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Présentation

Données générales

Nom officiel : États-Unis d’Amérique
Nature du régime : République fédérale
Chef de l’Etat : Barack Hussein OBAMA


Données géographiques

Superficie : 9 363 123 km². 4e rang mondial, 17 fois la superficie de la France - 4 fuseaux horaires (6 si l’on inclut l’Alaska et Hawaï).
Capitale : Washington, D.C. (0,6 M. d’h.)
Villes principales : New York (8,4 M. d’h.), Los Angeles (3,9 M. d’h.), Chicago (2,9 M. d’h.), Houston (2,3 M. d’h.), Philadelphie (1,6 M. d’h.), Phœnix (1,6 M. d’h.), San Diego (1,3 M. d’h.) [Source : US Census, 2010]
Langue(s) officielle(s) : Les États-Unis n’ont pas de langue officielle.
L’anglais est la langue maternelle de 80 % de la population (12,3 % pour l’espagnol)
Monnaie : le dollar américain (USD). 1 euro = 1,36 USD (janvier 2014)
Fête nationale : 4 juillet (célébration de l’indépendance).


Données démographiques

Population : 308,8 millions d’habitants (recensement 2010)
Densité : 32,06 habitants/km²

Croissance démographique
Les États-Unis connaissent une forte croissance démographique : environ +1% par an (+13,1% entre 1990 et 2000, et +9,1% de 2000 à 2010). La population américaine devrait s’élever en 2060 à 468 millions d’habitants (+56 % en 50 ans), l’immigration compensant les effets de la faible natalité. Les projections du Bureau du recensement soulignent son rôle moteur dans la croissance de la population américaine à l’horizon 2050, avec une immigration nette annuelle de 1,25 million de personnes [Source : rapport ‘100 Million More’ du Center For Immigration Studies] et ses conséquences quant à la composition ethnique des États-Unis. Les Hispaniques constituent désormais la 1ère minorité des États-Unis (16,3% de la population avec 50 millions d’individus, dont 20 millions ont la nationalité américaine).

Espérance de vie : 76 ans pour les hommes, 81 ans pour les femmes.
Taux d’alphabétisation : 97%

Religions
Protestants (52%), catholiques (26%), juifs (1,4%), musulmans (0,6%). Il n’existe pas de religion d’État. 85% des Américains se déclarent croyants. Les protestantismes traditionnels déclinent au profit du courant évangélique. Les experts des questions religieuses soulignent toutefois la progression régulière de l’agnosticisme (15% environ).

Indice de développement humain : classement PNUD : 3e en 2012, une position inchangée par rapport à 2011 (France : 20e en 2012).

Données économiques

PIB (2012) : 15 684 Mds USD
PIB par habitant (2012) : 49 922 USD

Taux de croissance : 4,1% (3e trimestre 2013)
Taux de chômage : 6,7% (décembre 2013)
Taux d’inflation (2011, hors alimentation et énergie) : 1,7%

Déficit budgétaire (2013) : 680,3 Mds USD (4,1% du PIB)
Dette publique (2012) : 16 708 Mds USD (106,5 % du PIB)
Balance commerciale (2012) : - 534,6 Mds USD

Principaux clients (2012) : par ordre décroissant : Canada, Mexique, Chine, Japon, Royaume-Uni, Allemagne (France au 12e rang).
Principaux fournisseurs (2012) : par ordre décroissant : Chine, Canada, Mexique, Japon, Allemagne (France au 9e rang).

Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB :

  • agriculture : 2% ;
  • industrie : 18% ;
  • services : 80%

Exportations de la France vers les États-Unis : 26,5 Mds EUR en 2012
Importations françaises depuis les États-Unis : 32,8 Mds EUR en 2012

Consulats de France : Atlanta, Boston, Chicago, Houston, La Nouvelle-Orléans, Los Angeles, Miami, New York, San Francisco, Washington.


Politique intérieure

Un an après sa réélection, le Président Obama débute l’année 2014 dans une situation difficile, pouvant mettre en danger la dernière partie de son second mandat. L’année 2013 ne lui a pas été favorable (il l’a terminée au plus bas dans les sondages, avec 43% d’opinions favorables), marquée par une série de revers, au premier rang desquels le lancement raté, à partir du 1er octobre, de l’Affordable Care Act (ACA, Obamacare). Obamacare, principal acquis à ce jour de sa legacy, rend obligatoire, pour les 55 millions d’Américains ne disposant d’aucune couverture en matière de santé, la souscription d’une assurance maladie privée, qui peut être subventionnée pour les détenteurs de bas revenus, via une bourse en ligne créée par le gouvernement fédéral. Or celle-ci a gravement dysfonctionné pendant deux mois tandis que les contrats d’assurance proposés s’avèrent coûteux et peu attractifs.

En l’absence de coopération du Congrès à majorité républicaine, de nombreux desseins du Président, annoncés pour son second mandat, ont échoué devant ce dernier (réforme du contrôle des armes à feu) ou restent bloqués (réforme globale de l’immigration adoptée au Sénat en juin dernier, mais refusée jusqu’ici par les Républicains de la Chambre des représentants, qui pourraient toutefois présenter leurs propres projets de législation dès cette année). Le Président n’a pas non plus pu obtenir des ressources significatives pour financer son programme économique en faveur des infrastructures et de l’emploi, devant accélérer le retour de la croissance et le redressement des classes moyennes.

Sur le plan budgétaire, après plusieurs mois de tensions et d’incertitudes ayant culminé dans la fermeture partielle de l’administration fédérale début octobre (shutdown), le Congrès a voté mi-janvier le budget de l’administration fédérale pour l’année fiscale 2014 sur la base du compromis budgétaire de décembre dernier, relâchant ainsi quelque peu la contrainte des séquestres (coupes budgétaires automatiques d’environ 1000 Md$ entrées en vigueur en mars dernier, étalées sur 10 ans), avec une moindre réduction du budget fédéral (+45Md$ par rapport aux montants initialement prévus). Le compromis budgétaire de décembre 2013 fixe également les grandes masses budgétaires pour 2015, et réduit donc les incertitudes à cet horizon, sans toutefois régler les problèmes budgétaires de long terme (hausse continue du coût des grands programmes sociaux fédéraux).

En 2014, le Président Obama doit faire remonter sa cote de confiance, et ressouder sa coalition de 2012 (femmes, jeunes, minorités) dans la perspective des midterms de novembre. La perte de la majorité démocrate au Sénat réduirait considérablement sa capacité d’action d’ici la fin de son mandat. Il a commencé à reprendre l’initiative sur des thèmes porteurs (redressement des classes moyennes, hausse du salaire minimum, et plus largement réduction des inégalités), et sur les sujets qui ont « plombé » la première année de son second mandat. Face à la persistance des controverses sur les programmes de surveillance, il ainsi annoncé le 17 janvier une série de réformes, qui restent cependant limitées et ont reçu un accueil mitigé.

Il va cependant se heurter au contexte électoral qui va exacerber les tensions partisanes. De nouvelles confrontations entre élus républicains et démocrates du Congrès sont possibles (sur le plafond de la dette, qui n’a été renouvelé en octobre dernier que jusqu’au 7 février ; sur les projets de loi en matière sociale défendus par les Démocrates ; et même sur Obamacare, que les Républicains n’ont pas renoncé à attaquer), alors que les Républicains entrent dans une bataille interne (entre les modérés ayant accepté le compromis budgétaire de décembre et un Tea Party déterminé à faire prévaloir sa ligne intransigeante), qui rejaillira sur leur stratégie pour 2016.


Situation économique

La crise économique déclenchée en 2008 a été la pire que les États-Unis aient connue depuis les années trente (avec 8 à 9 millions d’emplois détruits, une très forte baisse du patrimoine des ménages et de la valeur des actifs immobiliers, une explosion des déficits publics), partant du marché de l’immobilier pour s’étendre à l’ensemble de l’économie. La hausse des défauts de paiements des ménages surendettés a alimenté la baisse continue de la valeur des actifs et l’augmentation des saisies des biens hypothéqués.

L’insolvabilité d’établissements financiers a conduit la Fed à intervenir massivement (la Fed a injecté près de 3 000 Mds USD dans le circuit financier depuis le début de la crise pour soutenir l’activité et le crédit). Ces interventions couplées à une politique monétaire souple, un plan de relance d’un montant de 787 Mds USD, et un plan de sauvetage centré sur les secteurs financier et de l’automobile, ont été la réponse à cette crise.

Dans un discours prononcé en septembre dernier à l’occasion du 5e anniversaire de la crise financière, Barack Obama a mis en avant les progrès accomplis depuis son premier mandat, qui ont permis de créer 7,5 millions d’emplois depuis 2010, de restaurer une partie du patrimoine des ménages et de la valeur des actifs immobiliers, et de rendre le système financier plus stable.

La reprise de l’économie américaine a été sensible à partir de 2010 et, après un ralentissement en 2011, perceptible durant l’année 2012 avec une croissance de 2,2 %. En 2013, l’économie américaine a continué à se redresser (bien que certains risques réapparaissent : forte hausse de Wall Street appelant à terme une correction, gonflement de certaines bulles, comme les sociétés Internet). Avec un taux de croissance de 4,1% au 3e trimestre 2013, l’activité devrait progresser sur l’ensemble de l’année comme en 2012 (la Fed estime la croissance entre 2,2 et 2,3% pour l’année 2013).

L’accélération graduelle de l’activité devrait se poursuivre en 2014 (la Fed prévoit une croissance de 2,8 à 3,2%) à mesure que les restrictions budgétaires s’atténuent, et que la reprise du marché de l’immobilier (les prix ont commencé à remonter, et le stock de maisons en vente est presque apuré) assainit la situation financière des ménages, dont le désendettement se poursuit.

Au terme d’une décrue de 1,2 points pour l’année 2013, le taux de chômage, à 6,7% en décembre, atteint par ailleurs son niveau le plus bas sur les cinq dernières années, même si des difficultés persistent sur le front de l’emploi : le nombre de chômeurs de longue durée est historiquement élevé (ils représentent 37,7% de l’ensemble des chômeurs), tandis que le taux d’activité reste à un niveau historiquement faible (62,8% en décembre, et -0,8 point sur l’ensemble de l’année)

Ce contexte économique favorable, bien qu’encore fragile, s’appuie d’abord sur le volontarisme d’une politique monétaire accommodante, avec des taux d’intérêt très bas, la poursuite des interventions exceptionnelles de la Fed dans le circuit financier (la Fed a cependant annoncé en décembre dernier l’extinction progressive, à partir de janvier 2014, de son programme de rachats mensuels d’actifs (bons du Trésor et titres hypothécaires)) et une baisse du dollar permettant un gain de compétitivité réel sur les marchés étrangers (la part des exportations dans le PIB est de 13 %).

Cette reprise et les perspectives à moyen terme sont en outre largement portées par la nouvelle situation énergétique du pays. La production d’hydrocarbures non conventionnels (gaz de schistes, condensats des puits mixtes et pétrole de réservoirs lenticulaires – tight oils-) est en forte hausse ; les États-Unis devraient retrouver, à l’horizon 2020, le statut de premier producteur mondial d’hydrocarbures qu’ils occupaient dans les années 1970. L’impact sur les créations d’emplois est réel et la baisse du coût de l’énergie devrait continuer à favoriser la compétitivité et l’attractivité de l’économie américaine, notamment par le retour sur le sol américain d’industries ayant été délocalisées (pétrochimie, matériaux plastiques, etc.). Cette nouvelle donne énergétique pourrait générer entre 0,5 et 1 % de croissance au cours des cinq prochaines années.

Cette nouvelle donne (caractérisée par la disponibilité et le faible coût du gaz de schiste, et par la réduction des émissions de CO2 qu’il permet, par substitution au charbon) met cependant sous tension la politique de Barack Obama visant à accélérer la transition énergétique, réduire les émissions, accroître les économies d’énergie et se préparer au changement climatique, sans entraver la production d’énergies fossiles (« all of the above strategy »). Un fonds fédéral richement doté destiné à la recherche pour l’efficacité énergétique et les énergies du futur a été créé.

Après avoir appelé sans grand succès le Congrès à adopter une réglementation plus avancée en matière de réduction des émissions de CO2 et d’efficacité énergétique, le président Obama a présenté en juin dernier un nouveau plan climat centré sur des actions pouvant être prises par voie réglementaire. Ce plan prévoit notamment la mise en place par l’agence de protection de l’environnement (EPA) d’une réglementation des émissions des centrales thermiques existantes, ainsi que la finalisation (proposée en septembre dernier par l’EPA) des normes d’émissions concernant les nouvelles centrales.

Si ces mesures visent à permettre aux États-Unis de tenir leur engagement de réduction des émissions de GES de 17% d’ici 2020, elles sont cependant contestées par le lobby des énergies fossiles et le camp républicain (plutôt hostile à l’agenda environnemental du président Obama), voire par les élus démocrates originaires d’États producteurs de charbon et d’énergies fossiles.


Politique extérieure

Les priorités de la politique étrangère sous le premier mandat d’Obama

À son arrivée en 2009, la politique étrangère du président Obama était principalement guidée par trois objectifs.

La restauration de l’image de l’Amérique dans le monde, mise à mal les années précédentes, constituait le premier chantier de Barack Obama. Porté par un discours volontariste, l’espoir d’un vent nouveau a été partagé par nombre de sympathisants à travers le monde. Cette forte attente a sans doute été la mieux illustrée par l’attribution du prix Nobel de la paix au président américain en 2009. L’adoption d’un ton nouveau (discours directs aux populations, ouverture au monde musulman) ainsi que la volonté de mettre fin à certaines pratiques controversées du passé (volonté de fermer Guantanamo, interdiction de l’usage de la torture) et de solder l’héritage de son prédécesseur (Irak, Afghanistan) reflètent cette impulsion nouvelle.

Confrontés à des crises croissantes et des défis globaux d’envergure (prolifération nucléaire, régulation financière mondiale, changement climatique), les États-Unis ont envoyé des signaux en faveur d’un réengagement sur plusieurs dossiers clés (« reset » avec la Russie, Moyen-Orient, rééquilibrage vers l’Asie), deuxième priorité du président lors de son entrée en fonction.

Enfin, les États-Unis ont souhaité rompre avec l’approche unilatérale en réinvestissant les instances multilatérales délaissées pour certaines (Conseil des droits de l’Homme des Nations unies), appelant des réformes pour d’autres (ONU, G8/G20) ou une plus grande intégration des émergents dans la gouvernance mondiale.


Un bilan en demi-teinte sur les grands dossiers internationaux

Si beaucoup se sont interrogés sur la nature de la politique étrangère du Président Obama, le pragmatisme semble avant tout dominer son action diplomatique.

La première année a fortement été marquée par des opérations « de reconquête des cœurs » : discours du Caire, premier déplacement en Afrique (Ghana), perspective de relations apaisées avec l’Amérique latine (sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago). L’ancienne secrétaire d’Etat s’est largement faite l’écho, tout au long de ses 112 déplacements à l’étranger, de cette nouvelle voix américaine plus à l’écoute et plus respectueuse. En faisant du « smart power » sa marque de fabrique, Hillary Clinton a œuvré pour une grande part à redorer le blason américain et porter les intérêts et les valeurs américaines dans le monde.

En réponse aux évolutions démocratiques en cours en Birmanie, la normalisation de la relation entre Washington et Rangoun, dont le point d’orgue est intervenu avec la visite historique du président Obama en novembre 2012, symbolise peut-être l’un des succès les plus visibles de cette nouvelle diplomatie américaine. Le retrait effectif des 39 000 soldats américains d’Irak fin 2011 ainsi que le retrait des 33 000 soldats, correspondant au « surge » de 2009 en Afghanistan, constituent également une victoire de taille et traduit cette volonté de tourner la page d’une décennie de guerre.

Opposant guerre de choix et guerre de nécessité, le Président n’a pas hésité à assumer des choix importants, notamment en augmentant les effectifs engagés en Afghanistan, en décidant d’une intervention des Forces spéciales au Pakistan conduisant à l’élimination d’Oussama Ben Laden le 2 mai 2011 ou en augmentant considérablement l’utilisation des attaques par drones pour des éliminations physiques dites « ciblées », y compris de citoyens américains. Malgré les controverses sur cette guerre « technologique », son image de Commander in Chief en est sortie considérablement renforcée.

Parmi l’un des thèmes importants de la diplomatie d’Obama figure la promotion du désarmement nucléaire, qui a fait l’objet de plusieurs développements durant son premier mandat. Ce fut l’un des objectifs du « reset » avec la Russie, conduisant à la signature et à la ratification du nouveau traité START, mais aussi l’un des messages principaux du discours prononcé à Prague en 2009 sur un monde sans armes nucléaires (Global zero).

Bien que la relation bilatérale avec l’Iran reste très dégradée et centrée sur le dossier du programme nucléaire iranien, deux aspects positifs peuvent être relevés : le président américain, fidèle à sa stratégie du « dual track » (priorité à la voie diplomatique tout en imposant des sanctions lourdes sans exclure le recours à la force militaire) veut encore croire à la possibilité d’une résolution de la crise, Téhéran étant plus isolé que jamais et les responsables iraniens faisant face à des « sanctions écrasantes ». Par ailleurs, le Président Obama s’est efforcé de convaincre Israël de ne pas se lancer dans une attaque préventive contre l’Iran, en dépit des fortes pressions exercées par son allié israélien.

Enfin, l’évolution du leadership américain, sans pour autant adhérer aux thèses déclinistes, conduit les États-Unis à privilégier la voie du « minilatéralisme », en partageant notamment les instruments de la gouvernance mondiale avec les émergents (volonté d’en faire des « responsible stakeholders ») ou le fardeau sécuritaire avec leurs alliés (Libye ou plus récemment Mali).

Si l’administration Obama a voulu se réinvestir dans le processus de paix au Proche-Orient, les États-Unis n’ont pas pu convaincre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu de geler les colonies de peuplement dans les territoires occupés, accentuant l’impasse des négociations. L’administration a néanmoins été vivement critiquée au Congrès pour cette initiative. Washington a refusé par ailleurs toute initiative palestinienne dans les enceintes multilatérales, seules des négociations directes avec Israël pouvant, à ses yeux, déboucher sur la création d’un État palestinien. Les États-Unis se sont ainsi opposés à l’adhésion palestinienne à l’UNESCO ainsi qu’à la reconnaissance de son statut d’État non membre observateur aux Nations unies. L’aide américaine à l’autorité palestinienne pour 2012 (d’un montant de 200M USD) a été gelée par le Congrès en conséquence.

Washington s’est montré également prudent face aux révolutions dans le monde arabe. Si les États-Unis ont accompagné la chute du régime Ben Ali et la transition vers l’après-Moubarak, enjeu autrement plus stratégique pour Washington, ils ont moins pu jouer de leur influence au Yémen et à Bahreïn.

En Libye, ils ont voulu s’impliquer de façon limitée, adoptant une stratégie du « leading from behind » et partageant la responsabilité de l’après-Khadafi avec leurs alliés européens et arabes. L’accession au pouvoir du Président Morsi en Egypte et d’autres leaders islamistes dans certains pays de la région a suscité des craintes américaines, notamment sur une possible « perte » de l’Egypte, les nouveaux pouvoirs n’étant plus forcément en phase avec les intérêts américains.

De même, l’attaque du consulat américain de Benghazi le 11 septembre 2012 a démontré la fragilité d’un régime issu des printemps arabes. L’enlisement de la situation en Syrie depuis deux ans sonne sans aucun doute comme un constat d’échec pour la communauté internationale. Bien que les États-Unis se soient mobilisés sur le plan diplomatique, aient reconnu la Coalition nationale syrienne, et aient appelé à de nombreuses reprises au départ de Bachar El-Assad, l’administration Obama a choisi de suivre une ligne prudente, renforcée par le double veto opposé par la Russie et le Chine à toute résolution des Nations unies.

En réaction à cette situation délicate au Proche-Orient est intervenue l’annonce fin 2011 du « pivot » américain vers l’Asie-Pacifique, rebaptisé par la suite « rééquilibrage ». D’un côté, ce mouvement stratégique de long terme vise à renforcer la présence américaine en Asie face aux opportunités et menaces que représente la région et se manifeste par un réinvestissement multiforme (renforcement des alliances traditionnelles et des relations avec les puissances émergentes, présence militaire américaine accrue, réinvestissement dans les instances régionales et relance du projet de partenariat Trans-Pacifique) et à désengager les États-Unis d’un « Proche-Orient compliqué » qui leur a valu beaucoup de déboires (intervention militaire au sol longue et coûteuse) et peu de satisfaction (PPPO à l’arrêt). De l’autre côté, cet ajustement a pu entraîner plusieurs incompréhensions, au premier rang desquelles l’idée d’un endiguement de la Chine ou d’un désengagement américain de l’Europe.

Plusieurs dossiers n’ont toutefois pas été au cœur de l’agenda du premier mandat d’Obama. Si l’administration Obama a souhaité, à ses débuts, réinvestir des régions délaissées par l’administration Bush, comme l’Afrique et l’Amérique latine, les espoirs suscités par l’élection du Président Obama ne se sont qu’en partie concrétisés, en raison des efforts accordés en premier lieu au traitement de la crise économique et financière mais aussi des autres priorités de politique étrangère.

L’approche américaine envers Cuba n’a, par exemple, pas connu de changement sur le fond, même si certaines restrictions ont été assouplies ou levées (voyages, transferts d’argent des Cubains exilés). De même, l’Afrique est sans doute la région la moins investie par Obama (un seul déplacement en 2009) alors que les enjeux y sont d’envergure. Enfin, présentée comme l’une des priorités du premier mandat du Président Obama, la mise en œuvre de la lutte contre le changement climatique n’a pas réussi à se concrétiser pleinement, à l’exception de plusieurs initiatives de l’exécutif pour contourner les réticences du Congrès.

Finalement, ce sont en grande partie les effets de la crise économique et la révolution des gaz de schiste (qui remplacent progressivement le charbon) qui permettent le respect des engagements américains en matière de réduction des gaz à effet de serre.


Les enjeux d’Obama II : une politique étrangère marquée du sceau de la continuité

Le tableau quatre ans plus tard a quelque peu changé. La politique étrangère américaine demeure traversée par deux mouvements qui s’opposent : la volonté de s’investir sur les grands dossiers internationaux et pour le Président Obama d’imprimer son empreinte, et la volonté de se consacrer aux chantiers intérieurs porteurs d’immenses défis mais nécessitant un fort investissement politique (voir supra).

La war fatigue de la population ainsi que les contraintes budgétaires qui pèsent sur l’appareil diplomatico-militaire américain, couplées à une dépendance énergétique des États-Unis sensiblement réduite, risquent de jouer en faveur d’un engagement américain plus limité sur la scène mondiale (certains redoutent même un néo-isolationnisme). Cette situation aura pour corolaire un appel renforcé à une plus grande responsabilité et un plus grand partage du fardeau sécuritaire de la part des alliés de l’Amérique, en particulier chez les Européens. Pourtant, les crises actuelles ou potentielles nécessiteront inéluctablement l’implication américaine.

Lors de son discours sur l’état de l’Union le 12 février 2013, le Président Obama a énoncé un agenda sans surprise des priorités de la politique étrangère pour son second mandat. En annonçant le retrait de la moitié des troupes d’Afghanistan (34 000) dans les 12 mois à venir, le Président Obama souhaite clore le chapitre d’une décennie de guerre.

Toutefois, le nombre de soldats que les États-Unis entendent positionner en Afghanistan après 2014 demeure encore à l’étude et conditionné par la signature du traité bilatéral de sécurité (BSA) Cet impératif de mettre fin à une décennie de guerres au sol est d’autant plus renforcé que la menace terroriste d’Al Qaeda et ses alliés s’est déplacée vers d’autres terrains. L’intervention française au Mali et l’appui logistique clé accordé par les Américains illustrent « l’empreinte légère » qu’entend désormais privilégier Washington : en fonction des intérêts américains en jeu, les États-Unis préfèreront des actions indirectes (formation et aide au niveau local, appui logistique des Alliés, emploi de drones, fin des guerres au sol).

Cette nouvelle doctrine de « light footprint on the ground » se manifeste également dans l’appui américain apporté aux opérations en cours en RCA. La lutte contre la prolifération nucléaire reste un chapitre important du second mandat d’Obama, alors que le premier semestre 2013 a été marqué par de nouvelles gesticulations nucléaires et balistiques de la Corée du Nord, qu’un accord intérimaire visant à permettre de négocier une solution de long terme au programme nucléaire iranien a été conclu le 24 novembre 2013 et que le Président Obama souhaite négocier une réduction supplémentaire des arsenaux nucléaires avec la Russie.

Le secrétaire d’État, J. Kerry, qui s’est personnellement très investi dans le dossier israélo-palestinien dès sa nomination en mars 2013, a obtenu la relance très attendue du processus de paix au Proche-Orient, fin juillet, tout en restant prudent sur l’issue des négociations. La gestion des conséquences des transitions arabes, au centre des préoccupations américaines, demeure un sujet très sensible sur lequel les États-Unis privilégient le pragmatisme et la défense de leurs intérêts (Egypte).

La crise syrienne mobilise l’attention de l’administration américaine qui a affirmé à plusieurs reprises sa volonté de trouver une solution politique à la crise. Cette crise symbolise la prudence américaine à intervenir sur un théâtre extérieur qui n’engage pas directement les intérêts américains. Bien qu’il ait été confirmé mais qu’il demeure à concrétiser (conclusion du TPP, positionnement de 60% de la flotte américaine), le mouvement de rééquilibrage vers l’Asie-Pacifique peut être compromis à tout moment, en raison de nouveaux développements au Moyen-Orient. Lors de son discours à l’AGNU, le président Obama a rappelé la nécessité d’un leadership américain au Moyen-Orient, alors que les évolutions positives enregistrées (résolution 2118 sur le démantèlement de l’arsenal chimique de la Syrie, détente vis-à-vis de l’Iran) doivent être confirmées.

Les relations avec les grandes puissances (Inde, Brésil, Russie, Chine) sont aussi un point d’attention de la diplomatie américaine. Avec la Russie, l’enjeu est notamment de relancer la relation après après une accumulation de contentieux qui ont entraîné un refroidissement des relations (loi Magnitsky, interdiction d’adoption d’enfants russes, divergences sur les crises internationales, annulation du sommet bilatéral etc.).

De même, si elle reste marquée par des divergences profondes (monnaie, commerce, Taïwan, droits de l’Homme), la relation sino-américaine représente l’un des défis du deuxième mandat Obama au regard de la forte interdépendance, de la montée en puissance chinoise et du « rééquilibrage » américain. Washington tente d’ailleurs d’élargir le champ de ce rééquilibrage à l’Inde, bien que le partenariat bilatéral entre les deux pays manque encore de substance. Enfin, la relance de la relation avec le Brésil, espérée par les États-Unis durant ce second mandat, a été pour l’heure compromise (report de la visite d’État de D. Rousseff) par les révélations d’écoutes illégales pratiquées par la NSA au Brésil.

Enfin, la lutte contre le changement climatique figure parmi les priorités du Président Obama et du Secrétaire d’Etat. Si l’actuel équilibre des forces au Congrès ne permet pas d’envisager la ratification par le Congrès d’un vaste accord international contraignant en matière d’émissions de GES ou l’adoption d’une législation instaurant un prix du carbone, une dynamique positive recommence à émerger aux États-Unis avec une opinion publique de plus en plus convaincue de la réalité du changement climatique et des États fédérés qui multiplient les initiatives dans ce domaine (lancement d’un marché du carbone en Californie le 1er janvier 2013, Clean Energy Standards, c’est-à-dire un taux minimal d’énergies renouvelables à incorporer dans le mix énergétique, adoptés par près de 30 États).

Dans ce contexte, un engagement américain en faveur d’un accord international souple (ne nécessitant pas de ratification) portant sur des engagements mutuels des pays développés et émergents et mis en œuvre par des mesures exécutives est l’hypothèse la plus probable. Le président Obama entend poursuivre sa politique des « petits pas » par voie réglementaire pour atteindre l’objectif de réduction de 17% des émissions de GES entre 2005 et 2020. L’effet conjugué de la crise économique, l’essor des gaz de schiste, des mesures réglementaires (normes d’émission des véhicules) et les actions des États fédérés ont permis aux États-Unis de réduire leurs émissions de 7% en 2011 par rapport à 2005.


Relation transatlantique

Trois grands thèmes d’intérêt mutuel sont au cœur du dialogue transatlantique : l’économie globale et transatlantique (la crise de la zone euro retient particulièrement l’attention des États-Unis), les enjeux globaux (notamment le développement, le changement climatique et l’énergie) et les questions de sécurité globale et régionale.

Le dernier sommet Union européenne - États-Unis qui s’est tenu le 28 novembre 2011 à Washington, a répondu partiellement aux attentes européennes, et françaises en particulier. Il a notamment conduit à la mise en place d’un groupe de travail sur la croissance et l’emploi chargé d’étudier les options visant à accroître le commerce et les investissements, dont celle d’un accord de libre-échange (ALE) entre les deux zones. Le rapport final du groupe a été publié le 13 février 2013, au lendemain du discours sur l’état de l’Union, par lequel le Président Barack Obama a confirmé l’engagement américain pour un accord de libre-échange complet et approfondi. L’ALE, désigné Partenariat Transatlantique pour le Commerce et l’Investissement, dont les négociations ont été lancées en juillet 2013, s’articulera autour de trois volets : accès au marché, questions réglementaires et barrières non-tarifaires, règles, principes et nouveaux modes de coopération visant à renforcer le système commercial multilatéral. La négociation sera vraisemblablement longue et difficile : les intérêts ne sont pas convergents, qu’il s’agisse du secteur agricole, de la protection de la propriété intellectuelle (indications géographiques), des obstacles à la convergence réglementaire, des préférences collectives européennes (OGM, viande aux hormones), et de l’exception culturelle. Une coopération a été également établie sur la sécurité et le développement au Sahel ainsi que sur le dossier du programme nucléaire iranien.


Mise à jour : 27.01.14


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