Les crises alimentaires et la résilience

La situation en matière de sécurité alimentaire ne s’améliore pas, voire se dégrade, selon le rapport sur « L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde », publié conjointement par la FAO, le PAM, le FIDA, l’UNICEF et l’OMS.

Le nombre de personnes sous-alimentées a augmenté en 2016 de 38 millions, s’élevant à 815 millions, soit 11% de la population mondiale (1 personne sur 9). L’Afrique est la région où la prévalence de la sous-alimentation est la plus élevée, avec 22,7% de la population touchée, soit 243 millions de personnes. L’Asie, est quant à elle la région avec le nombre le plus important de personnes sous-alimentées, avec 520 millions de personnes sous-alimentées, soit 11,7% de la population.

La récurrence des crises alimentaires dans le monde a mis en exergue la nécessité de faire évoluer la réflexion autour de l’urgence et du développement. Partant du constat que l’aide humanitaire qui permet de surmonter une crise de façon ponctuelle prépare rarement les populations aux crises futures, la résilience entend traiter la question de la sécurité alimentaire de manière plus intégrée et durable. Elle apparaît comme une solution au cloisonnement fréquent des communautés de l’urgence et du développement, afin de donner aux populations les moyens de résister par elles-mêmes aux aléas et aux chocs. L’Aide alimentaire programmée s’inscrit pleinement dans ce cadre.

Principes généraux de l’aide alimentaire programmée

L’aide alimentaire programmée (AAP) permet principalement de renforcer la résilience des populations et lutter contre la malnutrition.

La France y consacre en moyenne 34 M€ par an. Au vu de l’ampleur de l’insécurité alimentaire dans le monde, les choix faits dans le cadre de l’AAP visent à optimiser l’emploi de ces fonds en ciblant les pays pauvres prioritaires pour la France, les zones délaissées et en favorisant le retour des populations vulnérables à plus d’autonomie alimentaire.

L’AAP permet à la France de contribuer à la résilience des populations, que ce soit dans des contextes d’urgence ou d’insécurité alimentaire chronique (régions fortement touchées par les aléas climatiques, comme le Sahel ou la Corne de l’Afrique, ou bien contextes de crise prolongée dues aux conflits, par exemple dans les pays riverains de la Syrie). Les achats d’aliments sur les marchés locaux ou régionaux sont encouragés, en cohérence avec les stratégies de la FAO et du PAM. Ce mode d’action est essentiel pour les populations vulnérables, et permet, en parallèle à la fourniture d’aide alimentaire par des transferts monétaires ou coupons alimentaires, une reprise de l’activité locale de production et de commercialisation.

Cette enveloppe fait l’objet de trois décisions d’allocations par an. Le choix des projets s’effectue sur la base de priorités importantes : climat, nutrition, genre, relance de l’agriculture dans les zones fragiles, utilisation des nouveaux outils de l’assistance alimentaire selon les principes de la Convention de Londres sur l’assistance alimentaire (transferts monétaires et actions permettant de relancer l’économie), signée par la France en juin 2017.

L’AAP française en 2018

En 2018, le budget total de l’AAP s’élèvera à 33 500 000 €.

La multiplication des crises, principalement climatiques ou dues à des conflits, et leur pérennisation, a mobilisé l’aide alimentaire programmée pour des opérations d’urgence combinées à des actions de soutien à la résilience des communautés.
Les conséquences humanitaires de la crise syrienne, au Liban, en Jordanie, et en Irak ont fortement mobilisé les moyens de l’aide alimentaire programmée. En 2018, 4,5 M€ ont été alloués à cette zone. La situation humanitaire implique une importante réponse internationale en soutien des pays d’accueil pour éviter une déstabilisation généralisée de la région. La France focalise son aide vers des outils soutenant notamment le commerce local dans les pays hôtes, comme par exemple des projets de distribution de coupons alimentaires au Liban et en Jordanie.
Le Yémen fait face à un conflit majeur et les populations de certaines zones se sont retrouvées au bord de la famine en 2017. La somme de 2M€ a été attribuée en 2018 au bénéfice de la population yéménite.
La France est également restée engagée dans les Territoires palestiniens, en proie à des difficultés chroniques (1,5 M€ en 2018) qui appellent des filets sociaux pour faire face à l’insécurité alimentaire.

Le nombre de crises a également crû en Afrique. Un équilibre a dû être trouvé entre l’importance de répondre aux nouvelles urgences humanitaires (conflits et sécheresses), et aux crises d’une part, et à la nécessité de maintenir un engagement important dans les régions à l’instabilité alimentaire et nutritionnelle chronique d’autre part, comme le Sahel, qui fait face de plus cette année aux conséquences de la sécheresse 2017.
La mobilisation des moyens de l’aide alimentaire française en faveur de l’Afrique de l’Ouest a été de 10,35 M€ en 2018. Les sources multiples de l’insécurité alimentaire de la région (dérèglement climatique, perturbation des marchés, instabilité politique, importance de la pauvreté) impliquent un suivi continu et l’appui à la mise en place d’outils de soutien à la résilience, en plus d’une réponse d’urgence ponctuelle lors des périodes d’insécurité alimentaire et nutritionnelle accrue. Le Mali, le Sénégal, la Mauritanie, le Burkina Faso et le Niger ont été les principaux récipiendaires.

En Afrique centrale, l’instabilité politique en République centrafricaine a fait l’objet d’un engagement fort de la France en RCA, mais également à destination des réfugiés centrafricains au Cameroun et en RDC. Par ailleurs, la crise alimentaire due aux agissements de Boko Haram a impliqué des soutiens au Tchad, au Nigéria et au Cameroun. Le Burundi, pays d’Afrique où le taux de malnutrition des enfants est le plus élevé, a bénéficié également de l’aide de la France. Pour l’Afrique centrale, 9,4M€ ont été alloués en 2018, principalement à des projets de relance agricole et de nutrition.

En Afrique australe et orientale, l’AAP a pu intervenir sur des zones fortement touchées par plusieurs années de sécheresse successives, en Ethiopie, à Djibouti, et à Madagascar. . Au total 2,75M€ ont été alloués dans cette région en 2018.
L’AAP a également été mobilisée en Asie à hauteur de 1,55 M€ avec un focus sur la Birmanie et le Bangladesh (crise des Rohingyas) et la Corée du Nord (lutte contre la malnutrition) et dans la zone Caraïbes (Haïti), fortement touchée par des cyclones récurrents (0,5M€).

Organisations récipiendaires de l’AAP

Le premier opérateur partenaire de l’AAP reste le Programme alimentaire mondial (PAM) avec 15,725M€ en 2018. Viennent ensuite les organisations non gouvernementales avec 7,3M€, le Comité international de la Croix Rouge (CICR), avec 2,8M€, l’UNRWA avec 1,25M€, la FAO (1,95M€ en 2016) et l’UNICEF (0,475M€ en 2016).
Dans tous ces projets, les outils de soutien à la résilience présentent une grande variété : distribution de semences, formations en nutrition ou en techniques agricoles, travaux de restauration des terres, soutien aux cantines scolaires… Ces modes opératoires permettent d’inscrire dans le temps la prévention de l’insécurité alimentaire dans des zones fragiles et sensibles au dérèglement climatique.
Par ailleurs, les projets financés par l’AAP incluent une composante nutrition pour plus de 50 % d’entre eux, conformément à l’engagement pris par le France au sommet Nutrition pour la croissance tenu à Rome en 2014.


Mise à jour : juin 2018

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