Q&R - Point de presse live (12 février 2026)

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Q - Bonjour, j’ai deux questions. La première concerne les propos du ministre hier concernant la rapporteuse des Nations unies, Francesca Albanese. Est-ce que vous pouvez nous dire exactement sur quels propos se base le ministre ? Il parle de propos outranciers qui nuisent non au gouvernement israélien mais au peuple et à l’État d’Israël. Donc, on a essayé de voir quels sont ces propos, moi-même et beaucoup de journalistes, on a regardé l’intervention de Mme Albanese et on ne trouvait pas ces propos. Surtout, on ne trouvait pas les propos qui figurent dans la lettre de Caroline Yadan, qui dit qu’Albanese a dit qu’on a un « ennemi commun, l’ennemi commun de l’humanité, c’est Israël. » On ne trouve pas ces propos. Donc, sur quoi se base précisément le ministre Barrot ? Et ma deuxième question, qui est en rapport, vous avez sorti un communiqué cette semaine sur la colonisation de la Cisjordanie, qui condamne encore une fois l’annexion par Israël, de nouveaux territoires. On arrive à un point où ces condamnations nous paraissent un peu inutiles parce que d’un côté vous sortez les communiqués mais sur le terrain, vous êtes complètement détachés de la réalité. Chaque jour, Israël annexe des territoires, ils expulsent des familles à Silwan, en Jérusalem-Est. Je ne vais pas parler de Gaza. Donc, pourquoi, par exemple, aujourd’hui, si vous voulez vraiment une solution à deux États, et c’est la position de la France, vous n’arrêtez pas le commerce avec Israël pour faire pression ? On a l’impression que vous avez lâché complètement cette pression, la France mais aussi d’autres pays. Il y a des pays européens comme la Hollande ou la Belgique qui ont pris une décision d’arrêter le commerce avec les territoires occupés. Vous n’avez pris aucune sanction, aucune mesure, des condamnations. Comment vous allez sauver cette solution à deux États ?

R - S’agissant de votre dernière question, vous savez combien nous sommes attachés à la résolution de la situation, notamment humanitaire, à Gaza. Nous avons participé nous-mêmes à livrer 1.300, et en ce moment 400 tonnes supplémentaires, 1.700 tonnes d’aide humanitaire dans la bande de Gaza.

S’agissant de Mme Albanese en particulier, la France a, à de multiples reprises, eu l’occasion de s’inquiéter de ses prises de position sur ces dernières années. Nous avons d’ailleurs, en avril 2025 dernier, interpellé le Haut-commissaire aux droits de l’Homme sur ces prises de position à double titre, en réalité, d’une absence de neutralité au regard des fonctions dont elle est titulaire comme rapporteuse spéciale pour les Territoires palestiniens, et puis, par ailleurs, sur le fond de ses prises de position, et ses dernières déclarations, qui sont inacceptables et s’inscrivent dans le sillage de ses différentes déclarations. Le ministre, dans ce contexte, a appelé à sa démission, encore une fois, du fait d’expressions répétées et déséquilibrées. Je peux vous en citer quelques-unes qui sont, pour nous, contraires à l’esprit d’une mission des Nations unies. Mme Albanese, notamment, a contesté le caractère antisémite du 7 octobre, plus grand pogrom depuis la Shoah ; elle l’a même justifié, au nom d’une réaction à l’oppression, dans un tweet du 10 février 2024. Elle a évoqué publiquement un lobby juif et a comparé Israël au troisième Reich. Et il y a quelques semaines encore, elle a publié une caricature anti-israélienne représentant une toile d’araignée s’étendant sur le globe avec des billets de banque et des pièces d’or qui rappellent furieusement l’imagerie antisémite du protocole des sages de Sion.

Q - (inaudible)

R - C’est l’ensemble de ces propos qui font que le ministre souhaite appeler à sa démission et une rapporteuse spéciale des Nations unies se doit d’être neutre et de ne pas adopter une attitude militante. Il y aura, vous savez, une réunion du Conseil des droits de l’Homme à partir du 23 février, un dialogue avec les États membres le 23 mars, et nous nous réservons la possibilité, d’ici là, de saisir le comité des procédures spéciales, notamment pour constater les manquements de Mme Albenese au regard des obligations qui sont les siennes.

Q - (inaudible) c’est une interprétation politique, ça n’a jamais été (inaudible) mais pourquoi maintenant (inaudible) ?

R - Je ne vais pas commenter, je ne commente pas.

Q - (inaudible)

R - Le ministre n’a pas cité, et y compris après, puisque l’on a vu différents commentaires, y compris les fake news et la fausse phrase que vous mentionnez, il n’a pas cité cette phrase-là dans l’hémicycle hier.

Q - Donc il ne fait pas référence à cela ?

R - Je vous dis, c’est l’ensemble de ses déclarations, qu’elles soient récentes, mais elles s’inscrivent encore une fois dans un sillage qui est assez long et qui a déjà provoqué plusieurs fois des interrogations de notre part et qui ont, je vous l’ai dit, déjà fait en sorte que nous ayons, en avril 2025, été dans l’obligation de saisir le Haut-commissaire aux droits de l’Homme à ce moment-là.

Q - (inaudible) les sanctions contre Israël, ça ne va pas (inaudible) un État palestinien, s’ils continuent comme ça à annexer, à coloniser d’une façon illégale. Mais qu’est-ce que vous faites pour les arrêter ? C’est la question qui se pose.

R - Nous avons beaucoup œuvré pour la solution à deux États. Je ne vais pas vous rappeler tous les efforts diplomatiques que nous avons faits avec notamment la partie saoudienne pour aboutir à la déclaration de New York.

Q - (inaudible)

R - Ce n’est pas la question, c’est aussi ma réponse, dans la mesure où nous avons fait cette déclaration en début de semaine qui condamnait les dernières décisions israéliennes, et nous les avons condamnées dans les termes les plus forts. Après, s’agissant du commerce, vous savez que c’est une compétence exclusive de l’Union européenne, c’est à ce niveau-là qu’une partie de la discussion se noue. Elle s’est nouée par le passé. Je n’exclue pas qu’elle puisse se nouer de nouveau à l’avenir. Et après, je ne sais pas ce qu’il faut faire. C’est-à-dire que quand on ne condamne pas, vous nous dites qu’on ne condamne pas. Et quand on condamne, vous nous dites que cela ne sert à rien. Dans ce cas, on va…

Q - (inaudible) est-ce que ce serait efficace ?

R - Là-dessus aussi, ensuite, sur les mesures, je peux vous dire que nous avons pris d’importantes mesures. S’agissant des sujets humanitaires, s’agissant ensuite de la résolution que nous avons faite et nous avons considérablement soutenu la 2803 au Conseil de sécurité des Nations unies de novembre dernier, de notre participation au CMCC, de notre participation à l’établissement de l’État de Palestine, parce qu’en fait, derrière, il y a aussi des sujets très concrets qui consistent à les soutenir dans l’établissement de leurs forces de sécurité intérieure, de les soutenir dans leurs réformes institutionnelles et constitutionnelles, par exemple, et les aider à préparer leurs élections. Donc, c’est aussi l’ensemble de ce contexte que je vous demande de garder en tête, s’agissant de nos positions dans la région.

Q - Juste pour le point sur la Cisjordanie, en fait, je crois que la question était liée à la décision, enfin, à l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de juillet 2024, qui dit que les États ne doivent pas continuer à commercer avec les États palestiniens occupés et que tous les États devront coopérer avec l’Organisation des Nations unies en vue de donner effet aux modalités requises pour veiller à ce qu’il soit mis fin à la présence illicite d’Israël dans le territoire palestinien. Des pays comme la Belgique, les Pays-Bas et l’Irlande, ils y travaillent ou le font. Et en fait, ça, c’est quelque chose que la France peut faire de manière souveraine. Est-ce que la France est contre, en fait ? Peut-être que c’est ça la question. Est-ce que vous êtes contre l’implémentation de cet avis consultatif ?

J’ai une deuxième question qui n’a rien à voir, pardon. Le mois dernier, de retour de Bagdad, des avocats ont dénoncé le transfert illégal de 47 prisonniers français de Syrie vers l’Irak. Est-ce que vous pouvez confirmer ce transfert ou est-ce que vous auriez un commentaire à faire sur cette condamnation publique ?

R - Merci. Je commence par votre seconde question. Les autorités irakiennes se sont exprimées sur ce transfert. Elles l’ont confirmé, je n’ai pas plus de commentaires à faire. S’agissant ensuite des ressortissants français qui sont en Irak, nous exerçons notre responsabilité consulaire, comme il se doit, sur le sol qui est concerné.

Sur votre première question, nous avons adopté des sanctions individuelles au niveau national. Elles ont tendance à être un peu passées sous silence ou à ne pas forcément être si bien connues. Il y a 61, notamment, colons violents qui sont sanctionnés à titre national. Je vous laisse comparer avec les autres États membres, il me semble que nous sommes dans la moyenne. Ensuite, s’agissant du commerce, je vous redis que le sujet commercial est de la compétence exclusive de l’Union européenne. Et enfin, s’il y a des sanctions internationales qui sont mentionnées, les entreprises françaises ont des risques juridiques d’opérer dans des territoires occupés, et c’est à elles de les mener. Et enfin, s’agissant de savoir s’il y aura d’autres étapes qui vont être faites ? Pour l’instant, il y a cette condamnation qui, encore une fois, a été adoptée à titre national, très vite, et sur laquelle, pour l’instant, je vous renvoie. Est-ce qu’il y aura d’autres étapes ? Nous vous le diront en temps utile.

Q - Bonjour, pour clarifier les choses concernant Francesca Albanese, est-ce que ça veut dire que vous maintenez l’idée de demander solennellement sa démission ?

R - Oui, nous la maintenons.

Q - D’accord. Ça veut dire aussi que vous invalidez tout le travail qu’elle a pu faire d’alerte sur la situation humanitaire, notamment dont vous parliez au début de votre prise de parole concernant la situation à Gaza par exemple ?

R - Nous sommes intimement persuadés qu’il y a un immense travail à faire sur la situation à Gaza et je crois que notre voix est très forte pour demander l’ouverture des points de passage, pour envoyer nous-mêmes de l’aide humanitaire. On en a même parachuté avec, notamment nos partenaires ou nos homologues jordaniens, quand les points de passage étaient fermés. S’agissant du point de passage, par exemple, de Rafah, actuellement, nous avons vu qu’il a été en partie rouvert, mais avec 98 entrées, 98 sorties, le compte n’y est pas par rapport aux éléments qui étaient pris dans Charm el-Cheikh. Nous n’avons pas de mots assez durs pour demander que cette aide humanitaire aille bien plus croissante à Gaza, à le faire avec nos éléments propres et en coordination. Mais ce que nous reprochons, c’est la nécessaire impartialité de sa mission qui est éminemment importante et les propos qui doivent être, qui sont les siens, qui doivent être rattachés à cette impartialité. Et ensuite, de manière plus générale, je vous ai parlé de nos efforts à titre national. Ces efforts, ils sont bien sûr dans le soutien que nous portons aux Nations unies, de manière générale, dans ce qu’elles font vis-à-vis de la situation et c’est aussi le travail que nous apportons et le soutien que nous apportons à l’UNWRA.

Q - Donc, j’en déduis que quand ces mots durs émanent d’une rapporteuse de l’ONU, ils sont invalides, à vos yeux.

R - Je crois que j’ai été très précis sur, par exemple, des éléments reprenant parfois des éléments racistes ou antisémites. Je vous ai cité trois exemples. Il y en a peut-être encore d’autres. Et donc, je ne vous dis pas sur l’ensemble de son travail. Je vous dis que ces éléments-là et l’accumulation et dans ce sillage-là ont fait qu’effectivement, le ministre souhaite qu’elle démissionne de ses fonctions.

Q - Et est-ce que le ministre souhaite faire un article 40, par exemple, sur les propos tronqués relayés par Caroline Yadan ?

R - Encore une fois, il n’a pas repris ces…

Q - On les connaît, ils sont publics. Est-ce que le ministre a l’intention de faire un article 40, de saisir le parquet, de la falsification de propos publics ?

R - Je ne sais pas si cela peut rentrer dans un article 40.

Q - Je pense que si.

R - Parce que là, des manipulations d’informations et des propos tronqués, je peux vous dire qu’il y en a beaucoup qui circulent. Une partie des efforts de ce ministère, c’est justement d’aller mener la bataille dans la guerre informationnelle. Nous sommes bien d’accord avec là-dessus. Là-dessus, je ne peux pas vous répondre sur est-ce que ça rentre ou pas dans un article 40.

Q - Vous ne l’excluez pas, en tout cas, à ce stade ?

R - A ce stade, je n’ai vraiment aucune réponse là-dessus.

Q - Sur un autre dossier, aucun rapport, concernant les Epstein files, un diplomate a été mis en cause, Fabrice Aïdan. Le ministre a annoncé faire un signalement, pour le coup, mardi soir.

R - Il a fait un article 40 s’agissant d’un fonctionnaire. Je veux dire, donc là, c’est un exemple parfait d’une situation dans laquelle on pouvait faire un article 40, dès qu’il en a eu connaissance.

Q - Pourquoi n’avait-il pas été fait plus tôt ? Je suppose que vous devez étudier la question. Donc, c’est ma première question. Il dit qu’il ne peut exclure que d’autres diplomates soient impliqués. Est-ce qu’il peut être un peu plus précis là-dessus ? Est-ce qu’on sait exactement quels documents ont été envoyés par M. Aïdan à M. Epstein ? Et si oui, dans quel but ? On parle d’un suivi psychologique qui avait été demandé de la part de l’ambassadeur de France à l’ONU. Est-ce que ce suivi psychologique a été mis en place ? Est-ce qu’une sanction disciplinaire à l’époque aussi avait été faite ?

R - Sur ce deuxième sujet, le ministre a eu une réponse qui a été immédiate, dès qu’il a eu connaissance de cette information, par voie de presse, mardi soir. Ensuite, il a eu l’occasion, le lendemain, lors d’une intervention médiatique, de dire combien il était à la fois effaré et indigné. Sa réponse, elle a été immédiate dans deux sens. Le premier, c’est effectivement de signer un courrier au procureur de la République au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale et donc de renvoyer le dossier vers la justice et de participer à l’élaboration de la vérité avec la justice. Deuxièmement, c’est de monter, d’organiser et de demander à ce qu’une enquête administrative soit lancée, et elle l’est depuis hier, au Quai d’Orsay. Cette enquête administrative, elle a été confiée à l’Inspection générale des affaires étrangères, qui rendra ses conclusions dans les meilleurs délais, et son but est de faire la lumière sur les événements de 2013 et ce qui a été fait ou pas fait à l’époque.

S’agissant ensuite des questions plus précises que vous me posez, l’enquête est justement là pour établir les faits, voir quelles sont les responsabilités, et de manière totalement indépendante, rendre un rapport. Sur la base de ce rapport, des décisions seront prises, éventuellement de nature disciplinaire ou pénale, et c’est dans ce second temps-là que nous aurons ensuite des éléments à vous dire. Je ne vais pas être plus précis, et je le dis pour tout le monde parce que j’imagine que l’on aura d’autres questions là-dessus, sur ce qui va être couvert par cette enquête. Le ministre a demandé une enquête qui est commencée depuis hier, et l’enquête va déterminer l’ensemble des faits que le Quai d’Orsay pouvait connaître ou ne pas connaître à cette époque-là, en interrogeant les personnes concernées de près ou de loin par la gestion de ce dossier, et établir un rapport, encore une fois, ensuite cela va être fait dans les meilleurs délais.

Q - (inaudible)

R - Justement dans les meilleurs délais, cela va être fait rapidement, mais je ne peux pas vous donner de date à ce stade. C’est rapide.

Q - J’ai plusieurs questions. La première question porte sur le Liban. Il devait y avoir cette semaine à Doha une réunion de préparation de la conférence de soutien à l’armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure. Je voulais savoir pourquoi cette réunion avait été reportée. Et si oui, à quel endroit et quand ? Est-ce que ça remet en question la tenue de la conférence le 5 mars à Paris ?

Et j’ai une question sur le Français qui a disparu dans le nord-est du Tchad. Est-ce que vous avez des éléments à communiquer sur ce Français ?

Enfin, est-ce que vous pourriez nous dire si vous avez eu des éléments via vos homologues américains sur les discussions qui se déroulent actuellement entre les Américains et l’Iran, sur le dossier nucléaire ? Est-ce qu’il y a des réunions ? Est-ce que les Européens pourraient être associés d’une manière ou d’une autre aux discussions sur ce dossier ?

R - S’agissant de notre compatriote qui serait disparu au Tchad, le ministère, à travers à la fois notre ambassade localement et le Centre de crise et de soutien à Paris, que vous connaissez bien, suit de très près la situation et est en contact étroit avec les autorités locales, qui déploient des moyens pour retrouver notre compatriote. Je n’ai pas plus d’éléments à vous communiquer à ce stade, mais nous sommes en contact constant et étroit avec les autorités en première ligne, pour pouvoir apporter des réponses au sort de notre compatriote.

Ensuite, s’agissant du Liban, non pas du tout : la conférence de soutien aux forces armées libanaises, et aux forces de sécurité intérieure, parce qu’on les oublie aussi souvent, se tiendra bien le 5 mars, comme nous l’avons annoncé. Elle se tiendra au Quai d’Orsay. Elle est en coordination étroite avec notamment nos partenaires du Quintet. Il y aura une réunion de préparation à cette réunion du 5 mars la semaine prochaine, au niveau adéquat, sur lequel je vous donnerai plus de précisions d’ici la fin de semaine.

Q - (inaudible)

R - Ni lieu ni niveau, à ce stade. On est en train d’y travailler.

Q - (inaudible)

R - La réunion d’aujourd’hui, je ne peux pas vous dire pourquoi elle a été reportée. L’idée, c’était de pouvoir réunir à la fois les membres du Quintet, les forces armées libanaises et d’avoir à chaque fois un maximum d’impact dans la préparation de nos éléments.

Et votre question ensuite sur l’Iran. Nous sommes en discussion constante avec les États-Unis sur le sujet et avec nos partenaires régionaux. Nous notons la reprise des discussions entre l’Iran et les États-Unis. Vous savez que depuis le début, nous pensons que la seule solution à la situation ne peut être que diplomatique. Nous avons été les premiers à condamner les frappes lors de la guerre des 12 jours au printemps dernier. Et nous n’avons fait dire que deux choses. D’une part, qu’un changement de régime ne peut jamais être imposé de l’extérieur. C’est ce que l’histoire diplomatique récente nous a toujours appris. Et deuxièmement, que le sujet du programme nucléaire ne peut être résolu que par la diplomatie. Cela implique d’être plus exigeant encore vis-à-vis du régime iranien, depuis la violence d’État qui s’est abattue sur la population depuis janvier dernier.

Q - En 2013, Fabrice Aïdan est rappelé à Paris par le Quai d’Orsay suite à une alerte du FBI pour consultation de sites pédopornographiques. Pourquoi le Quai d’Orsay n’a pas saisi la justice en 2013 ?

R - Un des éléments, notamment, que nous voulons clarifier est quelles étaient les informations dont disposaient, ou pas, les responsables à l’époque. Cette enquête administrative menée par l’Inspection générale des affaires étrangères, qui est indépendante, va réunir l’ensemble des éléments, à la fois par auditions, sur pièces, sur place, et elle compte faire toute la lumière. On ne peut pas faire cela si on n’a pas l’ensemble des éléments et des faits. Donc c’est cette procédure qui est suivie, qui est une procédure classique quand nous avons des faits allégués graves comme ceux-ci. C’est la procédure qu’a souhaité lancer le ministre, en complément de l’article 40 qu’il a immédiatement signifié au procureur de la République.

Q - Excusez-moi, je poursuis sur cette question, (inaudible).

R - Exactement.

Q - Donc vous n’excluez pas, au Quai d’Orsay, qu’il y a peut-être eu, dans le passé, des manquements de la part de votre administration ?

R - Nous n’excluons rien. Notre but, ce qu’on veut, et c’est ce qu’on doit, collectivement, à la fois comme ministère, comme institution et à nos concitoyens, dans notre devoir d’exemplarité, c’est d’établir pleinement les faits. Sur la base de ces faits, les autorités prendront les décisions qui s’imposent. Cette procédure vient contribuer à établir la matérialité des faits, et elle vient contribuer, par ailleurs, à soutenir la procédure judiciaire ou pénale.

Q - (inaudible)

R - C’est un diplomate qui est, comme on dit, en détachement, administrativement. C’est-à-dire qu’il n’est pas, en ce moment, au Quai d’Orsay. Il est dans une entreprise privée.

Q - D’après Médiapart, il serait donc en disponibilité pour convenances personnelles. Est-ce que c’est lié à des soupçons antérieurs ? Depuis quand est-il justement en disponibilité personnelle ? Depuis qu’il est rentré des États-Unis ?

R - Je ne peux pas vous dire, je n’ai pas d’élément plus précis sur le dossier individuel. Selon mes dernières informations, il était en disponibilité dans une entreprise privée.

Q - Depuis quand ?

R - Là, actuellement, il l’était, là. Mais je n’ai pas plus d’informations, encore une fois, sur le cas individuel.

Q - Concernant les Epstein Files, est-ce qu’une cellule dédiée à leur exploitation a été mise en place chez vous ou en lien avec d’autres ministères ?

R - Non. Comme d’autres ministères, nous avons des procédures qui sont très robustes, et notamment cette inspection générale des affaires étrangères qui est le corps d’inspection, qui est indépendant, comme dans d’autres ministères, et qui va faire le travail d’enquête, avec ses procédures, qui sont elles-mêmes très sérieuses et très robustes, pour établir les faits.

Q - Je vais préciser ma question, parce qu’est robuste aussi l’ensemble des documents auxquels on a accès depuis quelques jours. Est-ce que, dans l’hypothèse ou d’autres membres du Quai d’Orsay seraient impliqués, puisque c’est une hypothèse qui n’est pas exclue par M. Barrot, on peut imaginer que vous souhaiteriez pouvoir passer au crible l’ensemble des messages qui ont pu être envoyés, échangés avec M. Epstein. Est-ce que vous vous en êtes donné les moyens ? Et si oui, comment vous faites concrètement ?

R - Il y a trois millions d’e-mails ; évidemment, nous ne les avons pas tous lus. Nous n’excluons pas que des noms d’autres diplomates puissent être présents, comme d’autres fonctionnaires… Il faut quand même aussi redire quelques éléments. C’est-à-dire que les faits allégués sont d’une exceptionnelle gravité - je vous l’ai dit, le ministre s’en est profondément indigné. Mais il ne faut pas laisser entendre non plus, et c’est notre responsabilité collective, qu’il y aurait une forme d’irresponsabilité ou que cela éclabousserait l’ensemble des agents du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Et le ministre a voulu saluer, dans son intervention le professionnalisme et l’engagement de l’ensemble des agents. Enfin, être mentionné dans les Epstein files n’est pas une preuve de culpabilité. Donc, je vous redis, il n’y a pas de cellule dédiée pour cela. Il y a la mise en œuvre des procédures qui sont extrêmement robustes à travers l’inspection générale des affaires étrangères, qui va mener cette enquête administrative - et qui pilote en réalité déjà l’enquête administrative.

Q - Je vous pose une question sur le fonctionnement de la Maison de l’Amérique latine. Il y a eu une enquête d’une sénatrice, après une enquête journalistique du Figaro, et une question écrite qui a été répondue par le Quai d’Orsay le 5 février. Est-ce que, si cette institution fonctionne avec six sièges de l’État, il y a la représentation du ministère des affaires étrangères ? Parce que là, on a constaté qu’entre la réponse du ministère et la réponse de la Maison de l’Amérique latine, une dissonance. Ce n’est pas la même réponse. Donc, si cette institution, elle est pilotée par six ministères ou que par le ministère des affaires étrangères ?

R - Pour bien comprendre notre question, c’est : est-ce qu’on a un représentant de l’État au conseil d’administration de la Maison de l’Amérique latine ?

Q - Si vous êtes le seul à être représentant de l’État français, ou s’il y a des autres représentants de l’État ?

R - Je reviendrai vers vous pour plus d’informations. Je n’ai pas en tête la composition du conseil d’administration de la maison de l’Amérique latine. Je vais revenir très vite vers vous.

Q - J’ai deux points, un sur Epstein et l’autre sur l’Iran. Sur Epstein, juste, théoriquement, est-ce que ce genre d’affaires est dangereux ? Ce n’est pas le premier de l’histoire. Est-ce qu’on se méfie de manière supplémentaire, en ce moment, d’infiltrations via le sexe, via les faveurs d’un réseau étranger. Je ne sais pas si Epstein était un réseau étranger, mais… Est-ce qu’on se méfie en ce moment, vu le climat d’espionnage et de désinformation, de ce genre de manœuvres ? Ça, c’est une question.

Et l’autre, c’est sur les Gardiens de la révolution en Iran. Comme ils sont désormais un groupe terroriste classé par l’Union européenne et donc nécessairement par la France, est-ce que cela affecte des personnes qui ont été des Gardiens de la révolution et qui pourraient se trouver présents à Paris en tant que diplomates ou en tant que résidents simples ?

R - Le ministre a aussi eu l’occasion d’évoquer le fait que ces fuites massives de documents soulèvent des soupçons graves d’ingérence dans la vie politique européenne, et plus largement dans le fonctionnement de nos institutions, sur lesquels il est aussi bon de se pencher. La place de ces documents pour nous est devant les tribunaux judiciaires, pas uniquement sur les réseaux sociaux. Et ces questions d’ingérence dans le fonctionnement de nos institutions sont prises évidemment très au sérieux. Nous avons des procédures très cadrées, très précises, au regard notamment par exemple des questions d’habilitation ou des questions de sensibilisation de nos agents, de nos collègues, fréquentes et récurrentes.

Sur l’IRGC, en fait, à ce stade, il y a eu une décision politique qui a été prise lors du Conseil des affaires étrangères et qui a été rendue publique par la haute représentante, Kaja Kallas. Techniquement, l’IRGC n’est donc pas encore sur la liste [des organisations terroristes] de l’Union européenne, c’est-à-dire que ce n’est pas inscrite dans le droit. La décision politique a été prise, donc la mise en œuvre est en cours. Je vous reviendrai là-dessus, sur ce que cela implique, et notamment pour vos questions précises, c’est-à-dire d’anciens membres de l’IRGC qui pourraient être sur notre territoire.

Q - Une petite suite sur les dossiers Epstein. Puisque vous n’excluez pas que les noms d’autres diplomates puissent être concernés, et étant donné la gravité de certains faits dans ce dossier, pourquoi n’y a-t-il pas de mise en place, justement, d’une cellule pour essayer d’anticiper, de chercher le nom d’autres diplomates de manière à, une bonne fois pour tous, faire le ménage, si j’ose dire.

Et puis, deuxième sujet, mais qui est un peu lié, c’est à propos de la succession de Jack Lang à l’IMA. Comment ça se présente de votre côté ? Est-ce que vous faites des pré-propositions au Président de la République, par exemple, sur des noms ? Quelle est un peu la procédure qui est mise en place ? Et est-ce que vous êtes certain que le 17, mardi prochain, à l’issue du conseil d’administration, il y aura bien effectivement un successeur ou une remplaçante ?

R - Le conseil d’administration de l’Institut du monde arabe se réunit le mardi 17 février prochain. C’est lui qui prendra la décision. Il est trop tôt pour vous dire si ce sera une présidence intérimaire ou pas, et quelle sera son organisation. Ensuite, c’estau Quai d’Orsay que revient l’organisation de la préparation des panels des candidats ou candidates qui pourraient être ensuite amenés à être nommés.

S’agissant ensuite, de votre premier point, j’ai déjà répondu, en réalité : il y a une enquête administrative. C’est elle qui va prendre en charge l’ensemble de ce sujet. Et c’est vers elle que je vous renvoie.

Q - Je voulais savoir, je crois bien savoir qu’il y a un diplomate français du Quai d’Orsay qui a été envoyé à Minsk le week-end dernier, enfin le 5 ou 6 février dernier. Quel était l’objet de sa visite ? Est-ce que c’était pour préparer une reprise de contact, un peu sur le modèle de ce qui se passe avec la Russie, mais avec le régime Loukachenko, cette fois-ci, qui est lui aussi mis au ban de l’Europe ?

R - Nous maintenons un canal de discussion diplomatique avec la Biélorussie au niveau technique, dans le cadre du travail normal de notre ambassade à Minsk, qui est toujours ouverte et du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Je n’ai pas plus d’éléments à vous donner sur, notamment, la première partie de votre question.

Q - Concernant le Groenland, est-ce que notre consulat, que je suppose être général, est-ce qu’il fonctionne et quelles sont ses activités jusqu’à présent et aura-t-il un joli site web qu’on pourra consulter ?

R - Oui. Les ouvertures physiques se font aussi avec des ouvertures numériques. Et donc, il y aura à la fois des comptes de réseaux sociaux et des comptes, sites Internet, qui seront liés à ça, tout à fait, y compris en groenlandais.

Q - Mais ils ne fonctionnent pas encore.

R - Ils sont en cours, là. Et le consul général, Jean-Noël Poirier, est arrivé sur place le 6 février dernier. Il a été installé notamment par notre ambassadeur de France à Copenhague, Christophe Parisot.

Q - J’avais une question sur un tout autre sujet. Le sort des citoyens européens et français parmi les anciens combattants de l’État islamique en Syrie. Un grand nombre d’entre eux sont en Irak, détenus en Irak. Il y a eu une rencontre d’une coalition anti-État islamique à Riyad, au début de la semaine. Est-ce que vous pouvez nous donner un point sur ce sujet-là ? Et est-ce que la possibilité de rapatriement de ces citoyens français en France est envisageable ?

R - Notre position est claire et constante. Elle n’a pas changé, y compris dans le moment que nous vivons, qui sont des évolutions qui sont en train de se passer dans le nord-est syrien. Les combattants terroristes étrangers doivent être jugés au plus près de là où ils ont commis leurs actes. Donc la question est qu’ils doivent être jugés sur place. S’agissant ensuite des épouses et des enfants mineurs, les enfants mineurs n’ayant pas choisi d’être sur place, quand les conditions étaient possibles pour les rapatrier, nous les avons rapatriés. Et cela dit, pour cela, il fallait l’accord généralement de leurs mères, et quand ces conditions étaient réunies, cela fut le cas. Mais donc notre doctrine reste la même.

Q - Est-ce que vous subventionnez l’Irak, qui détient un grand nombre de ces anciens combattants français ?

R - Le ministre, vous savez, s’est rendu à la fois à Erbil, à Bagdad et à Damas la semaine dernière. C’était vraiment important pour lui, une « mission anti-Daech », comme il le définissait lui-même. Il s’agissait de voir comment, dans la période de transition que nous sommes en train de vivre sur le terrain, qu’il n’y ait pas de possible résurgence de toute possible menace terroriste qui pourrait nous toucher dans notre cœur, comme cela fut le cas en 2015. Donc ce sont ces éléments-là qu’il a mis en œuvre. Il a salué à cette occasion les autorités irakiennes, notamment pour la prise en charge de combattants terroristes étrangers, comme ce fut le cas. Il n’y a pas plus d’éléments à vous donner sur cela.