Les investissements responsables dans l’agriculture et les systèmes alimentaires

A l’heure actuelle les personnes sous-alimentées sont pour 50% des paysans ou des ouvriers agricoles pauvres et pour 80% des ruraux, avec un accès aux services sociaux inférieur aux moyennes nationales. Malgré le processus d’urbanisation, étant donné la croissance démographique dans les régions les plus pauvres, notamment en Afrique sub-saharienne, les zones rurales abriteront encore pendant plusieurs années une majorité des populations les plus pauvres.

Les enjeux

La pérennité de la croissance et la réduction des inégalités en milieu rural sous–entendent que les populations soient davantage actrices de leur propre développement, avec une participation accrue aux processus de décentralisation et de développement local. L’appui aux agriculteurs familiaux, qui représentent 40% des actifs dans le monde, fournissent 70% de la production alimentaire mondiale et sont des investisseurs essentiels dans l’agriculture, doit apporter une solution à ces défis.

Les pouvoirs publics jouent un rôle important dans le développement du secteur agricole et rural, par le développement d’investissements dans les infrastructures rurales, la recherche et l’accès au marché des agriculteurs ainsi que la mise en place d’un environnement favorable. Des cadres politiques adaptés permettent en effet de :

  • favoriser le développement des petites et moyennes entreprises locales,
  • veiller à la mise en œuvre d’investissements responsables et à l’application des principes adoptés par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers - VGGT - et des Principes pour un investissement responsable dans l’agriculture et les systèmes alimentaires - RAI).
  • Assurer aux pouvoirs publics un un rôle d’interface entre les entreprises et les producteurs agricoles (en accompagnant la contractualisation par exemple).

Le secteur privé joue lui aussi un rôle important dans la lutte contre la faim et la pauvreté lorsqu’il est à l’origine d’investissements agricoles responsables qui allient bénéfices économiques, sociaux et environnementaux et qui ne fragilisent pas les petits producteurs locaux et l’agriculture familiale.

Les agriculteurs, familiaux en particulier, sont des investisseurs privés essentiels au secteur. Ainsi la France a fait du soutien aux agricultures familiales une priorité de sa politique de développement. Leurs investissements doivent être facilités grâce à la mise en place d’instruments visant notamment la sécurisation de leurs moyens de production (dont l’accès à la terre et à l’eau, conformément aux Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers) ou leur protection face aux risques (météorologiques, de marché, etc.).
Les petites et moyennes entreprises locales dont l’activité est liée à la production agricole (fabrication de matériel, transformateurs, transporteurs, commerçants) sont également des acteurs privés importants de cette transformation rurale qui permettent la création de richesses et d’emplois localement. Or les services financiers adaptés à leur fonctionnement s’ils existent (méso-crédit, caution mutuelle, nantissement des stocks…) sont encore peu développés. Des politiques publiques qui favorisent la croissance des petites et moyennes entreprises locales sont à encourager.

Les entreprises multinationales sont très intéressées pour investir dans le secteur rural et agricole en particulier. Elles peuvent être génératrices de développement (création d’emplois, diffusion de technologies, de services…). Leur investissement doit notamment se faire dans le respect des Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers (VGGT) et des Principes pour un investissement responsable dans l’agriculture et les systèmes alimentaires (RAI) adoptés par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA).

La position de la France

Pour la France, l’investissement privé peut être un levier pour la sécurité alimentaire s’il respecte un certain nombre de règles et ne fragilise pas l’agriculture familiale locale.

La France promeut notamment l’opérationnalisation des VGGT et des RAI adoptés par le CSA en 2012 et 2014. L’AFD a développé un guide d’analyse de projets d’investissements agricoles à emprise foncière qui peut être utilisé par tous. Ce guide peut permettre de faire évoluer les procédures internes d’instruction des projets des institutions publiques ou privés. La Banque Mondiale a publié des fiches opérationnelles pour la prise en compte des RAI dans la conception des programmes.

La France est favorable aux initiatives qui adoptent une approche inclusive et permettent de rassembler l’ensemble des parties prenantes du développement rural et de la sécurité alimentaire (Etats, secteur privé, ONG, organisations internationales), telles que les conventions locales au niveau des territoires, les interprofessions… La France s’investit pour davantage d’articulation entre les investissements publics et des investissements privés responsables.
Dans la continuité de ces directives volontaires (VGGT, RAI), de nouvelles négociations démarrent au sein du Comité pour la Sécurité Alimentaire sur la nutrition et les systèmes alimentaires devant aboutir à de nouvelles directives volontaires pour les décideurs et institutions de développement.

Pour en savoir plus :

· Les Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers (VGGT)

· Les Principes pour un investissement responsable dans l’agriculture et les systèmes alimentaires (RAI)

· Le site internet du Comité technique foncier et développement, co-présidé par le MEAE et l’AFD qui traite des questions foncières

Mise à jour : juin 2018

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