenne a clôturé officiellement la procédure engagée.
  • Le Conseil judiciaire national est dissout au profit d’un nouvel Office national de la justice, dont la présidente a autorité sur la gestion des tribunaux et sur la nomination des juges. Avec le procureur général, elle possède le droit de choisir quel juge se prononcera sur une affaire donnée. La 5ème révision retire la possibilité pour l’Office national de la justice de dépayser un dossier d’une cour vers une autre.
  • La Cour suprême, plus haute juridiction hongroise, est transformée en Curie. Son président a été nommé en décembre 2011 pour 9 ans. L’ancien président de cette instance, M. Andreas Baka, n’a pas été reconduit, ne répondant pas à la nouvelle exigence de cinq ans d’expérience judiciaire hongroise (il avait été juge à la CEDH de 1991 à 2008).
  • La Cour constitutionnelle voit ses prérogatives restreintes : elle ne peut plus se prononcer sur les textes ayant un impact sur le budget tant que la dette est supérieure à 50% du PIB. Sa saisine est limitée (abandon de la saisine directe par les citoyens). Le nombre de juges passe de 11 à 15, ils sont nommés par le parlement, et leur mandat passe de 9 à 12 ans. La révision constitutionnelle de mars 2013 réduit davantage encore les marges de manœuvre de la Cour : elle ne peut plus se référer, dans sa jurisprudence, aux arrêts rendus avant l’entrée en vigueur de l’actuelle Constitution (1er janvier 2012) ; elle ne pourra désormais exercer qu’un contrôle sur la forme (et non sur le fond) d’éventuelles nouvelles dispositions constitutionnelles. La 5ème révision d’octobre 2013 a rallongé le délai imposé à la Cour Constitutionnelle pour rendre sa décision à la suite de la requête d’un juge ; elle disposera désormais de 90 jours, au lieu de 30.

Réforme de la Banque centrale hongroise

La nouvelle loi, adoptée le 30 décembre 2011, a introduit des changements significatifs dans la composition et le fonctionnement des organes de décision de la banque et dans l’organisation du Conseil monétaire. Critiquée pour ses atteintes à l’indépendance de l’institution, cette réforme a été à l’origine de la suspension, début 2012, des discussions entre la Hongrie, le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne sur l’octroi d’une aide financière demandée par la Hongrie. A la suite des injonctions de la Commission et de la Banque centrale européenne (BCE) dans le cadre d’une procédure d’infraction pour non-respect du droit de l’UE, le parlement hongrois a modifié, le 6 juillet 2012, les dispositions critiquées. Ces modifications ont recueilli l’aval des trois institutions (FMI, BCE, Commission).

Par ailleurs, Viktor Orbán a nommé début mars 2013 son ministre de l’Economie Gyorgy Matolcsy à la tête de la Banque centrale, en remplacement d’Andras Simor, dont le mandat se terminait. Cette nomination a été critiquée comme portant atteinte à l’indépendance de la Banque centrale, Gyorgy Matolcsy étant jugé comme trop proche du premier ministre. Avec la 5ème révision de la constitution, la Hongrie a fusionné sa banque centrale et son organe de contrôle financier. La banque centrale est, à partir du 1er octobre, chargée de la supervision des marchés financiers et de l’assurance ainsi que de la protection des consommateurs.

La Banque centrale européenne (BCE) a exprimé, le 7 octobre, son inquiétude quant à l’indépendance de la banque centrale hongroise à la suite de cette fusion dans une opinion publiée sur son site Internet. La BCE regrette que le gouvernement hongrois n’ait pas pris en compte son avis avant l’adoption de cette fusion. Les autorités hongroises avaient en effet demandé en urgence, fin août, un avis à la BCE et n’ont pas attendu de présenter cet avis aux députés hongrois avant le vote sur la fusion intervenue le 17 septembre.

Loi sur la stabilité financière (adoptée le 23 décembre 2011)

Cette loi cardinale impose un taux unique (16%) pour l’impôt sur le revenu. Dès lors qu’il s’agit d’une loi cardinale, une modification ultérieure du taux devra se faire à la majorité des deux tiers.

Autorité de protection des données

Une nouvelle Agence nationale de la protection des données personnelles a été créée, en mettant prématurément fin au mandat de six ans du médiateur nommé à ce poste en 2008 et en modifiant le statut de son successeur. A la suite des injonctions de la Commission européenne, émises dans le cadre d’une procédure d’infraction, le parlement hongrois a amendé la loi le 2 avril 2012, en renforçant l’indépendance du président de l’autorité (la possibilité pour le chef de l’Etat de le révoquer a été supprimée). La Cour de justice de l’Union européenne a condamné la Hongrie pour avoir violé les règles de l’Union européenne sur la protection des données personnelles (arrêt du 8 avril 2014). La Cour a rappelé que les autorités de contrôle doivent pouvoir exercer leurs missions sans aucune influence extérieure. "Or permettre à un Etat membre de mettre fin au mandat d’une autorité de contrôle avant son expiration (…) pourrait conduire celle-ci à obéir à la volonté du pouvoir politique", a-t-elle jugé.

La Cour a précisant que, « en mettant fin de manière anticipée au mandat de l’autorité de contrôle de la protection des données à caractère personnel, la Hongrie a manqué à ses obligations découlant de la directive » et donc violé le droit de l’Union. .

La commissaire européenne chargée de la justice, Viviane Reding, s’est aussitôt réjouie de la décision de la Cour. "Nous avons besoin d’autorités de protection des données indépendantes pour faire respecter le droit fondamental de l’UE à la protection des données personnelles", a-t-elle déclaré.

Loi sur les Eglises

Adoptée en juillet 2011 comme loi ordinaire et annulée en décembre par la Cour constitutionnelle pour vice de procédure, la nouvelle loi sur les religions est repassée comme loi constitutionnelle le 30 décembre 2011. Elle donne un statut officiel à 14 communautés religieuses contre 300 précédemment (la reconnaissance ouvre la possibilité de percevoir des subventions), exigeant des communautés une présence en Hongrie de 20 ans minimum ou une histoire internationale remontant à au moins 100 ans.

En février 2012, le parlement hongrois a répondu favorablement à 18 demandes supplémentaires d’octroi de statut officiel présentées par les communautés religieuses (sur 84). En février 2013, la Cour constitutionnelle a prononcé l’annulation partielle de cette loi. L’absence de justification lors de l’accord (ou non) par le parlement du statut de « religion reconnue » et l’impossibilité de faire appel de la décision ont été déclarées anticonstitutionnelles.

La 5ème révision constitutionnelle précise que les adeptes d’un culte peuvent librement former une nouvelle communauté religieuse, selon les cadres définis par une prochaine loi cardinale ; ces communautés religieuses pourront fonctionner de manière indépendante par rapport à l’Etat, ou engager une coopération (dans ce dernier cas, une communauté religieuse pourra se voir octroyer le statut d’Eglise dotée de droits spécifiques).

Loi sur les médias

Entrée en vigueur le 1er janvier 2011 au début de la présidence hongroise du Conseil de l’UE, cette loi ordinaire a été modifiée une première fois en mars 2011 sur les recommandations de la Commission européenne. Cependant, de nombreuses dispositions controversées ont subsisté : obligation pour les journalistes de dévoiler leurs sources dans certaines circonstances, pouvoirs de contrôle du nouveau Conseil des médias et du président de la Commission des médias et de la communication.

Conformément à l’exigence de la Cour constitutionnelle (résolution du 19 décembre 2011) appuyée par la commissaire européenne Nelly Kroes, le parlement hongrois a de nouveau amendé la loi le 28 mai 2012, en renforçant notamment la protection des sources d’information des journalistes. Le Conseil de l’Europe, également saisi de cette question, a estimé, dans sa résolution (1941) du 25 juin 2013, que des modifications supplémentaires seraient nécessaires concernant les procédures de nomination des organes de régulation.

La Hongrie et la question migratoire

La Hongrie a été confrontée, depuis le début de l’année 2015, à un afflux croissant de migrants, venus principalement de Syrie et d’Afghanistan en passant par la Turquie et les Balkans occidentaux. Une des mesures les plus spectaculaires prises par le gouvernement hongrois a été d’ériger une clôture de barbelés, achevée à la fin du mois d’août, au long des 175 km de frontière avec la Serbie. Ce projet s’inscrit plus largement dans une politique anti-immigration menée par le gouvernement Orbán. Une étape importante a été franchie, à ce titre, fin avril 2015, lorsque le gouvernement hongrois a adressé à tous les citoyens un questionnaire sur l’immigration, rédigé en des termes très orientés, faisant la part belle aux amalgames entre immigration et terrorisme. Depuis lors, ce lien entre immigration et terrorisme, de même que la dénonciation d’une « Europe multiculturelle », comme menace à l’Europe chrétienne et aux identités nationales, constituent les fils rouges du discours du Fidesz.

Le 6 juillet, le parlement hongrois a voté une loi durcissant les conditions d’octroi de l’asile (liste extensive de « pays d’origine sûrs » et de « pays de transit sûrs »), accélérant les procédures (72 heures) et facilitant le renvoi des demandeurs déboutés. La qualification pénale de l’entrée illégale sur le territoire a également été renforcée, permettant des condamnations à des peines de prison ferme. Au cours du mois de septembre, plusieurs lois ont été votées qui renforcent les peines encourues par les migrants qui franchissent illégalement la frontière et permettent le déploiement, dans les zones frontalières, de militaires désormais autorisés à recourir à la force.

La Hongrie a ainsi interrompu le flux de migrants entrant sur son territoire depuis la Serbie. Pour autant, la pression migratoire sur la route des Balkans occidentaux ne s’est pas réduite et la plupart des migrants transitent désormais par la Croatie. Budapest a entrepris de prolonger sa clôture frontalière à un tronçon de sa frontière avec la Croatie.

Réactions en Europe

L’ampleur, le rythme et la nature des réformes engagées en Hongrie, ont suscité des débats au sein des institutions et organisations européennes quant à la conformité de la nouvelle législation au droit européen, voire aux principes démocratiques et aux valeurs de l’UE. La Commission de Venise du Conseil de l’Europe, ainsi que la Commission européenne ont procédé à des analyses juridiques détaillées des dispositions controversées de la législation hongroise. Le président Barroso, ainsi que plusieurs commissaires européens ont exhorté, à partir de 2011, les autorités hongroises à se conformer au droit européen en retirant ou amendant certains projets de loi, ce à quoi elles ont parfois consenti.

Une résolution sur la situation en Hongrie, adoptée par le Parlement européen le 16 février 2012, évoquait de « graves inquiétudes » et la possibilité d’activation de la procédure de l’article 7 du TUE (constat par le Conseil d’un risque clair de violation des valeurs de l’Union qui peut conduire jusqu’à la suspension du droit de vote). La résolution contenait des recommandations sur huit sujets : indépendance de la justice, de la Banque centrale, de l’autorité de la protection des données, compétences de la Cour constitutionnelle, lois sur les médias, sur les églises, sur la procédure électorale, ainsi que le droit à l’opposition politique.

Un rapport critique vis-à-vis de la mise en œuvre de ces recommandations (ainsi que sur la révision constitutionnelle du 11 mars 2013) du député européen Rui Tavares a été adopté le 3 juillet 2013 (370 voix pour, 249 contre et 82 abstentions) à l’issue d’un débat au Parlement européen, auquel Viktor Orbán a participé en dénonçant les conclusions du rapport. En réaction, les députés hongrois ont adopté le 5 juillet, avec une très large majorité de 269 pour et seulement 6 contres, une résolution condamnant l’adoption par le Parlement européen de ce rapport et ont appelé le gouvernement conservateur à "ne pas céder à la pression de l’UE".

En revanche, le 25 juin 2013 l’Assemblée parlementaire du conseil de l’Europe (APCE) a renoncé à ouvrir une « procédure de suivi » à l’égard de la Hongrie. Ses membres ont adopté par 135 voix contre 88 un amendement décidant de "ne pas ouvrir de procédure de suivi à l’égard de la Hongrie, mais de suivre de près l’évolution de la situation (de ce pays) et de dresser le bilan des progrès accomplis". La Commission de Venise, organe consultatif du Conseil de l’Europe spécialisé sur les questions constitutionnelles, avait, quant à elle, émis le 14 juin un avis concluant que les réformes constitutionnelles conduites en Hongrie présentaient un "risque" pour la démocratie, la protection des droits de l’homme et l’Etat de droit.

L’action de la Hongrie face à la crise migratoire a relancé le débat sur la conformité de certaines politiques de Budapest aux règles et aux valeurs européennes. L’envoi du questionnaire sur l’immigration en avril 2014 a été dénoncé notamment par le Haut-commissariat aux réfugiés et par une résolution du Parlement européen. Le 9 juin 2015, le Conseil de l’Europe s’est ému dans un rapport du développement d’un discours public raciste en Hongrie. La construction d’une clôture de barbelés à la frontière avec la Serbie a également valu à Budapest de vives critiques de la part de certains de ses partenaires européens et d’organisations de défense des droits de l’Homme.

La Hongrie et ses minorités

Minorités sur le sol national

Des treize minorités officiellement reconnues en Hongrie (appelés « nationalités » dans la nouvelle constitution entrée en vigueur en 2012), les plus nombreuses sont les Roms (700 000 personnes environ), les Allemands (entre 100 et 200 000), les Slovaques (100 000), les Croates (80 000) et les Roumains (25 000).

Un cadre juridique solide garantit leurs droits : la Hongrie a ratifié la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l’Europe de 1995, tandis que la nouvelle constitution, qui définit les nationalités comme des éléments créateurs de l’Etat et sa loi organique, ont reçu un avis globalement positif de la part de la Commission de Venise.

La législation hongroise garantit aux minorités le droit à la promotion de leur culture, à l’enseignement dans leur langue et à la représentation politique au niveau local. En outre, la Hongrie est dotée d’une organisation politico-administrative, permettant aux minorités de disposer d’organismes d’autonomie : environ deux mille « gouvernements locaux » élus représentent les intérêts d’une minorité donnée au niveau local.

La communauté rom, bien que la plus nombreuse (7% de la population), reste la moins intégrée dans la société hongroise et la plus fragile économiquement. Les Roms font l’objet d’une exclusion précoce : la ségrégation scolaire, pourtant interdite par la loi, est présente de fait dans un tiers des écoles primaires. L’échec scolaire est élevé, l’accès à l’enseignement supérieur difficile, tandis que le taux de chômage dans la communauté s’élève à 70% et l’espérance de vie est de 10 ans inférieure à la moyenne nationale.

La moitié des Roms de Hongrie est en situation d’extrême pauvreté, et la communauté est surreprésentée au sein de la population carcérale.
Le gouvernement hongrois a mis la question de l’intégration des Roms à l’agenda de sa présidence du Conseil de l’Union européenne, au premier semestre 2011. La mise en place du cadre européen pour les stratégies nationales d’intégration des Roms est considérée par les Hongrois comme un des succès de cette présidence, et ils ont été les premiers à présenter leur stratégie nationale à la Commission.

Néanmoins, le Conseil des droits de l’Homme (examen périodique universel 2011) ainsi que le rapporteur spécial de l’ONU pour le racisme (mission en mai 2011) ont appelé le gouvernement de M. Orbán à traduire les obligations internationales hongroises en engagements nationaux effectifs.

En effet, le sentiment anti-Rom présent en Hongrie est exploité par le parti nationaliste d’extrême droite Jobbik. Sa montée en puissance (47 sièges à l’Assemblée nationale à l’issue des élections 2010) s’accompagne de campagnes d’intimidation par les milices extrémistes, particulièrement dans le nord du pays. En adoptant en juillet 2011 une loi obligeant les bénéficiaires de l’allocation chômage à effectuer des travaux d’intérêt général, la diète hongroise s’est inspirée, aux yeux des critiques de cette loi, de propositions introduites dans la campagne électorale par le Jobbik.

Minorités hongroises dans les Etats frontaliers

On estime qu’environ 1 200 000 Hongrois vivent en territoire roumain (Transylvanie), 500 000 dans le sud de la Slovaquie, 300 000 en Serbie (Voïvodine) et 150 000 en Ukraine. De manière générale, tout en préservant leurs traditions et la pratique de la langue hongroise, ces populations sont bien intégrées et participent activement à la vie politique.

En Roumanie, les Magyars ont fait partie de plusieurs coalitions gouvernementales par le biais de l’UDMR (Union démocratique des Magyars de Roumanie), en Slovaquie le parti des minorités hongroises Most-Hid a obtenu 13 sièges aux élections législatives de 2012, tandis que les Hongrois de Voïvodine exercent leur influence à travers le Conseil national de la minorité hongroise et le parti SVM. 

La constitution hongroise dispose que la République de Hongrie est « responsable des Hongrois résidant hors de son territoire et promeut et soutient leurs relations avec la Hongrie ». Plusieurs dispositions législatives, adoptées par les deux gouvernements conservateurs de Viktor Orban, viennent concrétiser ce postulat.

En 2001, la « loi sur le statut » a instauré la délivrance des « certificats d’identité hongroise » aux personnes « en relation avec l’héritage culturel » ouvrant les droits à une assistance de l’Etat hongrois sur le territoire d’un autre Etat, par exemple dans le domaine scolaire (octroi de bourses). En 2010, l’amendement de la loi sur les nationalités a considérablement allégé la procédure de l’acquisition de la nationalité hongroise par les minorités magyarophones des pays frontaliers.

Depuis lors, 500 000 personnes auraient demandé la nationalité hongroise. En 2011, la nouvelle loi électorale a prévu l’octroi du droit de vote aux minorités hongroises d’outre-frontières pour le scrutin de liste, soit 93 mandats sur 199.

Situation économique

L’économie hongroise, sortie de récession au premier trimestre 2013, a crû de 3,6% en 2014, grâce au secteur agricole et à l’industrie manufacturière, mais aussi à la consommation des ménages et l’investissement des entreprises qui prennent progressivement le relais des exportations. Cependant, la dissipation des mesures pro-cycliques pourrait entraîner un ralentissement de la croissance, entre 2,5 et 3% en 2015.

En effet, certaines fragilités de l’économie hongroise demeurent. Le blocage du canal du crédit, imputable à la fragilité persistante du secteur bancaire, semble appelé à se prolonger. En outre, le recul de l’attractivité hongroise, imputable aux politiques non-conventionnelles menées dans divers secteurs (bancaire, énergétique, distribution etc.) et à la recrudescence de l’incertitude réglementaire et fiscale, a fortement affecté les investissements directs étrangers.

C’est l’investissement public, largement financé par des fonds européens, qui demeure le principal élément de l’investissement en capital fixe. Malgré la sortie de la procédure de déficit excessif en juin 2013, le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre budgétaire réduite pour financer des réformes de structure.

La contribution des exportations nettes à la croissance est devenue négative en 2014, en liaison avec une progression des importations beaucoup plus forte (10%) que celle des exportations (8,7%). Pour l’exercice 2015, la croissance devrait être tirée principalement par la consommation des ménages. La probable reprise de l’économie allemande pourrait également concourir à une dynamique favorable de la production industrielle.

A terme, devrait se poser le problème de l’attractivité dégradée d’un pays, dont les structures de financement passent par l’investissement direct, facteur clé de la modernisation de l’économie et de rehaussement de la croissance potentielle.

La question énergétique en Hongrie

Taux de dépendance énergétique (Eurostat 2011) : 52% (moyenne UE : 54%)
Bouquet énergétique (part dans la consommation nationale) :
• Gaz : 35 %
• Charbon : 11 %
• Energies renouvelables : 7,5 %
• Pétrole brut : 27 %
• Nucléaire : 17%

La Hongrie souffre d’une situation énergétique vulnérable. Ayant la production énergétique la plus faible de la région, le pays importe 62% de sa consommation d’énergies fossiles, dont 82% de gaz naturel en provenance de Russie. Cette dépendance est particulièrement sévère dans le secteur de la production de chaleur, qui se base à plus de 80% sur le gaz naturel.

Fortement handicapée par la vétusté de ses unités de production thermiques et l’obsolescence de son bâti immobilier, elle possède en outre un très faible taux d’efficacité énergétique. La part des énergies renouvelables est faible dans la consommation totale (7,3%, dont la moitié est issue en réalité de la cogénération).

En réaction à cette situation, une nouvelle stratégie énergétique nationale a été validée par le gouvernement en 2011, fondée sur trois principes : la durabilité, la compétitivité économique et la sécurité de l’approvisionnement. Le but est l’indépendance énergétique du pays, avec un renforcement du rôle de l’Etat pour y parvenir. Le plan d’action prévoit de doubler la capacité nucléaire actuelle dans les 20 prochaines années.

La Hongrie soutient également la création d’un réseau énergétique européen, notamment avec le concours des autres pays du Groupe de Visegrád (Pologne, République tchèque, Slovaquie). Elle montre cependant un intérêt pour tous les projets d’infrastructures, y compris hors du cadre de l’UE, comme Turkish Stream, soutenu par la Russie.

L’énergie a été l’un des trois secteurs (avec les télécommunications et la grande distribution) les plus touchés par les taxes exceptionnelles dites « de crise » mises en place par le gouvernement hongrois.

Le secteur nucléaire hongrois

La Stratégie énergétique 2030 de la Hongrie, publiée en mars 2012, s’est fixée comme objectif de parvenir à une meilleure indépendance énergétique, avec un renforcement du rôle de l’Etat pour y parvenir. Le plan d’action prévoit en particulier de doubler la capacité nucléaire actuelle.

Les quatre réacteurs de l’unique centrale nucléaire de Paks (unique centrale du pays, d’une capacité de 2000 MWe) exploités par l’électricien national MVM, fournissent actuellement 43% de l’électricité hongroise.

Le Premier ministre Orbán, en visite à Moscou, a signé avec la Russie le 14 janvier 2014, sans procédure d’appel d’offres, un accord intergouvernemental en vue de l’extension de la centrale de Paks, confiant à Rosatom la construction de deux nouveaux réacteurs destinés à doubler la capacité de la centrale.

Un deuxième accord, également entre Etats, doit couvrir le financement de la construction, sous la forme d’un prêt de l’Etat russe à l’Etat hongrois. Le gouvernement russe a publié le 13 mars 2014 un décret autorisant l’émission d’un prêt de 10 milliards d’euros à la Hongrie pour la construction de deux réacteurs nucléaires à Paks. Le texte publié fixe un cadre mais il ne constitue pas un accord financier définitif et devra encore être précisé ou amendé. L’accord prévoit que le prêt ne couvrira pas plus de 80 % des coûts (la Hongrie devra s’acquitter des 20 % restants au fur et à mesure des travaux) ; le remboursement (à un taux oscillant entre 4 et 5% selon les périodes) commencera au plus tard en 2026, quelle que soit l’avancée des travaux.

Outre la construction de deux nouveaux réacteurs, l’accord prévoit que les parties coopèrent :

  • dans le domaine des combustibles avec la garantie de la fourniture de combustible par la Russie, pour toute la durée de vie des réacteurs, tout en prenant en charge le combustible usé ;
  • dans les domaines de la recherche et du développement liés à la fermeture du cycle du combustible, à l’élaboration des projets du recyclage du combustible, au stockage à long terme et à la gestion des combustibles usés en Russie.

politique intérieure et européenne

Les grands axes de la politique extérieure hongroise

Au Nord, la Hongrie s’investit dans le groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie) qui constitue pour elle un instrument de consolidation des relations avec ces pays et d’accroissement de leur convergence, en cohérence avec les objectifs de l’UE.

Héritage de l’histoire, de nombreux magyarophones résident hors de Hongrie, principalement en Roumanie (1,2 million d’habitants, soit 6,5% de la population selon le recensement de 2011) et en Slovaquie (458.000 personnes selon le recensement de 2011, soit 8,5 % de la population).

La loi de 2010 instituant le 4 juin (anniversaire du Traité de Trianon) journée d’unité nationale a été mal perçue par ses voisins. La loi de mai 2010 sur la citoyenneté (accès à la double nationalité pour environ 3 millions de magyarophones vivant hors de ses frontières) a fait l’objet de représailles immédiates en Slovaquie, avec le vote sous l’impulsion du gouvernement Fico d’une loi de citoyenneté qui prévoit une déchéance de la nationalité slovaque pour ceux qui demanderaient la double nationalité.

Au Sud, la Hongrie soutient les candidatures des Etats des Balkans à l’UE et à l’OTAN. Elle est aussi à l’origine du processus de Szeged pour le soutien à la démocratisation de la Serbie, du Monténégro, de l’Albanie, de la Macédoine et de la Bosnie-Herzégovine et du processus de Nyiregyhaza, à destination de l’Ukraine. La clôture des négociations d’adhésion avec la Croatie a d’ailleurs été l’un des succès de sa Présidence de l’UE en 2011. La construction d’une clôture anti-migrants à la frontière avec la Serbie à l’été 2015 a néanmoins contribué à détériorer une relation bilatérale jusqu’alors plutôt bonne.

A l’Est, Budapest soutient activement le partenariat oriental lancé en 2009 dans le cadre de l’UE en direction des six voisins de l’est de l’UE (Biélorussie, Ukraine, Moldavie, Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie). Elle apporte, dans le cadre du groupe de Visegrád, une aide importante à l’Ukraine et défend sa perspective européenne.

A l’Ouest, la Hongrie a pris une part active à l’élaboration de la stratégie européenne du Danube (adoptée en 2011 sous présidence hongroise de l’UE), qui doit permettre de mettre en valeur le potentiel économique du fleuve et une forte intégration des pays qu’il traverse, qu’ils soient ou non dans l’UE. Avec son voisin roumain, des tensions persistent, notamment au sujet des minorités magyares présentes en Roumanie. Budapest entretient néanmoins un dialogue soutenu avec Bucarest

La Hongrie a l’ambition de devenir une plaque tournante énergétique (voir plus haut), un carrefour logistique et une porte d’accès au marché européen pour la Chine et la Russie, via notamment la construction de liaisons autoroutières et ferroviaires et de bases logistiques. Elle se montre prête à saisir toute occasion pour implanter des réseaux énergétiques sur son territoire afin de devenir un acteur incontournable de l’Europe de l’énergie.

La Hongrie maintient une relation pragmatique avec la Russie, en raison notamment de sa forte dépendance énergétique. Outre les livraisons de gaz, la Russie tient une place importante dans le domaine du nucléaire au travers de la centrale de Paks (deux réacteurs VVER de conception russe, combustible de la société russe TVEL) et de son projet d’extension Paks II, dont le contrat pour les deux nouveaux réacteurs a été attribué à la Russie mais n’a pas encore obtenu l’aval de la Commission européenne sur les aides d’état et la procédure d’attribution.

Enfin, la Hongrie se veut un allié fidèle des Etats-Unis, en qui elle voit le meilleur garant de la sécurité européenne et elle ne manque pas de donner des gages de cette proximité (engagement en Irak et en Afghanistan notamment). Néanmoins, un certain froid a été jeté sur la relation bilatérale suite aux critiques des autorités américaines quant à la nouvelle Constitution hongroise et ses lois organiques (réforme de la justice, loi sur les Eglises).

La Hongrie est devenue membre de l’OTAN en 1999. Elle est engagée sur plusieurs théâtres extérieurs, dans le cadre de la PSDC ou de l’OTAN : en Afghanistan au sein de la FIAS (le contingent de 177 soldats assurant la protection de l’aéroport de Kaboul sous commandement français vient de se retirer d’Afghanistan ; les hongrois restent en Afghanistan avec des forces spéciales et une mission de conseil sur les hélicoptères MI 17), au Kosovo (180), en Bosnie-Herzégovine (77), à Chypre (77) et en ARYM. Des militaires hongrois participent à EUTM Somalia ainsi qu’à la mission de formation des forces de sécurité maliennes EUTM Mali (11 personnes).

La Hongrie a rejoint, dès sa première réunion à Washington, la coalition internationale de lutte contre Daech. Après plusieurs mois de débats au sein de la classe politique hongroise, le Parlement a voté le 14 avril 2015 l’envoi de soldats au Kurdistan irakien (entre 110 et 150 hommes).

Mise à jour : 16.10.15

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