Présentation
Données générales
Nom officiel : Etats-Unis d’Amérique
Nature du régime : République fédérale
Chef de l’Etat : Barack H. OBAMA
Données géographiques
Superficie : 9 363 123 km². 4e rang mondial, 17 fois la superficie de la France - 4 fuseaux horaires (6 si l’on inclut l’Alaska et Hawaï).
Capitale : Washington, D.C. (0,6 M. d’h.)
Villes principales : New York (8,4 M. d’h.), Los Angeles (3,9 M. d’h.), Chicago (2,9 M. d’h.), Houston (2,3 M. d’h.), Philadelphie (1,6 M. d’h.), Phœnix (1,6 M. d’h.), San Diego (1,3 M. d’h.) [Source : US Census, 2010]
Langue(s) officielle(s) : Les Etats-Unis n’ont pas de langue officielle.
L’anglais est la langue maternelle de 80 % de la population (12,3 % pour l’espagnol)
Monnaie : le dollar américain (USD). 1 euro = 1,3 USD (avril 2013)
Fête nationale : 4 juillet (célébration de l’indépendance).
Données démographiques
Population : 308,8 millions d’habitants (recensement 2010)
Densité : 32,06 habitants/km²
Croissance démographique : Les Etats-Unis connaissent une forte croissance démographique : environ +1% par an (+13,1% entre 1990 et 2000, et +9,1% de 2000 à 2010). La population américaine devrait s’élever en 2060 à 468 millions d’habitants (+56 % en 50 ans), l’immigration compensant les effets de la faible natalité.
Les projections du Bureau du recensement soulignent son rôle moteur dans la croissance de la population américaine à l’horizon 2050, avec une immigration nette annuelle de 1,25 million de personnes [Source : rapport ‘100 Million More’ du Center For Immigration Studies] et ses conséquences quant à la composition ethnique des Etats-Unis. Les hispaniques constituent désormais la 1ère minorité des Etats-Unis (16,3% de la population avec 50 millions d’individus, dont 20 millions ont la nationalité américaine).
Espérance de vie : 76 ans pour les hommes, 81 ans pour les femmes.
Taux d’alphabétisation : 97%
Religion(s) : protestants (52%), catholiques (26%), juifs (1,4%), musulmans (0,6%). Il n’existe pas de religion d’Etat. 85% des Américains se déclarent croyants. Les protestantismes traditionnels déclinent au profit du courant évangélique. Les experts des questions religieuses soulignent toutefois la progression régulière de l’agnosticisme (15% environ).
Indice de développement humain : classement ONU : 4e en 2010, en progrès par rapport à 2009 où les Etats-Unis étaient en 13e position (France : 14e en 2010).
Données économiques :
PIB (2010) : 14 800 Mds USD
PIB par habitant (2011) : 48 442 USD
Taux de croissance : 2,3% (2012)
Taux de chômage : 7,9% (octobre 2012)
Taux d’inflation : 1,7% (juin 2012)
Déficit budgétaire année 2011 : 1 480 Mds USD
Balance commerciale (moyenne mensuelle 2011) : - 46,9 Mds USD
Principaux clients : par ordre décroissant : Canada, Mexique, Chine, Japon, Allemagne, Royaume-Uni (France au 13e rang).
Principaux fournisseurs : par ordre décroissant : Chine, Canada, Mexique, Japon, Allemagne (France au 11e rang).
Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB : agriculture : 2% ; industrie : 18% ; services : 80%
Exportations de la France vers les Etats-Unis : 23,331 Mds euros en 2011
Importations françaises depuis les Etats-Unis : 28,343 Mds euros en 2011
Consulats de France : Atlanta, Boston, Chicago, Houston, La Nouvelle-Orléans, Los Angeles, Miami, New York, San Francisco, Washington.
Politique intérieure
Avec 50,2% des voix, le Président Obama est réélu, le mardi 6 novembre 2012, pour un second mandat. Il est le seul président démocrate, avec Bill Clinton, à remporter un second mandat depuis la Seconde Guerre mondiale. Le Congrès reste dans la même configuration que celle qui prévalait avant le scrutin à l’issue de ces élections. Les républicains conservent la majorité à la Chambre des Représentants (240 sièges contre 190). Au Sénat, les démocrates continuent à détenir une courte majorité. Le rapport des forces au Sénat est désormais de 53 démocrates pour 45 républicains (6 nouveaux sièges) et 2 indépendants.
Cette élection présidentielle a montré l’importance du soutien que le parti démocrate est parvenu à mobiliser au sein de l’électorat noir et hispanique, ainsi que de celui des femmes, des jeunes et des minorités. Au niveau national, l’électorat blanc ne représente plus en 2012 que 72 % du corps électoral. Les mutations démographiques en cours aux Etats-Unis paraissent défavorables au parti républicain, qui devra revoir ses positions sur de nombreux sujets.
La radicalisation conservatrice du mouvement « Tea Party » a sapé les fondations centristes du « Grand Old Party ». Le Tea Party porte ainsi une part de responsabilité dans la défaite de Romney, qui a dû s’aligner sur des positions conservatrices pour remporter les primaires, au risque de perdre des voix : 70 % des électeurs hispaniques l’ont rejeté du fait de ses positions sur l’immigration.
Lors de son premier mandat, le Président Obama a fait passer plusieurs réformes importantes. L’adoption en février 2009 d’un plan de relance de l’économie et le sauvetage de l’industrie automobile avaient constitué le premier grand succès politique. En 2010, le Président a imposé face à l’opposition résolue des républicains, sa réforme du système de santé (« Obamacare ») et celle du secteur financier.
La signature du « Fair Pay Act », destiné à limiter les discriminations salariales induites par l’âge, le sexe ou la race, l’entrée en vigueur d’une législation qui renforce la couverture santé des enfants de milieu modeste ou encore l’abrogation de la loi qui interdisait l’accès des homosexuels aux forces armées, sont également des réformes importantes.
Aujourd’hui, la mise en œuvre des priorités définies par Barack Obama pour son second mandat dépendra beaucoup du règlement de la question budgétaire (« fiscal cliff ») puisqu’il lui donnera, ou non, l’autorité et les moyens budgétaires pour les réaliser. Fin 2012, la Chambre des représentants a adopté une loi qui protège une large majorité d’Américains d’une hausse de leur impôt sur le revenu en prorogeant les réductions fiscales votées sous l’administration Bush.
Mais cette loi n’est qu’un accord a minima essentiellement axé sur le volet recettes qui ne règle pas les questions des séquestres (coupes automatiques prévues par l’accord de l’été 2011 sur le plafond de la dette qui sont entrées en vigueur le 1er mars 2013), du plafond de la dette et du financement du gouvernement fédéral. Les coupes automatiques dans les dépenses publiques risquent de provoquer une contraction budgétaire brutale, dont l’effet pourrait être une baisse de 0,5 % du PIB selon le FMI.
Les négociations bipartisanes continuent en vue de l’adoption d’un budget 2013-2014, en l’absence duquel l’administration fédérale pourrait être contrainte à une fermeture (« shutdown ») au 1er octobre prochain. Les discussions achoppent sur l’équilibre entre réduction des dépenses et hausses d’impôts. L’objectif à long terme étant de sortir de cette controverse et de fixer les bases d’un rétablissement équilibré du budget d’ici à 2022.
L’éducation sera une autre priorité des quatre prochaines années. Barack Obama veut permettre aux Américains les moins qualifiés d’accéder à des formations professionnelles pour leur permettre de mieux satisfaire à la demande des entreprises. En termes de formation initiale, le président veut étendre encore le nombre des bourses pour les études supérieures et trouver un moyen de freiner l’augmentation des frais de scolarité dans les universités. Il veut aussi plafonner le montant des remboursements des prêts étudiants à un certain pourcentage des revenus.
Suite aux événements tragiques de Newtown qui ont fait 26 morts en décembre 2012, le Président a lancé une initiative visant à un contrôle accru des armes à feu (vérification renforcée des acheteurs d’armes, sécurité dans les écoles, lutte contre le trafic illégal). Ces propositions qui se heurtent toujours à l’hostilité du puissant lobby des armes à feu ont été rejetées par le Sénat le 17 avril 2013, même s’il apparaît désormais qu’une majorité des Américains y est favorable.
Enfin, fort du soutien des Hispaniques auxquels il doit en partie sa réélection, Barack Obama a engagé une réforme de la législation sur l’immigration. Un chantier qu’il souhaite développer selon trois axes : création de procédures d’accès à la citoyenneté pour les 11 à 12 millions de résidents illégaux, réforme de la politique des visas pour les étrangers très qualifiés, et renforcement de la sécurité des frontières
Situation économique
La crise économique déclenchée en 2008 a été la pire que les Etats-Unis aient connue depuis les années trente, partie du marché de l’immobilier pour s’étendre à l’ensemble de l’économie. La hausse des défauts de paiements des ménages surendettés a alimenté la baisse continue de la valeur des actifs et l’augmentation des saisies des biens hypothéqués. L’insolvabilité d’établissements financiers a conduit la Fed à intervenir massivement (programme d’achat de bons du Trésor pour un montant de 600 Mds USD).
Ces interventions, couplées à une politique monétaire souple et un plan de relance d’un montant de 787 Mds USD, ont été la réponse à cette crise.
La reprise a été réelle à partir de 2011, et en 2012 l’économie américaine a affiché une croissance de 2,3 %. Les derniers chiffres de l’emploi de février 2013 montrent un taux de chômage de 7,7 %, son niveau le plus faible depuis 2008. Mais la création de nouveaux emplois s’est sensiblement ralentie en mars et la croissance reste en-deçà des attentes. La réserve fédérale maintient en conséquence sa politique monétaire accommodante (maintien des taux d’intérêts au plus bas).
Lors de son discours sur l’état de l’Union en février dernier, Barack Obama a mis en avant les progrès accomplis durant son précédent mandat, durant lequel, malgré la crise, plus de six millions d’emplois ont été créés. Il a annoncé la priorité donnée à la création d’emplois et la ré-industrialisation, notamment par le renouvellement des infrastructures (ports, conduites, réseau routier - 70 000 ponts à réparer) avec un programme « Fix-It-First », et en facilitant la reprise de la construction résidentielle par le refinancement des prêts hypothécaires.
Cette reprise et les perspectives à moyen terme sont largement portées par la nouvelle situation énergétique du pays. La production d’hydrocarbures non conventionnels (gaz de schistes, condensats des puits mixtes et pétrole de réservoirs lenticulaires – tight oils-) est en forte hausse ; les Etats-Unis pourraient retrouver, à l’horizon 2020, le statut de premier producteur mondial d’hydrocarbures qu’ils occupaient dans les années 1970.
L’impact sur les créations d’emplois est réel et la baisse du coût de l’énergie devrait continuer à favoriser la compétitivité et l’attractivité de l’économie américaine, notamment par le retour sur le sol américain d’industries ayant été délocalisées (pétrochimie, matériaux plastiques, etc.). Cette nouvelle donne énergétique pourrait générer entre 0,5 et 1 % de croissance au cours des cinq prochaines années.
Barack Obama a invité les Américains à mettre à profit cette marge de manœuvre pour accélérer la transition énergétique, réduire les émissions de gaz à effet de serre, accroître les économies d’énergie et se préparer aux changements climatiques. Un fonds fédéral destiné à la recherche pour l’efficacité énergétique a été créé.
L’administration souhaite diminuer les émissions de gaz à effet de serre tout en favorisant la croissance économique et la ré-industrialisation. Le Président a appelé le Congrès à adopter une réglementation plus avancée sur la réduction des émissions et sur l’efficacité énergétique, faute de quoi il agirait par décret.
Politique extérieure
Les priorités de la politique étrangère sous le premier mandat d’Obama
A son arrivée en 2009, la politique étrangère du président Obama était principalement guidée par trois objectifs.
La restauration de l’image de l’Amérique dans le monde, mise à mal les années précédentes, constituait le premier chantier de Barack Obama. Porté par un discours volontariste, l’espoir d’un vent nouveau a été partagé par nombre de sympathisants à travers le monde.
Cette forte attente a sans doute été le mieux illustrée par l’attribution du prix Nobel de la paix au président américain en 2009. L’adoption d’un ton nouveau (discours directs aux populations, ouverture au monde musulman) ainsi que la volonté de mettre fin à certaines pratiques controversées du passé (volonté de fermer Guantanamo, interdiction de l’usage de la torture) et de solder l’héritage de son prédécesseur (Irak, Afghanistan) reflètent cette impulsion nouvelle.
Confrontés à des crises croissantes et des défis globaux d’envergure (prolifération nucléaire, régulation financière mondiale, changement climatique), les Etats-Unis ont envoyé des signaux en faveur d’un réengagement sur plusieurs dossiers clés (« reset » avec la Russie, Moyen-Orient, rééquilibrage vers l’Asie), deuxième priorité du président lors de son entrée en fonction.
Enfin, les Etats-Unis ont souhaité rompre avec l’approche unilatérale en réinvestissant les instances multilatérales délaissées pour certaines (Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies), appelant des réformes pour d’autres (ONU, G8/G20) ou une plus grande intégration des émergents dans la gouvernance mondiale.
Un bilan en demi-teinte sur les grands dossiers internationaux
Si beaucoup se sont interrogés sur la nature de la politique étrangère du Président Obama, le pragmatisme semble avant tout dominer son action diplomatique.
La première année a fortement été marquée par des opérations « de reconquête des cœurs » : discours du Caire, premier déplacement en Afrique (Ghana), perspective de relations apaisées avec l’Amérique latine (sommet des Amériques à Trinité-et-Tobago). L’ancienne Secrétaire d’Etat s’est largement faite l’écho, tout au long de ses 112 déplacements à l’étranger, de cette nouvelle voix américaine plus à l’écoute et plus respectueuse. En faisant du « smart power » sa marque de fabrique, Hillary Clinton a œuvré pour une grande part à redorer le blason américain et porter les intérêts et les valeurs américaines dans le monde.
En réponse aux évolutions démocratiques en cours en Birmanie, la normalisation de la relation entre Washington et Rangoun, dont le point d’orgue est intervenu avec la visite historique du président Obama en novembre 2012, symbolise peut-être l’un des succès les plus visibles de cette nouvelle diplomatie américaine. Le retrait effectif des 39 000 soldats américains d’Irak fin 2011 ainsi que le retrait des 33 000 soldats, correspondant au « surge » de 2009 en Afghanistan, constituent également une victoire de taille et traduit cette volonté de tourner la page d’une décennie de guerre.
Opposant guerre de choix et guerre de nécessité, le Président n’a pas hésité à assumer des choix importants, notamment en augmentant le nombre de troupes engagées en Afghanistan, en décidant d’une intervention des Forces spéciales au Pakistan conduisant à l’élimination d’Oussama Ben Laden le 2 mai 2011 ou en augmentant considérablement l’utilisation des attaques par drones pour des éliminations physiques dites « ciblées », y compris de citoyens américains. Malgré les controverses sur cette guerre « technologique », son image de Commander in Chief en est sortie considérablement renforcée.
Parmi les thèmes importants de la diplomatie d’Obama figure la promotion du désarmement nucléaire, qui a fait l’objet de plusieurs développements durant son premier mandat. Ce fut l’un des objectifs du « reset » avec la Russie, conduisant à la signature et à la ratification du nouveau traité START, mais aussi l’un des messages principaux du discours prononcé à Prague en 2009 sur un monde sans armes nucléaires (Global zero).
Bien que la relation bilatérale avec l’Iran reste très dégradée et centrée sur le dossier du programme nucléaire iranien, deux aspects positifs peuvent être relevés : le président américain, fidèle à sa stratégie du « dual track » (priorité à la voie diplomatique tout en imposant des sanctions lourdes sans exclure le recours à la force militaire) veut encore croire à la possibilité d’une résolution de la crise, Téhéran étant plus isolé que jamais et les responsables iraniens faisant face à des « sanctions écrasantes ».
Par ailleurs, le Président Obama s’est efforcé de convaincre Israël de ne pas se lancer dans une attaque préventive contre l’Iran, en dépit des fortes pressions exercées par son allié israélien.
Enfin, l’évolution du leadership américain, sans pour autant adhérer aux thèses déclinistes, conduit les Etats-Unis à privilégier la voie du « minilatéralisme », en partageant notamment les instruments de la gouvernance mondiale avec les émergents (volonté d’en faire des « responsible stakeholders ») ou le fardeau sécuritaire avec leurs Alliés (Libye ou plus récemment Mali).
Si l’administration Obama a voulu se réinvestir dans le processus de paix au Proche-Orient, les Etats-Unis n’ont pas pu convaincre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu de geler les colonies de peuplement dans les territoires occupés, accentuant l’impasse des négociations. L’administration a néanmoins été vivement critiquée au Congrès pour cette initiative. Washington a refusé par ailleurs toute initiative palestinienne dans les enceintes multilatérales, seules des négociations directes avec Israël pouvant, à ses yeux, déboucher sur la création d’un Etat palestinien.
Les Etats-Unis se sont ainsi opposés à l’adhésion palestinienne à l’UNESCO ainsi qu’à la reconnaissance de son statut d’Etat non membre observateur aux Nations unies. L’aide américaine à l’autorité palestinienne pour 2012 (d’un montant de 200M USD) a été gelée par le Congrès en conséquence.
Washington s’est montré également prudent face aux révolutions dans le monde arabe. Si les Etats-Unis ont accompagné la chute du régime Ben Ali et la transition vers l’après-Moubarak, enjeu autrement plus stratégique pour Washington, ils ont moins pu jouer de leur influence au Yémen et à Bahreïn.
En Libye, ils ont voulu s’impliquer de façon limitée, adoptant une stratégie du « leading from behind » et partageant la responsabilité de l’après-Kadhafi avec leurs alliés européens et arabes. L’accession au pouvoir du Président Morsi en Egypte et d’autres leaders islamistes dans certains pays de la région a suscité des craintes américaines, notamment sur une possible « perte » de l’Egypte, les nouveaux pouvoirs n’étant plus forcément en phase avec les intérêts américains.
De même, l’attaque du consulat américain de Benghazi le 11 septembre 2012 a démontré la fragilité d’un régime issu des printemps arabes. L’enlisement de la situation en Syrie depuis deux ans sonne sans aucun doute comme un constat d’échec pour la communauté internationale. Bien que les Etats-Unis se soient mobilisés sur le plan diplomatique, aient reconnu la Coalition nationale syrienne, et aient appelé à de nombreuses reprises au départ de Bachar El-Assad, l’administration Obama a choisi de suivre une ligne prudente, renforcée par le double veto opposé par la Russie et le Chine à toute résolution des Nations unies.
En réaction à cette situation délicate au Proche-Orient est intervenue l’annonce fin 2011 du « pivot » américain vers l’Asie-Pacifique, rebaptisé par la suite « rééquilibrage ». D’un côté, ce mouvement stratégique de long terme vise à renforcer la présence américaine en Asie face aux opportunités et menaces que représente la région et se manifeste par un réinvestissement multiforme (renforcement des alliances traditionnelles et des relations avec les puissances émergentes, présence militaire américaine accrue, réinvestissement dans les instances régionales et relance du projet de partenariat Trans-Pacifique) et à désengager les Etats-Unis d’un « Proche-Orient compliqué » qui leur a valu beaucoup de déboires (intervention militaire au sol longue et couteuse) et peu de satisfaction ( PPPO à l’arrêt).
De l’autre côté, cet ajustement a pu entraîner plusieurs incompréhensions, au premier rang desquelles l’idée d’un endiguement de la Chine ou d’un désengagement américain de l’Europe.
Plusieurs dossiers n’ont toutefois pas été au cœur de l’agenda du premier mandat d’Obama. Si l’administration Obama a souhaité, à ses débuts, réinvestir des régions délaissées par l’administration Bush, comme l’Afrique et l’Amérique latine, les espoirs suscités par l’élection du Président Obama ne se sont qu’en partie concrétisés, en raison des efforts consacrés en premier lieu au traitement de la crise économique et financière mais aussi des autres priorités de politique étrangère.
L’approche américaine envers Cuba n’a, par exemple, pas connu de changement sur le fond, même si certaines restrictions ont été assouplies ou levées (voyages, transferts d’argent des Cubains exilés). De même, l’Afrique est sans doute la région la moins investie par Obama (un seul déplacement en 2009) alors que les enjeux y sont d’envergure.
Enfin, présentée comme l’une des priorités du premier mandat du Président Obama, la lutte contre le changement climatique n’a pas réussi à se concrétiser, malgré de nombreuses initiatives de l’exécutif pour contourner les réticences du Congrès. Finalement, ce sont les effets de la crise économique et la révolution des gaz de schiste (qui remplacent le charbon) qui permettent le respect des engagements américains en matière de réduction des gaz à effet de serre.
Les enjeux d’Obama II : une politique étrangère marquée du sceau de la continuité
Le tableau quatre ans plus tard a quelque peu changé. La politique étrangère américaine demeure traversée par deux mouvements qui s’opposent : la volonté de s’investir sur les grands dossiers internationaux et, pour le Président Obama, de laisser son empreinte, et la volonté de se consacrer aux chantiers intérieurs porteurs d’immenses défis mais nécessitant un fort investissement politique (voir supra).
La war fatigue de la population ainsi que les contraintes budgétaires qui pèsent sur l’appareil diplomatico-militaire américain, couplées à une dépendance énergétique des Etats-Unis sensiblement réduite, risquent de jouer en faveur d’un engagement américain plus limité sur la scène mondiale (certains redoutent même un néo-isolationnisme).
Cette situation aura pour corolaire un appel renforcé à une plus grande responsabilité et un plus grand partage du fardeau sécuritaire de la part des Alliés de l’Amérique, en particulier des Européens. Pourtant, les crises actuelles ou potentielles nécessiteront inéluctablement l’implication américaine.
Lors de son discours sur l’état de l’Union le 12 février 2013, le Président Obama a énoncé un agenda sans surprise des priorités de la politique étrangère pour ce second mandat. En annonçant le retrait de la moitié des troupes d’Afghanistan (34 000) dans les 12 mois à venir, le Président Obama souhaite clore le chapitre d’une décennie de guerre.
Cet objectif est d’autant plus nécessaire que la menace terroriste d’Al Qaeda et ses alliés s’est déplacée vers d’autres terrains. L’intervention française au Mali et l’appui logistique clé accordé par les Américains illustrent « l’empreinte légère » qu’entend désormais privilégier Washington : en fonction des intérêts américains en jeu, les Etats-Unis préfèreront des actions indirectes (formation et aide au niveau local, appui logistique des Alliés, emploi de drones, évitement des guerres au sol).
La lutte contre la prolifération nucléaire restera un chapitre important du second mandat d’Obama, alors que la Corée du Nord a effectué un troisième essai nucléaire, que le programme nucléaire iranien va entrer dans une phase critique et que le Président Obama souhaite négocier une réduction supplémentaire des arsenaux nucléaires avec la Russie.
Si elle est très attendue par ses partenaires, une initiative américaine de relance du processus de paix au Proche-Orient n’est pas assurée et sera largement tributaire de plusieurs paramètres (opinion publique, Congrès, rapports de force politique en Israël/Palestine). La crise syrienne et plus globalement la gestion des conséquences des printemps arabes vont rester au centre des préoccupations américaines.
La première tournée en Europe et dans le monde arabe du nouveau chef de la diplomatie américaine, John Kerry, a été essentiellement consacrée à la situation en Syrie ainsi qu’aux moyens d’aider l’opposition syrienne (l’aide américaine se limitant à une aide non létale) et de réengager un processus de transition politique.
Les relations avec les grandes puissances (Inde, Brésil, Russie, Chine) seront aussi un point d’attention de la diplomatie américaine. L’enjeu sera notamment d’engager avec la Russie une nouvelle relance de la politique du reset (« reset the reset ») en raison d’une dégradation des relatons bilatérales (loi Magnitski, interdiction d’adoption d’enfants russes, divergences sur les crises internationales, etc.). De même, si elle reste marquée par des divergences profondes (monnaie, commerce, Taïwan, droits de l’homme), la relation sino-américaine représente un des défis du deuxième mandat au regard de la forte interdépendance et de la montée en puissance chinoise.
La concrétisation du « pivot » américain (conclusion du TPP, positionnement de 60% de la flotte américaine dans le Pacifique occidental) influera aussi sur la gestion de cette relation.
Enfin, la lutte contre le changement climatique constituera vraisemblablement un sujet réinvesti par le Président Obama et son nouveau Secrétaire d’Etat. Si l’actuel équilibre des forces au Congrès ne permet pas d’envisager la ratification par le Congrès d’un vaste accord international contraignant en matière d’émissions de GES, un consensus positif commence à émerger aux Etats-Unis avec une opinion publique de plus en plus convaincue de la réalité du changement climatique et des Etats fédérés qui multiplient les initiatives dans ce domaine (lancement d’un marché du carbone en Californie le 1er janvier 2013, Clean Energy Standards c’est-à-dire un taux minimal d’énergies renouvelables à incorporer dans le « mix » énergétique, adoptés par 30 Etats).
Dans ce contexte, un soutien bipartisan du Congrès pour un accord souple portant sur des engagements mutuels et mis en œuvre par des mesures exécutives n’est pas à exclure. Le président Obama entend poursuivre sa politique des « petits pas » par voie réglementaire pour atteindre l’objectif de réduction de 17% des émissions de GES entre 2005 et 2020. L’effet conjugué de la crise économique et de l’essor des gaz de schiste ont permis aux Etats-Unis de réduire leurs émissions de 5% en 2010 par rapport à 2005.
Relation transatlantique
Trois grands thèmes d’intérêt mutuel sont au cœur du dialogue transatlantique : l’économie globale et transatlantique (la crise de la zone euro retient particulièrement l’attention des Etats-Unis), les enjeux globaux (notamment le développement, le changement climatique et l’énergie) et les questions de sécurité globale et régionale.
Le dernier sommet Union européenne - Etats-Unis qui s’est tenu le 28 novembre 2011 à Washington, a répondu partiellement aux attentes européennes, et françaises en particulier. Il a notamment conduit à la mise en place d’un groupe de travail sur la croissance et l’emploi chargé d’étudier les options visant à accroître le commerce et les investissements, dont celle d’un accord de libre-échange (ALE) entre les deux zones.
Le rapport final du groupe a été publié le 13 février 2013, au lendemain du discours sur l’état de l’Union, par lequel le Président Barack Obama a confirmé l’engagement américain pour un accord de libre-échange complet et approfondi. L’ALE, rebaptisé Partenariat Transatlantique pour le Commerce et l’Investissement, devra s’articuler autour de trois volets : 1. l’accès au marché, 2. les questions réglementaires et les barrières non-tarifaires, 3. les règles, principes et nouveaux modes de coopération visant, au-delà de l’intégration économique bilatérale, à renforcer le système commercial multilatéral.
La négociation qui devrait s’engager avec les Etats-Unis sera vraisemblablement longue et difficile : les intérêts ne sont pas convergents, qu’il s’agisse du secteur agricole, de la protection de la propriété intellectuelle (indications géographiques), des obstacles à la convergence réglementaire, des préférences collectives européennes (OGM, viande aux hormones), et de l’exception culturelle. Une coopération a été également établie sur la sécurité et le développement au Sahel ainsi que sur le dossier du programme nucléaire iranien, avec l’adoption par le Conseil européen du 15 octobre de nouvelles sanctions à l’égard de l’Iran.
Mise à jour : 15.04.13
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