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Présentation de l’Allemagne

Présentation

Données générales

Nom officiel : République fédérale d’Allemagne
Nature du régime : démocratie parlementaire
Chef de l’Etat : M. Joachim Gauck
Chef du gouvernement : Mme Angela Merkel

Données géographiques

Superficie : 357 027 km²
Capitale : Berlin
Villes principales : Hambourg, Munich, Cologne, Francfort/Main, , Stuttgart, Düsseldorf, Dortmund, Essen, Brême, Dresde, Leipzig, Hanover, Nuremberg (66 villes allemandes de plus de 100 000 habitants).
Langue officielle : allemand
Monnaie : euro
Fête nationale : 3 octobre

Données démographiques

Population : 81,1 millions (2014)
Croissance de la population : + 0,4% (2014)
Taux de fécondité : 1,41 (2014)
Projections démographiques : 72,2 millions d’habitants (2030)
Espérance de vie à la naissance : 77 ans et 9 mois pour les hommes et 82ans et 10 mois pour les femmes (2014)
Religions : catholicisme (32,9 %), protestantisme (32,5 %), Islam (3 %), judaïsme (0,14%)
Indice de développement humain (classement ONU, 2012) : 5 ème rang

Données migratoires

Solde migratoire : + 550.483 (2014)
Naturalisations (2014) : 108.420 (-3,5 %)
Origine des naturalisés (2014) : Turquie (20,7%) Pologne (5,5 %), Croatie (3,6%), Kosovo (3,2%), Italie (3,0%)
Population étrangère (2014) : 8.152.968 (10,8% de la population)
Origine des étrangers (2014) : Europe (6,4 millions) ; UE-28 (3,8 millions) ; Turquie (1,5 millions)

Données économiques

PIB : 2 903,2 Mds€ (2014) PIB par habitant : 35.230 € (2014)
Taux de croissance (2014) : +1,5% (après +0,4% en 2013) ; prévisions 2015 : +1,5%
Taux de chômage (2014) : 4,7% (après 5,2% en 2013)
Taux d’inflation (taux moyen sur 12 mois) : 0,8% (après 1,6% en 2013)
Solde budgétaire : +0,0% (2013)
Endettement public : 74,7% % du PIB (2014) ; prévisions 2015 : 71,5%
Balance commerciale : 217,0 Md€ (2014). Principaux clients (2014) : France (9,0 %), Etats-Unis (8,5 %), Royaume-Uni (7,4 %), Chine (6,6 %), Pays-Bas (6,5 %), Autriche (5,0 %). Principaux fournisseurs (2014) : Pays-Bas (9,6 %), Chine (8,7%), France (7,4 %), Etats-Unis (5,3 %), Italie (5,3 %), Royaume-Uni (4,6 %)

Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB (2014) :

  • agriculture : 0,9 %
  • industrie : 28,2 %
  • services : 72%

Exportations de la France vers l’Allemagne : 70,6 Mds € (2014)
Importations françaises en provenance d’Allemagne : 85,1 Mds € (2014)
Solde : - 14,4 Mds € (2014)
Structure sectorielle des échanges (2014) :

  • Exportations françaises : matériels de transport (33,3%) ; équipements mécaniques, matériel électrique, électronique (18,4%) ; produits chimiques, parfums et cosmétiques (11,7%) ; produits métallurgiques et métalliques (8,3%)
  • Importations françaises : matériels de transport (32,3%) ; équipements mécaniques, matériel électrique, électronique (19,1%) ; produits chimiques (11,6%).

Consulats généraux de France : Düsseldorf, Francfort, Hambourg, Munich, Sarrebruck, Stuttgart
Communauté française en Allemagne : 160 000 personnes (décembre 2013)
Communauté allemande en France : 130 000 personnes (novembre 2012).

Politique intérieure

Les institutions politiques allemandes

La République fédérale d’Allemagne a été instaurée le 23 mai 1949 par l’adoption de la Loi fondamentale (Grundgesetz).

Les 16 Länder (Etats fédérés) qui la composent exercent des compétences propres (police, éducation, environnement, culture, administration). Les politiques sont mises en oeuvre dans chaque Land par un Ministre-président et un gouvernement (Landesregierung) après avoir été votées par un parlement régional (Landtag). Les Länder sont représentés par le Bundesrat dans l’élaboration de la législation fédérale. Le Bundestag, issu d’élections législatives fédérales directes, exerce un rôle central dans la décision politique à travers le contrôle de l’action du gouvernement fédéral, du budget, des engagements internationaux et des forces armées.

Héritage de l’Histoire, les institutions de la RFA reflètent une culture de transparence démocratique et une volonté permanente d’encadrer l’usage de la force. Le Tribunal constitutionnel fédéral de Karlsruhe joue à cet égard un rôle majeur et croissant. La Bundeswehr est avant tout une armée de citoyens en uniforme qui reçoivent une formation éthique, juridique et politique (Innere Führung) et ont le devoir de désobéir à un ordre qui serait contraire à la constitution et au droit. Son engagement sur des théâtres d’opération est structuré et défini par un mandat du Bundestag.

Les partis politiques allemands

La vie politique allemande est traditionnellement dominée par deux grands mouvements, la CDU-CSU (l’union démocrate-chrétienne de Mme Merkel et son alliée bavaroise, l’union sociale chrétienne) et le SPD (parti social-démocrate). L’opposition parlementaire est actuellement composée des Verts (écologistes) et du parti de gauche radicale Die Linke. Le FDP (parti libéral) s’associe généralement aux coalitions.

La CDU/CSU demeure actuellement la première force politique en Allemagne. Elle connaît cependant une baisse dans les sondages depuis octobre, dans le contexte de la crise des réfugiés. La CDU/CSU est actuellement créditée par la plupart des sondages de 37 à 41% des intentions de vote. Elle se situe toutefois loin devant le SPD, qui se maintient autour de 24%. S’agissant de l’opposition parlementaire, les Verts sont crédités de 10%. Quant au parti de gauche radicale Die Linke, crédité de 9% des intentions de vote, il a accédé en 2014 pour la première fois dans l’histoire de l’Allemagne réunifiée à la présidence d’un Land allemand : à la suite des élections régionales en Thuringe (septembre 2014), le parlement régional a en effet élu, le 5 décembre, Bodo Ramelow Ministre-Président du Land, à la tête d’un gouvernement de coalition « rouge-rouge-verte » (Die Linke, SPD et Verts). Il s’agit d’un résultat historique pour le parti héritier du parti socialiste est-allemand..

Les libéraux du FDP, après leur débâcle aux élections fédérales de septembre 2013 (n’ayant bas franchi le seuil de 5% des voix, le parti n’est plus représenté au Bundestag) ont connu quelques succès lors des élections régionales à Hambourg (mars) et à Brême (mai). Ils sont aujourd’hui à 5% dans les sondages.

Le parti Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland / AfD), fondé en février 2013 par l’économiste Bernd Lucke, prône la sortie de l’euro, préconise une « débureaucratisation de l’Union Européenne » et défend des positions très conservatrices sur l’immigration, l’insécurité et les valeurs familiales (mais rejette toute étiquette de parti d’extrême-droite). Profitant notamment des échecs du FDP en 2013, l’AfD a confirmé lors des derniers scrutins régionaux (Saxe, Thuringe, Brandebourg, Hambourg et Brême) son ancrage dans le paysage politique allemand. Le parti a toutefois connu une scission en juillet entre son aile « libérale » et son aile « nationale-conservatrice » : dénonçant une dérive xénophobe, Bernd Lucke a quitté le parti pour fonder l’Alliance pour le progrès et le renouveau (Alfa). L’afflux record de réfugiés en Allemagne et la polarisation du débat public sur cette question profite actuellement à l’AfD, créditée de 7% des intentions de vote (elle réussirait ainsi son entrée au Bundestag si les élections fédérales avaient lieu aujourd’hui, alors qu’elle l’a ratée de peu lors des élections fédérales de 2013).

Depuis le 22 septembre 2013 : la troisième grande coalition CDU-CSU-SPD.

Les élections législatives du 22 septembre ont donné une large victoire au parti d’Angela Merkel (CDU-CSU), qui a accompli son meilleur résultat depuis la réunification, manquant de peu la majorité absolue au Bundestag. L’Union a cependant dû se chercher un partenaire de gouvernement. Après que l’option d’une coalition entre conservateurs et verts ait été exclue, des négociations ont été engagées entre la CDU-CSU et le SPD en vue de la formation d’une nouvelle « Grande coalition », la troisième de l’histoire allemande. Elle dispose d’une très large assise parlementaire (504 députés sur 631, soit 80% des voix au Bundestag), ce qui lui donne la majorité nécessaire au Bundestag (2/3) pour changer la constitution et réduit le rôle de l’opposition parlementaire.

Le SPD comme la CDU/CSU peuvent se prévaloir de l’avancement des réformes prévues par le contrat de coalition : le 1er janvier 2015 a marqué l’introduction du salaire minimum (8,50 € bruts), le premier de l’histoire de l’Allemagne (il ne vaudra toutefois pour tous qu’à partir de 2017, et exclut certaines catégories d’actifs). Le projet de loi introduisant un quota de femmes dans les conseils de surveillance des grandes entreprises (initiative du SPD) a été adopté en mars par le Bundestag. En matière d’énergie et de climat, l’année 2014 aura constitué un moment charnière avec l’adoption, le 11 juillet, de la loi sur les énergies renouvelables, visant à accroître la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique allemand, et l’adoption, le 3 décembre, d’un plan d’action fixant les modalités d’une réduction de 40% des émissions allemandes de CO2 d’ici à 2020.

Les questions d’immigration et d’intégration dominent actuellement le débat public, alors que l’Allemagne fait face à un afflux record de réfugiés sur son territoire (le Vice-Chancelier Sigmar Gabriel a indiqué s’attendre à ce que l’Allemagne accueille un million de réfugiés en 2015, mais certaines estimations vont au-delà). Lors d’une interview à la deuxième chaîne (ZDF), le 16 août, la Chancelière a estimé que la question des migrants dans l’UE allait occuper les Européens « bien plus longtemps que la Grèce et la stabilité de l’euro ». La décision de la Chancelière, le 4 septembre, d’ouvrir les frontières aux réfugiés syriens en provenance de Hongrie (avant de rétablir les contrôles les 13 septembre), a constitué un tournant dans la gestion de la crise. Depuis lors, la Chancelière maintient le même cap : optimisme sur la capacité de l’Allemagne à relever le défi migratoire, refus de tout plafond destiné à freiner l’afflux de réfugiés mais volonté de reconduire à la frontière les réfugiés économiques, appel à une plus grande solidarité européenne, lutte contre les causes qui conduisent à l’exode. Cette ligne, en particulier le refus de tout plafonnement du nombre de réfugiés, occasionne de fortes tensions au sein du camp conservateur, en particulier de la part de la CSU bavaroise qui plaide pour une limitation du nombre de réfugiés.

L’afflux record de réfugié constitue un défi majeur pour les communes et les Länder (en particulier la Bavière), confrontés à un manque de financement et de capacités d’hébergement. Pour leur venir en aide, le gouvernement fédéral a adopté le 29 septembre un paquet de mesures sur l’asile. Celui-ci prévoit en particulier l’octroi de moyens financiers supplémentaires du Bund aux Länder (enveloppe portée à 2 Mds € pour 2015), la simplification des procédures de reconduite à la frontière et l’ajout de l’Albanie, du Kosovo et du Monténégro à la liste des « pays sûrs ». Par ailleurs, le décision a été prise de confier à la chancellerie fédérale la coordination politique de la gestion de la crise : c’est désormais Peter Altmaier (CDU), chef de la chancellerie fédérale, qui supervise tous les aspects rendant nécessaire une coordination interministérielle.

La « Willkommenskultur » (culture d’accueil) des réfugiés est très présente en Allemagne. Cependant, après l’enthousiasme de l’accueil des premiers jours (réfugiés accueillis en septembre sous les applaudissements à la gare de Munich), les études d’opinion indiquent des inquiétudes croissantes sur la capacité de l’Allemagne à faire face. L’Allemagne fait aussi l’expérience de réactions de rejet violentes contre les migrants (attaques contre des centres de réfugiés). Le mouvement PEGIDA (« Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident »), fondé à Dresde à la fin de 2014, dénonce une prétendue islamisation du monde occidental et une politique allemande et européenne désastreuse en matière d’immigration et de droit d’asile. Après avoir semblé s’essouffler début 2015, le mouvement profite des circonstances actuelles et d’un climat de tension entre pro et anti-réfugiés pour reprendre de l’ampleur.

Situation économique

Situation macroéconomique

En 2014, le PIB allemand a augmenté de 1,5%, dépassant ainsi la moyenne des dix dernières années (1,2%). L’Allemagne a été durement touchée par la crise économique et financière internationale de 2008-2009, enregistrant un recul de 5,1% de son PIB en 2009. Néanmoins, la croissance du PIB a ensuite connu une forte reprise (3,5% en 2010, un record depuis la réunification, puis 3% en 2011), avant de marquer une inflexion en 2012 (0,7%), confirmée en 2013 (0,3%).

Les perspectives macroéconomiques sont favorables. Le gouvernement envisage une croissance de 1,6 % en 2015, puis de 1,6 % en 2016 et de 1,3 % les trois années suivantes. Au premier trimestre 2015, la croissance du PIB a été relativement faible, avec 0,3%, marquant le contrecoup du dernier trimestre 2014 très fort. Les instituts économiques partagent globalement l’optimisme du gouvernement, même s’ils mettent en garde contre les risques à moyen terme liés aux crises grecque, russe et ukrainienne. Selon la fédération de l’industrie allemande (BDI), la croissance devrait être de 2% en Allemagne en 2015.

Hormis les variations de stock, toutes les composantes ont contribué positivement à la croissance du PIB en 2014. Selon Destatis, exportations, importations et excédent commercial ont atteint un niveau record, dépassant les performances de l’année 2012. Avec des exportations de 1 133,6 Md€ (+3,7% par rapport à 2013) et des importations de 916,5 Md€ (+2% par rapport à 2013), l’excédent commercial s’élève à 217 Md€. La hausse des exportations et des importations a été particulièrement forte avec les pays de l’UE n’appartenant pas à la zone euro (+10,2% et +6,6%).

Selon l’estimation provisoire de la Bundesbank, l’excédent des transactions courantes a également atteint un niveau record en 2014 ; il s’établit à 215,3 Md€, soit 7,4% du PIB. Le BGA, la fédération du commerce extérieur, estime que la faiblesse de l’euro devrait favoriser encore davantage les exportations cette année et table sur une progression des exportations de 4% en 2015. Il prévoit des importations en hausse de 3,5% en raison du dynamisme de la demande intérieure.

En 2014, l’emploi total a progressé à un niveau record (+0,9% à 42,7 millions, après +0,6% en 2013). Le chômage au sens du BIT a sensiblement diminué (-3,5% à 2,1 millions en moyenne sur l’année), soit un taux de chômage de 4,7% (contre 4,9% en 2013).

Revendication phare du SPD en 2013, l’instauration d’un salaire minimum unique (8,50€ brut par heure) a commencé à être mis en œuvre à compter du 1er janvier 2015. Son application n’est cependant pas été immédiate dans tous les secteurs : une période transitoire de deux ans a été prévue, pendant laquelle des salaires inférieurs seront autorisés dans le cadre d’accords de branches déjà négociés.

En moyenne, l’inflation s’est établie à 0,9% en 2014. Selon des chiffres provisoires de Destatis, l’indice des prix à la consommation (ICP) a enregistré en février une hausse de +0,1% en glissement annuel, après une baisse de -0,4% en janvier.

Situation des finances publiques

Alors que le budget fédéral 2014 prévoyait un déficit de 6,5 Mds€, le Bund a réalisé un budget fédéral équilibré et a dégagé un excédent structurel fédéral de 0,3% du PIB (après un déficit fédéral de 22,1 Mds€ et un déficit structurel fédéral de 0,1% du PIB en 2013). L’ensemble des administrations publiques a réalisé un excédent de 0,4% du PIB en 2014 (en comptabilité nationale ; après 0,1% en 2013). L’évolution favorable des finances publiques s’explique par le service de la dette moindre que prévu et la situation favorable sur le marché du travail.

Pour 2015, le gouvernement prévoit un solde budgétaire fédéral équilibré (pour la première fois depuis 1969). La programmation financière prévoit un solde budgétaire et un solde structurel légèrement excédentaires pour l’ensemble de la période 2015-2019.

Cette politique budgétaire d’une grande prudence est justifiée, selon le ministère des Finances, par la nécessité de réduire un ratio dette / PIB encore élevé (74,7% en 2014). Le ministère fédéral des Finances a déclaré souhaiter réduire le poids de la dette par rapport au PIB pour arriver à 71,5% cette année et à 61,5% en 2019, se rapprochant peu à peu des exigences européennes en la matière

Les recettes et dépenses devraient augmenter. Les dépenses passeront de 302,6 Mds€ en 2015 à 312,5 Mds€ en 2016 pour atteindre progressivement 334 Mds€ en 2019. Elles concerneront notamment le ministère de la Défense (+ 8 Mds€ d’ici 2019, dont +1 Md€ dès 2016). Des investissements supplémentaires de 20 Mds€ sont également prévus d’ici 2019 pour les infrastructures, la protection de l’environnement et l’aide financière aux communes. Le ministère des Finances avait déjà annoncé début mars une augmentation de 5 Md€ des dépenses d’investissement après l’augmentation de 10 Md€ annoncée en novembre 2014.

Le gouvernement a annoncé le 3 mars que 5 Md€ seraient mis à disposition pour l’investissement des communes entre 2015 et 2018. Ils se rajoutent aux 5 Md€ supplémentaires prévus dans l’accord de coalition et aux 10 Md€ annoncés en novembre par le ministre des Finances.

En 2014, le volume total du système de péréquation financière entre les Länder a augmenté à 9,0 Md€ (après 8,4 Md€ en 2013). Seuls quatre Länder sont contributeurs nets : la Bavière (4,9 Md€), le Bade-Wurtemberg (2,4 Md€), la Hesse (1,8 Md€) et Hambourg (0,1 Md€). Berlin a été, avec 3,5 Md€, le plus grand bénéficiaire.

Enfin, dans le contexte de la crise des réfugiés, des moyens additionnels sont mis à la disposition des Länder et des communes. Un paquet de mesures a été adopté par le Bundestag le 15 octobre (cf. prise en charge par l’Etat fédéral, à partir de 2016, d’un forfait de 670 € par réfugié/mois pendant toute la durée de l’instruction de la demande d’asile). Le budget fédéral rectificatif 2015 adopté le 29 septembre prévoit 5,1 Md€ de dépenses supplémentaires, notamment pour faire face à l’afflux de réfugiés. Le solde fédéral reste équilibré grâce à des recettes plus élevées que prévu. Selon la programmation pluriannuelle, le solde budgétaire fédéral restera équilibre dans la période 2016-209.

Politique extérieure

La politique étrangère allemande repose sur une partition à trois voix, principalement. Le Président fédéral, Joachim Gauck, qui a une fonction de représentation, a su par ses gestes mémoriels et sa liberté de ton, animer le débat sur la politique étrangère allemande. La Chancelière, Angela Merkel, fixe les lignes directrices et a la primauté en cas de divergences ; elle conduit avec pragmatisme une diplomatie des débouchés et de l’attractivité, sans renier son attachement au respect des droits de l’Homme. Dans ce cadre politique défini, le ministre des Affaires étrangères met en œuvre la politique étrangère de la coalition ; de retour à la tête de l’Auswärtiges Amt, où il avait officié entre 2005 et 2009, le ministre Frank-Walter Steinmeier parvient à s’y construire une crédibilité personnelle et une popularité forte.

Depuis l’après-guerre, la diplomatie allemande présente une continuité dans son engagement en faveur de la paix dans le monde, de l’intégration européenne et du partenariat transatlantique. La fermeté sur l’Etat de droit et le respect des droits de l’Homme constitue une caractéristique forte du message international de la République fédérale d’Allemagne. La crise des réfugiés pourrait enfin déterminer de nouvelles priorités de la politique étrangère allemande.

Un engagement en faveur du partenariat transatlantique

L’Allemagne reste étroitement liée aux Etats-Unis, en dépit d’épisodes de tensions : le différend sur l’intervention en Irak en 2003 (G. Schröder s’était opposé à l’intervention de la coalition), et plus récemment l’affaire des écoutes de la NSA. Les Etats-Unis demeurent pour l’Allemagne un partenaire économique et politique incontournable. Le commerce germano-américain est excédentaire pour l’Allemagne (de 145 Mds € en 2014) ; sur le plan de l’investissement, les entreprises américaines ont investi davantage en Allemagne (107 Mds $) que dans toute l’Amérique centrale dont le Mexique (104 Mds $) en 2013. Aussi le projet de Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP) est-il fermement appuyé par la Chancelière, qui souhaite un accord ambitieux.

La quasi-totalité de l’effort de défense allemand est consacré à l’OTAN, considérée comme la principale enceinte légitime pour les sujets relatifs à la sécurité et à la défense, le volet militaire de la PSDC étant perçu comme secondaire. L’Allemagne contribue de manière significative aux opérations de l’OTAN : son engagement au sein de la FIAS en Afghanistan a été son engagement à l’étranger le plus important, en nombre, en durée et en intensité, depuis la Seconde guerre mondiale. Elle participe à une mission de formation, en tant que nation-cadre de l’OTAN, dans la région Nord. L’Allemagne est aussi le deuxième contributeur à la KFOR au Kosovo et participe enfin de manière substantielle aux mesures de réassurance prises par l’Alliance aux profits des Alliés d’Europe orientale dans le cadre de la crise ukrainienne.

L’impératif d’une Europe forte et compétitive

La politique étrangère allemande est conçue que dans le cadre d’une Europe forte et compétitive. Aussi la Chancelière a-t-elle fait du règlement de la crise de la zone euro sa principale préoccupation. Testé par cette crise, l’engagement européen de l’Allemagne reste une constante. Cependant, des critiques ont commencé à s’élever, en particulier par la voix du parti eurosceptique Alternative für Deutschland. Ce dernier, quoique marqué par une scission en mai, avait fait une percée remarquée aux élections européennes ainsi que lors des trois élections régionales qui se sont tenues à l’automne 2014. Il continue de marquer son opposition à la monnaie unique et plus globalement aux contraintes que ferait peser l’Union européenne sur la politique intérieure allemande et son économie.

Le Triangle de Weimar avec la Pologne et la France connaît un dynamisme nouveau ces dernières années. La dernière réunion des ministres français, allemand et polonais des Affaires étrangères s’est tenue le 3 avril 2015 à Wroclaw (Pologne).

La fin d’une politique d’engagement constructif avec la Russie

L’Allemagne s’est engagée dès le début de la crise ukrainienne, de manière active et au plus haut niveau dans la recherche d’une solution, en privilégiant le dialogue avec Moscou, tout en ayant une position ferme sur la question des sanctions. Frank-Walter Steinmeier, auquel on avait pu prêter une certaine complaisance à l’égard de Moscou du fait de la politique de partenariat avec la Russie initiée durant son premier mandat, a rejoint désormais une ligne plus critique. Il est toutefois attaché à rappeler qu’il n’est pas dans l’intérêt de l’Union Européenne d’isoler durablement la Russie.

L’étroite coopération franco-allemande sur ce dossier, matérialisée notamment par le « format Normandie », et en particulier l’initiative franco-allemande de Minsk, a largement contribué à ce que l’engagement de l’Allemagne dans la gestion de cette crise soit à la mesure de ses intérêts et de son influence en Ukraine et en Russie.

Une relation spéciale avec Israël

L’Allemagne a une sensibilité particulière vis-à-vis de l’Etat d’Israël, réaffirmée par Mme Merkel lors de sa visite d’Etat dans ce pays (16-18 mars 2008), avec une intervention devant la Knesset : le droit à l’existence et la sécurité d’Israël, en tant qu’Etat juif, constitue pour l’Allemagne « une partie de sa raison d’Etat ». Depuis 2008, sont organisées des consultations annuelles entre les gouvernements allemand et israélien. L’Allemagne a voté contre la résolution ayant admis la Palestine comme Etat-membre de l’UNESCO, et, plus récemment, s’est abstenue lors du vote de la résolution sur le réhaussement du statut de la Palestine aux Nations unies. Les autorités allemandes ont en revanche condamné fermement les annonces concernant de nouvelles colonies dans les territoires occupés, qui menacent la viabilité d’une solution à deux Etats. L’année 2015 a marqué le cinquantenaire de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Allemagne et Israël, ponctué notamment par une longue visite d’Etat en Allemagne du Président israélien Reuven Rivlin (10-13 mai 2015) célébrant le « miracle » (Joachim Gauck) de l’amitié germano-israélienne.

Lutte contre le terrorisme et engagement pour la stabilité du monde arabo-musulman

La diplomatie allemande s’efforce de développer une position équilibrée dans son dialogue avec le monde arabo-musulman. Présentes dans plusieurs Etats de la région, les fondations politiques proches des grands partis allemands jouent un rôle important dans cet effort de dialogue avec l’ensemble des mouvements politiques locaux.

La montée de l’Etat islamique en Irak a donné lieu à une décision sans précédent du gouvernement allemand. Alors que celui-ci se refusait jusqu’alors à livrer des armes dans les régions en conflit, la décision a été annoncée, le 20 août 2014, de livrer des armes aux Kurdes. Face à une opinion publique très réservée, l’Allemagne ne devrait cependant pas participer aux frappes aériennes en Irak.

L’Allemagne s’implique dans le dossier iranien, en étroite concertation avec ses partenaires européens (France, Royaume-Uni) ainsi que les Etats-Unis, la Chine et la Russie. M. Steinmeier s’est engagé de manière intensive dans l’obtention de l’accord de Vienne, largement salué par la classe politique et les médias. Le vice-chancelier et ministre en charge de l’Economie, Sigmar Gabriel, est le premier haut responsable occidental à s’être rendu en Iran après la conclusion de l’accord, accompagné d’une délégation de chefs d’entreprise (du 19 au 21 juillet).
S’agissant de la Syrie, l’effort consenti avec l’accueil de centaines de milliers de réfugiés permet à Berlin de se prévaloir d’une action spécifique, d’ordre humanitaire, dans le conflit syrien. Il justifie aussi que Berlin soit pleinement associé aux efforts de règlement politique, alors qu’en septembre 2013 elle s’était montrée réservée quant à la possibilité de frappes contre le régime syrien, suite à l’emploi d’armes chimiques.

Actuellement, la crise migratoire et la situation au Proche-Orient préoccupent conjointement la Turquie et l’Allemagne, en tant que premier pays d’accueil des réfugiés syriens d’une part, et premier pays d’accueil de l’Union européenne d’autre part. Le dialogue autour de cette question promet de s’intensifier.

Enfin, tournant la page de son abstention au Conseil de sécurité lors du vote de la résolution 1973 autorisant l’emploi de la force en Libye, l’Allemagne fait un effort particulier de concertation sur ce dossier. Elle a notamment intensifié sa coopération avec Tunis.

Une diplomatie des débouchés commerciaux et des matières premières

Reposant sur trois piliers centraux (chambres de commerce bilatérales, agence de promotion Germany Trade and Invest, et conseillers économiques des ambassades), la diplomatie économique menée par Berlin se traduit par une forte attention portée aux grands pays émergents. La Chancelière a déjà effectué huit visites officielles en Chine, où l’Allemagne est le premier investisseur européen et compte 5 000 entreprises, dans un contexte de résorption du déficit bilatéral allemand. La diplomatie allemande des matières premières trouve une illustration dans la relation étroite qu’entretient l’Allemagne avec la Mongolie (visite de la Chancelière en 2011, de Steinmeier en juillet 2014), dont les « terres rares » constituent des ressources stratégiques pour l’industrie allemande. Avec l’Inde, les relations ont, depuis 2006, la qualité de « partenariat stratégique » pour les deux pays. Aux échanges économiques étroits s’ajoute une coopération scientifique et technique dynamique. Le Premier ministre indien a fait une visite remarquée en Allemagne où il a ouvert aux côtés de Mme Merkel la foire de Hanovre le 12 avril, tandis que la Chancelière s’est rendue à Bangalore les 5 et 6 octobre 2015. La participation allemande à des opérations de lutte contre les trafics et la piraterie (Atalante), et son implication dans la mise en œuvre d’une stratégie de sûreté maritime de l’Union européenne s’inscrivent dans une même volonté de protection des routes commerciales.

Une réflexion en cours sur un engagement accru de l’Allemagne sur la scène internationale

S’interrogeant sur l’opportunité de donner à l’Allemagne une place à la mesure de son poids économique et de son influence politique, le Président fédéral d’abord, puis les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, se sont successivement prononcés pour un renforcement du rôle de l’Allemagne dans le monde, tout en rappelant les responsabilités liées au passé. L’exercice de revue de la politique étrangère allemande, la « Review 2014 », mené par Frank-Walter Steinmeier, se traduit actuellement par une réorganisation du ministère allemand des Affaires étrangères, d’ici la fin 2016, dans le sens d’une meilleure réactivité aux crises, d’une plus grande participation à l’ordre international et d’un renforcement du réflexe européen. Cependant, l’opinion publique allemande demeure largement réticente à un engagement accru de l’Allemagne sur la scène internationale, comme en témoigne un sondage réalisé par la fondation Körber en mai 2014 : seuls 37% des Allemands sondés y sont favorables, tandis que 60% préconisent l’inverse. L’afflux de réfugiés en Allemagne, et la nécessité d’agir sur les causes profondes des migrations, pourrait faire évoluer le débat.

Mise à jour : 15.10.15

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