Le cas de la situation en Syrie

Déclaration de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. 20.04.2018

Syrie
"A cette heure, les enquêteurs de l’OIAC n’ont toujours pas accès au site de l’attaque chimique de Douma. Si la Russie et la Syrie tiennent finalement leurs engagements, il leur aura donc fallu au moins quinze jours pour le faire. Or, la mission de l’OIAC a pour mission d’établir si une attaque chimique a bien eu lieu et de dire quelle est la nature de l’agent chimique utilisé. Cette obstruction nuit évidemment à la qualité de l’enquête. Il est vraisemblable que cette attitude vise à faire disparaître les preuves et les éléments matériels liés à l’attaque chimique sur le site même où elle s’est produite. Un accès complet, immédiat et sans entrave doit être accordé à l’équipe de l’OIAC, comme nous l’avons toujours demandé.
Depuis plusieurs jours, la Russie multiplie les déclarations officielles contradictoires sur l’attaque chimique de la Douma : un jour l’attaque chimique n’a pas eu lieu, le lendemain elle est le fait des groupes armés, le surlendemain d’une manipulation occidentale. Aucun souci de cohérence ni de vérité puisqu’il s’agit de semer le doute et la confusion. Désormais, la Russie propage des vidéos mettant en scène des enfants, alors qu’il s’agit d’attaques qui ont coûté la vie à plus de 45 personnes et en ont blessé de très nombreuses autres…"
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Déclaration de la porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères – 17.04.2018

Syrie - Armes chimiques
L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a dépêché en Syrie une équipe d’enquêteurs - la mission d’établissement des faits (FFM) - à la suite de l’attaque du 7 avril à Douma dans la Ghouta orientale qui a tué plusieurs dizaines de personnes.
L’équipe a pour mission d’établir si une attaque chimique a bien eu lieu et la nature de l’agent chimique utilisé. Elle applique des méthodes scientifiques d’une grande technicité et d’une grande rigueur que nous avons saluées en de multiples occasions. La mission n’a pas pour mandat d’identifier les responsables de cette attaque : seul le mécanisme d’enquête conjoint des Nations unies et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (JIM) le pouvait, mais son mandat n’a pas été renouvelé en raison de l’opposition de la Russie au Conseil de sécurité des Nations unies.
A ce jour, la Russie et la Syrie refusent toujours aux enquêteurs l’accès au site de l’attaque alors que ceux-ci sont arrivés en Syrie le 14 avril dernier. Il est très probable que des preuves et des éléments essentiels disparaissent de ce site, par ailleurs entièrement contrôlé par les armées russes et syriennes.
Il est essentiel que la Syrie donne enfin un accès complet, immédiat et sans entrave à toutes les demandes de l’OIAC, qu’il s’agisse de sites à visiter, de personnes à interviewer ou de documents à consulter.
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Extrait de la déclaration de la France prononcée par Philippe Lalliot, ambassadeur de France au Royaume des Pays-Bas, Représentant permanent de la France auprès de l’OIAC. 16.04.2018

"Les faits sont là et têtus. Ils résistent aux mensonges les plus grossiers et aux dénégations les plus absurdes : le Secrétariat technique de l’OIAC a prouvé l’utilisation d’armes chimiques en Syrie à plusieurs reprises et le Secrétariat technique a prouvé que la Syrie n’avait pas déclaré toutes ses capacités en matière de programme militaire chimique.
Les conclusions du mécanisme d’enquête conjoint OIAC-ONU, le JIM, ont clairement établi la responsabilité du gouvernement syrien et des forces armées syriennes, entre autres, dans l’utilisation d’armes chimiques. Aussi soyons clairs : si la Syrie a continué d’utiliser des substances toxiques à des fins militaires, c’est qu’elle a conservé la capacité de les fabriquer et de les utiliser, en contravention avec ses engagements internationaux, malgré les garanties apportées par la Russie dans le cadre de l’accord russo-américain de 2013. Nous le savons tous désormais, la Syrie a conservé un programme chimique clandestin depuis 2013. La priorité est bien là aujourd’hui, donner les moyens au Secrétariat technique d’achever le démantèlement du programme syrien et donner enfin à ses Etats parties la garantie que les engagements de 2013 sont respectés.
Je voudrais ici solennellement mettre en garde contre toute tentative de manipulation, d’instrumentalisation et de désinformation : après nous avoir dit hier que cette attaque était le fait de l’opposition, la Russie notamment nous dit un jour qu’aucune attaque n’a eu lieu, le lendemain qu’elle est le fait de groupes armés, le surlendemain qu’elle est une manipulation occidentale. Aucun souci de cohérence ici, le seul objectif est de semer le doute et la confusion, pas de rechercher la manifestation de la vérité.
On nous avait déjà servi des fables similaires à propos de l’attaque de la Ghouta déjà, en août 2013, puis à propos de Khan Cheikhoun, alors qu’il est scientifiquement prouvé que les forces armées syriennes y ont bien perpétré une attaque au sarin.
Ces manœuvres sont tellement grossières qu’elles prêteraient à sourire si elles ne concernaient une population meurtrie, terrorisée, martyrisée depuis 7 ans. Ces mensonges sont en fait obscènes. La France continuera ici, ailleurs, partout, à s’opposer à leur propagation en rappelant les faits et en en dévoilant les mécanismes profonds à l’œuvre."
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Intervention du Premier ministre devant l’Assemblée nationale – 16.04.2018

"Le 7 avril dernier, cette ligne rouge a été franchie.
Les renseignements rassemblés par la France et ses alliés attestent de la réalité de cette attaque chimique, que vient également de confirmer l’Organisation mondiale de la santé. Ces renseignements, collectés par nos services et par nos alliés, analysés par nos équipes médicales, font également état des nombreuses victimes. Ils démontrent la responsabilité des forces armées syriennes dans cette opération.
C’est malheureusement une tactique déjà éprouvée qui s’est exercée à Douma. Le schéma appliqué est très similaire à celui qui avait été déployé à Alep. La stratégie opérationnelle répond à un objectif clair : semer la terreur dans les populations civiles et accélérer les dernières étapes du combat en délogeant par tous les moyens les groupes armés. Il s’agit donc d’une stratégie de terreur délibérée et répétée.
Le régime n’en est pas à sa première utilisation des armes chimiques. En 2013 et en 2017, la France a déclassifié des renseignements qui démontrent la responsabilité de Damas dans plusieurs attaques chimiques avérées. Lors de l’attaque de Khan Cheikhoun, le 4 avril 2017, nous avons publié une évaluation nationale qui prouve la responsabilité du régime. Les mécanismes internationaux, sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, ont confirmé, à plusieurs reprises, nos éléments. Dans un rapport publié le 6 septembre 2017, le comité d’enquête de l’ONU, a également établi la responsabilité des forces gouvernementales syriennes dans les attaques de Khan Cheikhoun."
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Intervention de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères devant le Sénat-16.04.2018

"Dans la nuit du 7 au 8 avril, la France a recueilli de nombreux témoignages dont l’authenticité est avérée. Des ONG médicales ont constaté des traces d’attaques chimiques sur les victimes. Des photographies et vidéos, nombreuses et concordantes ont été authentifiées par nos experts. Les symptômes de plus de 500 patients qui se sont présentés samedi dans des établissements de soins correspondaient sans nul doute à l’action de gaz. L’OMS elle-même l’a constaté. Tous nos laboratoires ont confirmé l’attaque chimique.
Quant à la responsabilité, nous avons eu confirmation que des officiers syriens coordonnaient ces attaques visant à accélérer la prise de contrôle du secteur.
À chaque fois, le régime a procédé de la même façon, par des manipulations lourdes. Rappelez-vous Alep. On nous a rétorqués qu’il n’y avait pas eu d’attaques chimiques, puis tout fait pour empêcher l’enquête ; les habitants de Douma se seraient sacrifiés, gazés eux-mêmes pour mettre le régime en accusation, avec la complicité des renseignements occidentaux ! Quel complotisme ! À trop manipuler, on se manipule soi-même ! Tout cela ne vise qu’à instiller le doute, pour nous diviser."
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Interview de Nathalie Loiseau, ministre déléguée aux affaires européennes sur TV5 Monde – 15.04.2018

Q - Merci d’avoir accepté notre invitation. On vient de l’entendre, attaque chimique avérée, imputable au régime syrien. Dans la foulée, le ministère de la défense publiait sur son site un rapport d’évaluation, avec photos à l’appui de victimes pour lever tous doutes, un rapport basé sur l’analyse de témoignages, de vidéos, de photos et de renseignements déclassés des services français. Alors en même temps, des personnalités politiques en France demandent la publication de preuves. Alors comment réagissez-vous à ceux qui émettent des doutes sur la réalité de cette attaque chimique et de son origine ?
R - Comme l’a dit Jean-Yves Le Drian, il n’y a aucun doute sur la réalité de l’attaque, d’une part, et sur la responsabilité du régime syrien. Les témoignages des ONG médicales présentes sur place, les symptômes qui ont été constatés sur les victimes montrent l’utilisation de chlore et de neurotoxiques puissants. Qui a intérêt à utiliser une arme chimique en Syrie ? Le régime syrien a déjà dans le passé utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques. Le régime syrien était en train de poursuivre une offensive sur Douma, c’est dans le cadre de cette offensive que les armes chimiques ont été utilisées. Elles ont été larguées par hélicoptères, il n’y a que les forces armées syriennes qui disposent d’hélicoptères. Il n’y a donc pas de doutes, donc…

Q - Mais nous n’avons pas pour l’instant d’analyse des produits chimiques qui auraient éventuellement été utilisés, c’est ce que dit d’ailleurs le rapport d’évaluation de la défense !
R - Ce qu’on sait c’est les symptômes, c’est la suffocation, c’est les convulsions, tout cela…

Q - Ça, ce sont des témoignages…
R - Ce sont des témoignages, ce sont les images qui sont été analysées très précisément, dont il n’y a aucune raison de penser que c’est une manipulation. Tout ceci a été regardé avec beaucoup de précision. C’est parce que nous avions toute raison de penser que l’attaque était chimique et qu’elle avait été conduite par le régime de Damas que nous avons décidé d’en tirer les conséquences.

Q - Madame la Ministre, il y a depuis ces frappes - sur les réseaux sociaux en particulier - énormément de thèses du complot, une vraie guerre de propagande. Est-ce que vous avez l’impression que tout a été fait pour éviter ce foisonnement de thèses contradictoires et de mises en doute de la réalité des attaques chimiques, sachant que les enquêteurs sont partis sur place, qu’ils ne sont pas encore rentrés, que le ministre des affaires étrangères parle d’estimation avec un haut niveau de confiance, est-ce que tout a été fait pour éviter ce foisonnement de propagandes ?
R - Souvenons-nous : nous avions présenté au Conseil de sécurité un projet de résolution qui demandait qu’on puisse envoyer en Syrie, immédiatement après l’attaque du 7 avril, un mécanisme d’inspection et de contrôle pour pouvoir à la fois faire les preuves de ce qui s’était passé et trouver les responsabilités. Qui a empêché ce projet de résolution d’être adopté ? La Russie, qui y a opposé son droit de veto. Elle a mis son veto pour la 12ème fois sur un projet de résolution concernant la Syrie, pour la 6ème fois sur les armes chimiques. Vous avez raison, sur les réseaux sociaux il y a une certaine campagne de propagande qui s’est lancée, moi j’en ai été le témoin dès que je me suis exprimée à l’Assemblée nationale mardi dernier pour parler d’armes chimiques, pour parler de responsabilité du régime syrien, pour appeler à la responsabilité l’allié de la Syrie qu’est la Russie. À peine avais-je ter miné de m’exprimer que d’une manière très organisée, très concertée, on venait parler manipulation, provocation, incertitude. C’est une guerre de propagande, il ne faut pas se laisser à aller à croire cette propagande. Aujourd’hui, nous avons toutes les raisons de penser que des armes chimiques ont été utilisées…

Q - C’est une certitude ?
R - C’est une certitude, on ne frappe pas des installations qui, elles-mêmes, étaient destinées à produire et à exploiter des armes chimiques si on n’a pas la certitude que ces armes chimiques ont été utilisées. Souvenons-nous, elles ont été utilisées il y a un an à Khan Cheikhoun, le mécanisme qui avait enquêté sur l’utilisation d’armes chimiques et leur origine avait conclu au fait qu’elles avaient été utilisées et que le régime syrien était à l’origine de ces frappes. Qu’est-ce qui s’est passé après cette enquête ? C’est à partir de là que la Russie a opposé son droit de veto, de telle sorte qu’il ne puisse plus y avoir de mécanisme d’enquête indépendant en Syrie.
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Interview de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères sur BFM – 14.04.2018

Q - Alors justement Monsieur le ministre, il y a beaucoup de questions évidemment qui se posent, mais la principale c’est de savoir quelles sont les preuves. Le président de la République a dit « nous avons les preuves de l’implication du régime », vous-même vous avez dit « c’est une attaque avérée, identifiable ». Vous êtes convaincu que le régime a utilisé les armes chimiques dans cette attaque de la Douma, qui a eu lieu le 7 avril, est-ce que ces preuves vous les avez vous-mêmes, est-ce que vous allez les montrer ?
R - Nous avons publié un document depuis ce matin qui est en ligne sur le site du Quai d’Orsay, qui permet à chacun de se rendre compte des éléments d’information que nous avons. La réalité est que,à un moment donné, après l’intervention chimique, après l’attaque chimique du 7, celle de samedi d’il y a maintenant une semaine, il y a eu des commentateurs qui ont nié le fait qu’il y ait une attaque chimique. Alors que nous avions des messages, des témoignages, des photos, des vidéos d’acteurs du terrain en nombre qui montraient après analyse qu’il s’agissait bien d’une action chimique, qu’il y avait bien utilisation de gaz. Nous avons fait travailler nos services et nos laboratoires sur l’ensemble de ces photos. Il n’y a pas de doute sur le sujet, il y a bien eu une attaque chimique. Et en plus de ça, nous avons des témoignages très importants des organisations non gouvernementales médicales qui, depuis plusieurs années parce que ce conflit dure malheureusement depuis 2011, travaillent dans les hôpitaux, travaillent à soigner les gens et qui eux-mêmes nous envoyaient des messages et des témoignages accablants. Et puis nous avons par ailleurs des renseignements fiables qui montrent que ce sont les forces armées syriennes qui ont managé l’opération. C’était d’une certaine manière en cohérence avec l’action que menaient les forces armées syriennes contre une partie des rebelles de la Ghouta est qui ne voulait pas se rendre. Et alors ils ont utilisé cette méthode cynique et barbare d’utilisation de l’arme chimique qui a amené à la reddition de ces derniers résistants.

Q - Vous avez des preuves qu’effectivement des officiers syriens ont coordonné cette attaque chimique ?
R - Nous avons des renseignements importants sur ce sujet.

Q - C’est-à-dire, les ordres étaient donnés au plus haut niveau de l’armée syrienne ?
R - Tout nous laisse à penser que c’est comme cela que ça s’est passé.

Q - Et peut-être au niveau du président syrien Bachar al-Assad aussi ?
R - Pas à ce niveau d’information pour l’instant.

Q - Les preuves, j’y reviens quand même, vous avez les échantillons chimiques qui sont analysés et qui démontrent qu’il y a eu utilisation… de quel gaz, est-ce que c’est du chlore, est-ce que c’est une substance toxique…
R - Toutes les analyses ne sont pas achevées sur les échantillons, mais tout ce que je peux dire aujourd’hui c’est que l’analyse que nous allons mener permettra d’identifier l’ensemble des gaz qui ont été utilisés. Il y a du chlore, c’est certain, sans doute aussi d’autres éléments puisque les analyses qui ont été à faites par nos laboratoires montrent que les symptômes qui ont été identifiés peuvent mettre en jeu d’autres gaz que du chlore.

Q - Ces échantillons sont analysés en ce moment même par vos services ?
R - Ils sont analysés par nos services.

Q - Alors vous savez qu’il y a justement une mission d’inspection destinée à partir d’aujourd’hui à aller voir sur le terrain, des inspecteurs de l’organisme chargé de vérifier s’il y a eu ou pas utilisation d’armes chimiques, l’OIAC. Est-ce que cette mission qui devait débuter aujourd’hui a encore un sens, est-ce que vous la soutenez ou pas ?
R - Vous savez sur les vérifications, il faut constater que cela vient bien tard, puisque antérieurement il y avait un dispositif, un mécanisme qui avait été conclu entre les Nations unies et l’Organisation d’interdiction des armes chimiques, l’OIAC. Cet organisme, ce mécanisme de vérification était chargé d’attribuer des responsabilités pour les actions de combat chimique, si elles étaient avérées. Ca a d’ailleurs produit des effets puisque lors des opérations d’avril dernier, opérations chimiques qui ont été menées, qui ont abouti à une intervention américaine, il avait été identifié par cet organisme que la responsabilité incombait au régime. Et cet organisme marchait tellement bien, ces inspecteurs fonctionnaient tellement bien que la Russie s’est opposée à la reconduction de ses missions. Et par ailleurs, trois jours après l’attaque chimique, c’est-à-dire mardi, au Conseil de sécurité nous avions proposé la reconduction de ce mécanisme et le fait qu’on puisse aller vérifier sur place qui avait fait quoi. Et la Russie s’est aussi opposée, a opposé son droit de veto pour cette opération. Donc cette mission vient bien tardivement, il faut qu’elle fasse son travail, mais si on voulait vraiment la vérité il fallait bien maintenir les outils qui étaient concertés et convenus entre les Nations unies et l’OIAC, ce que la Russie a toujours refusé.
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Déclaration de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères - Situation en Syrie - 14.04.2018
Évaluation nationale - Attaque chimique du 7 avril 2018 (Douma, Ghouta orientale, Syrie) Programme chimique syrien clandestin - 14.04.2018

[Télécharger le rapport]

Interview de Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères sur TF1 – 14.04.2018

Q - Jean-Yves Le Drian, merci d’avoir accepté cette invitation ce soir. Les Russes et les Syriens réfutent totalement toute implication dans l’attaque au gaz sur des civils du week-end dernier ; sur quelles preuves, sur quelques convictions, sur quels éléments concrets avez-vous donc pris cette décision la nuit dernière de frapper ?
R - Si vous me le permettez, juste avant de répondre à votre question, un coup de chapeau quand même aux forces armées françaises qui ont manifesté un sang-froid, un courage, un professionnalisme exemplaires dans une mission qui était très difficile.
Sur votre question, il y a eu des attaques chimiques qui ont été constatées samedi dernier, il y a une semaine ; nous avons pu avoir toute une série d’informations à partir de photos, de vidéos, de témoignages sur les sites, sur les réseaux sociaux, qui se sont multipliés à partir des attaques chimiques. Nous avons pu vérifier, à partir des analyses qu’ont faites les services français, à partir des informations que nous avons eues des laboratoires, à partir des informations que nous avons eues des ONG médicales que nous connaissons bien, qui travaillent dans cette partie de la Syrie depuis plusieurs années, qu’il s’agissait bien de gaz,, du chlore, sans doute aussi d’autres gaz qui ont abouti à ce qu’il y ait 45 morts, qu’il y ait plusieurs centaines de blessés Et c’est dans l’attaque que menaient les forces armées syrienne contre la Ghouta est que ces attaques chimiques se sont produites, au moment où il y avait de la résistance et que Bachar al-Assad a voulu éliminer plu s rapidement avec des moyens qu’il avait déjà utilisés - parce que c’est un habitué de l’arme chimique, rappelez-vous Alep, rappelez-vous 2013 puisqu’on en parlait tout à l’heure, rappelez-vous aussi les événements de 2017 - qu’il avait déjà utilisés à de nombreuses reprises. Le gouvernement de Bachar al-Assad, les forces armées syriennes ont utilisé l’arme chimique ; elle est banalisée pour eux. Il fallait mettre un coup d’arrêt.
Le président Macron avait dès le début de son mandat, dès mai 2017, exprimé la manière dont il concevait les lignes rouges qu’il ne fallait pas dépasser, sinon la France serait amenée à intervenir ; il l’a fait même à Versailles devant le président Poutine. Et le président Poutine avait acquiescé ces orientations. Et donc là, les éléments étaient réunis pour intervenir et pour montrer que lorsque le président Macron prenait des engagements, il les respectait, il les tenait.

Q - Est-ce que vous avez la preuve que l’arsenal chimique syrien est désormais anéanti comme le prétend le Pentagone ?
R - C’est une grosse opération qui d’ailleurs a été uniquement orientée sur des cibles liées à l’arsenal chimique de la Syrie et non pas sur l’armée syrienne ou sur les alliés de la Syrie ; il faut démanteler l’ensemble chimique dont dispose la Syrie, qui aurait dû être démantelé déjà depuis août 2013. Les opérations ont été lourdes : ont été démantelés des lieux de stockage, des lieux d’assemblement, des lieux de laboratoires. Il reste maintenant à vérifier qu’il n’y a pas d’autres endroits et il faut maintenant que l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques qui existe, qui fonctionne, qui a des experts qui doivent aujourd’hui pouvoir aller vérifier, il faut maintenant qu’on s’assure qu’il n’y ait plus aucune possibilité pour Bachar d’utiliser l’arme chimique.

Q - Vous dites que depuis dimanche dernier, vous avez acquis la conviction que Bachar al-Assad est coupable de crimes de guerre ; est-ce que cet avertissement de la nuit dernière est suffisant ? Est-ce que finalement il n’a pas gagné si la France s’en tient là ?
R - J’espère que oui. Nous espérons tous que oui parce que l’arme chimique est une arme horrible ; elle est bannie de l’humanité depuis la fin de la Première guerre mondiale - il y existe des traités qui se sont succédé, qui regroupent quasiment la totalité de la communauté internationale et que Bachar viole, transgresse, régulièrement - j’espère que ses alliés seront à même de lui faire comprendre que cela suffit et qu’il ne faut plus utiliser cette arme si on veut rester un moment encore chef d’un gouvernement qui est quand même largement contesté.
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