L’action de l’Union européenne en Afrique subsaharienne

L’action de l’Union européenne en Afrique subsaharienne

L’Union européenne (UE) est un acteur clé en Afrique subsaharienne. Possédant une représentation dans presque tous les pays, elle intervient sur des enjeux variés, que ce soit sur le développement économique et social, la coopération commerciale, les migrations ou encore la sécurité et la protection des populations. Le cadre général des relations UE-Afrique subsaharienne s’organise autour de l’accord de Cotonou et du partenariat et de la stratégie commune Afrique-UE. De plus, l’Union européenne a une présence renforcée dans plusieurs régions stratégiques

L’accord de Cotonou

L’accord de Cotonou est le cadre des relations entre l’UE et l’Afrique subsaharienne Entré en vigueur en 2003, révisé en 2005 et 2010, il expirera en février 2020. Cet accord fixe le cadre général des relations entre l’UE et 79 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), dont 48 pays en Afrique subsaharienne.
Ses deux principaux objectifs sont l’éradication de la pauvreté et l’intégration de ces pays dans l’économie mondiale.
Le principal instrument financier de l’accord est le Fonds européen de développement (FED) pour 30,5 Md€ sur la période 2014-2020.
L’accord est organisé autour de trois piliers, qui reflètent les priorités de l’UE dans cette zone .

1. La coopération au développement

L’UE soutient plusieurs programmes et initiatives, la plupart financés par le FED. Les fonds mobilisés dans ce cadre n’entrent pas dans le budget de l’UE.
Sur les 30,1 Md€ du 11e FED, 29,1 Md€ sont consacrés aux pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (le reste est destiné au financement de dépenses administratives).
Le montant est divisé de la manière suivante  :

  • Les programmes indicatifs nationaux (84 % des ressources du FED) soutiennent les pays ACP ainsi que la coopération ou intégration régionale ;
  • Les coopérations intra-ACP et interrégionale (12 %) financent les actions thématiques ;
  • La facilité d’investissement (4 %), gérée par la Banque européenne d’investissement (BEI), fournit divers instruments financiers pour financer des opérations risquées.

La lutte contre la pauvreté est au cœur de la coopération au développement. L’UE fournit en effet 55 % (83,6 milliards d’euros en 2017) de l’aide publique au développement, ce qui en fait le premier bailleur mondial. Chaque année, 40 % de l’aide publique au développement de l’UE est à destination de l’Afrique, essentiellement via le FED.

La France est le 2e contributeur au Fond européen de développement(derrière l’Allemagne) avec une contribution de 5,43 milliards d’euros pour le 11e FED (17,8 % du total)

2. La coopération économique et commerciale

L’accord de Cotonou a permis de remplacer le système de préférences réciproques et de se placer ainsi en conformité avec les règles de l’OMC.

Des accords de partenariats économiques (APE) ont pour objectif la mise en place de zones de libre-échange. En Afrique subsaharienne :

  • 13 pays appliquent aujourd’hui quatre APE régional ou intérimaires ,
  • 17 pays ont signé un APE mais attendent la signature de davantage de pays voisins pour sa mise en œuvre.
La France est le 2e pays exportateur vers le continent Africain derrière la Chine.

3. Un dialogue politique constant

L’Union européenne veille à entretenir un dialogue politique régulier avec les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) au titre de l’article 8 de l’accord de Cotonou. Ce dialogue porte sur toutes les questions d’intérêt commun général ou régional afin de mettre en œuvre les objectifs du partenariat. Il inclut également l’efficacité de l’aide, les politiques générales et sectorielles, y compris l’environnement, le changement climatique, l’égalité entre les femmes et les hommes, la migration et les questions liées à l’héritage culturel.
Les pays de l’Union européenne peuvent suspendre les aides accordées en cas de violation grave des droits de l’Homme, des principes démocratiques et de l’Etat de droit (« mesures appropriées » de l’article 96).

Après l’accord de Cotonou
L’accord de Cotonou arrivant à échéance, des négociations ont commencé afin d’établir un nouvel accord et de moderniser les relations entre l’UE et les pays ACP.
Les mandats de négociation ont été adoptés au printemps 2018 tant par l’UE que par les pays ACP. Les négociations formelles ont commencé en novembre 2018 et sont toujours en cours.

Le futur accord devrait comprendre deux niveaux :

  • un socle commun comprenant les grands principes au niveau UE/ACP
  • 3 piliers régionaux (Afrique, Caraïbes, Pacifique).

Plusieurs domaines prioritaires devraient émerger du futur accord tels que la paix et la sécurité, le changement climatique ou encore la croissance économique.

Le partenariat et la stratégie commune Afrique-UE

Le partenariat Afrique-UE a été adopté en 2000, au Caire. Il constitue le cadre politique global des relations. Adoptée en 2007, la stratégie commune Afrique-UE- permet de doter le partenariat Afrique-UE d’un guide et d’en définir les objectifs généraux.

Cette stratégie est mise en œuvre via des feuilles de route et des plans d’action pluriannuels, mises à jour après chaque sommet UE-Afrique. Elle répond à trois objectifs principaux  :

  • Renforcer le dialogue politique
  • Elargir la coopération
  • Promouvoir un partenariat centré sur les personnes

Lors du sommet UE-Union africaine (UA) d’Abidjan, en 2017 quatre priorités ont été dégagées :

  • Investir dans le capital humain
  • Renforcer la résilience, la paix, la sécurité et la bonne gouvernance
  • Migration et mobilité
  • Attirer les investissements vers l’Afrique

Une présence renforcée dans plusieurs régions stratégiques

1. La Corne de l’Afrique

La région de la Corne de l’Afrique est aujourd’hui en pleine transition, notamment au Soudan, depuis la destitution de l’ancien président, Omar el Bachir, en avril 2019. La signature d’un accord de paix entre l’Erythrée et l’Ethiopie, en septembre 2018, a également marqué un tournant pour la région. L’UE réaffirme régulièrement son engagement dans les pays de la Corne de l’Afrique. Depuis 2011, un cadre stratégique pour la Corne de l’Afrique existe afin de lutter contre le terrorisme, de mettre fin aux conflits de la région et de protéger la population. Elle a notamment donné lieu à la mise en place du plan d’action sur la lutte contre le terrorisme dans la Corne de l’Afrique et au Yémen en 2013.
Par ailleurs, le Conseil a adopté un plan d’action régional en faveur de la Corne de l’Afrique (2015-2020) afin de lutter contre les problèmes majeurs rencontrés par la région.

Afin de renforcer la sécurité maritime, l’UE a lancé en 2008 sa première opération maritime et navale de la PESD. Cette mission a pour but de protéger les navires transportant l’aide humanitaire vers la Somalie et de surveiller les eaux territoriales du pays.

La France participe à la mission Atalante via le déploiement d’une frégate durant toute la durée de l’opération ainsi que la participation ponctuelle d’un avion de patrouille maritime

2. Le golfe de Guinée

La sécurité maritime dans le golfe de Guinée est une priorité pour l’Union européenne, principalement depuis le développement de la piraterie dans cette zone. L’UE soutient le processus de Yaoundé pour la sécurité et la sûreté maritime, notamment via le programme Critical Maritime Routes in the Gulf of Guinea (CRIMGO), mis en place en 2013.

Un Plan d’action (2015-2020) a été adopté par le Conseil des affaires étrangères, un an après l’adoption de la stratégie pour le golfe de Guinée. Ce plan d’action a pour objectif de soutenir la coopération régionale afin de lutter contre les activités criminelles qui progressent dans la région, notamment en raison de la trop faible maîtrise des eaux côtières. Il a été révisé en 2018 afin de rester adapté aux défis régionaux.

La France copréside en 2019, avec le Ghana, le G7++ des Amis du golfe de Guinée créé en 2013 pour mobiliser les partenaires internationaux afin de venir en aide aux États riverains dans l’incapacité de répondre au défi de la sécurisation de leurs espaces maritimes. Ce forum s’est aussi progressivement consacré à appuyer le processus de Yaoundé, qui acte la mise en place d’une architecture interrégionale de sûreté maritime.

3. Le Sahel

Le Sahel est une importante priorité pour l’UE, principalement dans les régions où la situation sécuritaire est préoccupante tels que le centre du Mali et le Burkina Faso.

Une stratégie UE pour la sécurité et le développement dans la région du Sahel existe depuis 2011. De plus, un plan d’action régional en faveur du Sahel (2015-2020) a été mis en place.
Il porte sur quatre domaines :

  • La lutte contre la criminalité organisée ;
  • La mobilité et les migrations ;
  • Les jeunes ;
  • La prévention et la lutte contre la radicalisation.
Paix et sécurité

L’UE mène plusieurs opérations civiles et militaires au Sahel  :

  • Au Mali
    > EUCAP Mali (111 personnels dont 54 Français) est une mission civile mise en place en 2014 et qui apporte une expertise stratégique, de formation et d’équipement aux forces de sécurité intérieure maliennes ;
    > EUTM Mali (598 personnels dont 10 Français) est une mission de formation militaire mise en place en 2013.
  • Au Niger
    > EUCAP Niger (131 personnels dont 63 Français) a été établie en 2012 et est une mission de renforcement des capacités civiles à l’appui des forces de sécurité intérieure nigériennes.
    En plus de ces missions, l’UE soutient activement la lutte contre le terrorisme. Elle a notamment soutenu la force conjointe G5 Sahel dès sa création (50M€/an) et prévoit de poursuivre son appui dans les deux prochaines années (120M€ sur deux ans). L’UE est ainsi le premier soutien à cette force.
Développement

L’Union européenne est l’un des principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire au Sahel. Elle fournit une aide nutritionnelle et alimentaire d’urgence aux populations confrontées à la famine (y compris le traitement des enfants souffrant de malnutrition) et une assistance aux personnes touchées par les conflits et l’insécurité.
En 2018, l’Union européenne a fourni une aide humanitaire de 273 millions d’euros à la région, dont 101 millions d’euros d’aide alimentaire et 62 millions d’euros d’aide nutritionnelle. En outre, un soutien a été apporté aux initiatives de réduction des risques de catastrophe visant à aider les pays à mieux se préparer aux catastrophes naturelles liées au climat et à leurs effets sur la sécurité alimentaire, et à réduire leurs effets.

La France a créé avec l’Allemagne l’Alliance Sahel en juillet 2017, en partenariat avec l’UE. Cette initiative a pour objectif d’améliorer la coordination de l ‘aide au développement et d’accélérer son déploiement. L’Alliance a mis en œuvre 1,1 milliard d’euros de projet durant l’année 2018. Les domaines prioritaires sont : les jeunes, l’agriculture, l’accès à l’énergie, les services de base aux populations, la gouvernance et la sécurité intérieure.

L’Alliance Sahel est actuellement composée de 12 membres, 6 fondateurs (la France, l’Allemagne, l’Union européenne, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, le programme des Nations unies pour le développement) et 6 pays européens ayant adhéré en 2018 (l’Italie, l’Espagne, le Royaume uni, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Danemark).

Mise à jour : août 2019

PLAN DU SITE