Le vice-président de Taiwan encourage la recherche en crypto-monnaie, aux dépends de la planète

Taïwan

Actualité
Taïwan | Science de la terre, de l’univers et de l’environnement : énergie, transports, espace, environnement | Sciences et technologies de l’information et de la communication : TIC, télécoms, micro-nanotechnologies, informatique
7 mars 2018

Le Vice-Président du Yuan Exécutif, Yuan Shih Jun-ji, a déclaré début février que le gouvernement taïwanais devrait être mieux préparé aux éventuels booms des crypto-monnaies. Mais la monnaie virtuelle ne présenterai-t-elle pas de nombreux inconvénients ?

Le Vice-Président du Yuan Exécutif, Yuan Shih Jun-ji, a discuté des crypto-monnaies lors d’un séminaire intitulé “l’effet de la monnaie numérique sur la réponse bancaire et politique”, organisé par l’académie taïwanaise des banques et des finances. Une crypto-monnaie est une monnaie virtuelle utilisable sur un réseau informatique décentralisé, de pair à pair. Et selon lui, à l’image du bitcoin, elles arrivent aujourd’hui à maturité.

Si vous avez entendu parler du bitcoin récemment, c’est sûrement entouré d’autres mots, comme « blockchain » ou « smart contract ». Créé en 2008 et utilisé dès 2009, Bitcoin désigne un protocole informatique : une liste de règles et de normes permettant à des ordinateurs et à leurs utilisateurs de communiquer entre eux. A la différence de l’argent liquide, les bitcoins ne peuvent ni être imprimés, ni ‘fabriqués’ par l’homme. Ils n’existent que sous une forme numérique.
A l’origine, le bitcoin a été présenté comme un avantage pour la société, une manière d’éliminer les intermédiaires (les banques) des transactions financières en utilisant la communauté du bitcoin (la « blockchain ») pour garantir la validité des paiements. L’idée était de créer une sorte d’utopie dans laquelle le système financier retrouverait la confiance du public. Mais ce projet ne peut aboutir si le bitcoin ne tient pas ses promesses. La plupart des gens utilisent les bitcoins comme un moyen de gagner de l’argent, plutôt que comme une monnaie. En un sens, acheter des bitcoins, c’est comme investir en Bourse dans une action au cours imprévisible, sauf que cela coûte incommensurablement à la planète.

En effet, pour en créer, un ordinateur doit accéder au réseau bitcoin et effectuer un calcul mathématique complexe, un procédé appelé « minage ». Il s’agit d’un processus informatique d’interconnexion de réseaux utilisé pour sécuriser et vérifier les transactions bitcoin, en se référant aux paiements d’un utilisateur à un autre sur un marché décentralisé. Mais le nombre de bitcoins pouvant être « extraits » est fini – 21 millions pour être précis. Et plus on en « mine », plus les calculs mathématiques deviennent difficiles. L’ordinateur doit donc travailler dur, et traiter davantage d’informations pour pouvoir créer un bitcoin, lequel pourra ensuite être venu et revendu en ligne, sur les marchés privés et non réglementés.
Pendant longtemps, les ordinateurs standards étaient assez puissants pour miner des bitcoins. Mais les calculs sont devenus si complexes qu’il faut maintenant utiliser des composants spécifiques, les circuits intégrés, propres à une application (ASIC, Application-Spécific Integrated Circuits). Les machines, souvent rassemblées par milliers dans de coûteux entrepôts, chauffent beaucoup et consomment énormément d’électricité. En 2015, Vice publiait ainsi une vidéo tournée dans une mine chinoise de bitcoins qui, en un mois, dépensait 80,000 dollars en électricité pour produire 4 050 bitcoins. Pour réduire leurs coûts, les entreprises de minage cherchent souvent à s’établir là ou l’électricité est la moins chère : en Chine !

C’est pourquoi Bitmain Technologies, un fournisseur de dispositifs miniers de bitcoins chinois, cible ainsi aujourd’hui les ingénieurs taiwanais travaillant pour les principaux concepteurs de circuits intégrés tels que Mediatek Inc. et Global Unichip Corp. Le groupe, dont le siège social est à Beijing, se déclare être aujourd’hui parmi les sociétés bitcoin les plus réputées au monde. Bitmain a également passé de grosses commandes auprès de Taiwan Semiconductor Manufacturing Co. (TSMC), le plus grand fabricant de puces sous contrat au monde, afin de répondre à la forte demande mondiale.
Surfant sur la vague de l’activité bitcoin mondiale, Bitmain a sécurisé 80 à 90% des commandes ASIC de minage de bitcoin dans le monde.

Le bitcoin a beau n’être utilisé par personne, nous en payons pourtant tous le prix. Alex de Vries, alias Digiconomist (le nom de son site dédié aux monnaies cryptographiques), estime que l’augmentation de la valeur du bitcoin a fait passer la consommation énergétique annuelle générée par cette monnaie virtuelle de 25 térawattheures au début de novembre à plus de 33 térawattheures mi-décembre 2017. Ce chiffre équivaut à la consommation énergétique du Maroc ou de plus de 19 pays Européens, et à 0,7% de la demande énergétique des États-Unis, soit 2,8 millions de foyers !!
Une seule transaction peut utiliser autant d’énergie qu’un foyer en une semaine, et il s’en produit quelque 300,000 par jour. Cette demande d’énergie est le plus souvent couverte par des combustibles fossiles, dont l’utilisation entraîne une pollution de l’air et de l’eau tout en produisant des gaz à effet de serre. Bref, sans être d’une grande utilité publique, le bitcoin contribue au réchauffement de la planète.

Sources :

Plus d’information :
Bitmain Technologies : https://www.bitmain.com/
Libération : http://www.liberation.fr/debats/2018/02/22/bitcoin-bien-plus-qu-une-monnaie_1631638

Rédactrice :
Morgane Schuhmann, morgane.schuhmann[at]diplomatie.gouv.fr
https://www.france-taipei.org/

PLAN DU SITE