La théorie selon laquelle Taïwan serait le berceau des peuples austronésiens renforcée par une étude sur le mûrier à papier

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7 novembre 2016

De nouveaux indices issus d’une étude concernant le mûrier à papier renforcent la crédibilité de la théorie déjà largement partagée selon laquelle Taiwan serait le berceau des peuples austronésiens

Vers la fin de 2015, les travaux d’une équipe multidisciplinaire de chercheurs taiwanais et chiliens dirigée par Chung Kuo-fang [鐘國芳], sur la dissémination dans l’Asie-Pacifique d’une essence végétale commune, le mûrier à papier, sont venus étayer l’hypothèse de l’« origine taiwanaise » des peuples austronésiens, autrement dit que des populations parlant des langues austronésiennes et originaires des côtes sud-orientales de la Chine auraient d’abord rejoint Taiwan puis auraient ensuite essaimé vers l’Asie du Sud-Est, la Nouvelle-Zélande, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles du Pacifique, et enfin vers Madagascar.

On dénombre actuellement environ 400 millions de personnes d’origine austronésienne résidant dans un large espace géographique allant de Taiwan au nord jusqu’à Madagascar à l’ouest et l’île de Pâques à l’est. Etant donné à la fois la quantité des langues – environ 1 200 au total – parlées par les peuples austronésiens et les nombreux points communs qui existent entre ces langues malgré la distance, c’est un espace culturel qui se prête particulièrement bien aux études multidisciplinaires.

Le scientifique taiwanais Chung Kuo-fang, membre du Centre de recherche sur la biodiversité de l’Academia Sinica, à Taipei, s’intéresse à des données qui vont au-delà de l’archéologie, de la génétique humaine ou de la linguistique. En se basant sur une analyse génétique, il a étudié la structure phylogéographique du mûrier à papier (Broussonetia papyrifera), une espèce commune à Taiwan et dans diverses sous-régions de l’Océanie. Les résultats de leurs recherches ont montré l’existence de liens généalogiques forts entre les mûriers à papier du sud de Taiwan et des îles d’Océanie, qui suggèrent fortement une origine taiwanaise pour les représentants de cette espèce dans le Pacifique.

L’étude souligne la corrélation étroite entre la distribution géographique du mûrier à papier et les mouvements migratoires des peuples austronésiens. En effet, la différenciation marquée existant entre les mûriers à papier poussant dans le nord, dans l’est et dans le sud de Taiwan implique que cet arbre a une capacité de dissémination limitée, ce qui permet d’éliminer l’hypothèse d’une dispersion transocéanique naturelle. Pendant des siècles, cette essence exploitée pour la fabrication de papier et de textiles a été propagée au moyen du clonage. Il s’agit d’une espèce dioïque (composée de plants soit mâles, soit femelles). Or, a pu constater le chercheur, en Océanie, les plants femelles sont prédominants, ce qui « suggère une préférence pour les arbres femelles au moment où l’espèce a été emportée en dehors de sa terre natale ».

Les étoffes végétales non tissées, souvent appelées par leur nom tahitien de tapa, sont principalement réalisées à partir de l’écorce du mûrier à papier, et on en trouve dans toutes les sociétés austronésiennes. Le tapa est fabriqué à partir de la couche interne de l’écorce qui est détrempée puis battue pour en faire un matériau textile. Chung Kuo-fang note que malgré le fort déclin de l’utilisation du tissu d’écorce au profit des textiles modernes, le tapa a conservé son importance culturelle dans les grands rituels dans plusieurs îles du Pacifique, comme les Tonga, les Fidji et les Samoa, ainsi que sur l’île indonésienne de Sulawesi.

Le message génétique d’une plante commune a ainsi conforté une théorie qui identifie Taiwan comme le point de départ de la grande expansion austronésienne. Mais Chung Kuo-fang pense que l’arbre n’a pas encore livré tous ses secrets, et qu’il pourra approfondir les connaissances actuelles sur le rôle du Taiwan préhistorique dans ces migrations. « La recherche sur le tapa pourrait apporter d’importantes connaissances dans des domaines comme la biologie, la phylogéographie, l’archéologie et l’anthropologie, dit-il. Un approfondissement permettrait de clarifier la relation entre les peuples austronésiens et le tapa. »

Source :
Racines austronésiennes, 1er mai 2016, Taiwan Aujourd’hui, http://taiwaninfo.nat.gov.tw/ct.asp?xItem=244968&ctNode=2360&mp=4

Rédacteurs : Joanne Antonetti & Emmanuelle Platzgummer (Bureau Français de Taipei)

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