Une étude américaine donne le feu vert (avec réserve) pour le projet de base spatiale aux Açores dans le cadre de l’AIR Center.

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Portugal | Politiques de recherche, technologiques et universitaires | Big Data
9 mars 2018

Une étude de l’Université du Texas à Austin (USA), qui publiée jeudi 15 février, donne un avis favorable à l’installation d’une base spatiale pour lancer de petits satellites aux Açores, pointant vers l’île de Santa Maria (plus précisément, à la place de Malbusca, dans la paroisse d’Espírito Santo), comme la zone la plus adaptée.

Le ministre des Sciences, de la Technologie et de l’Enseignement Supérieur du Portugal, Manuel Heitor, voit ce « feu vert » avant tout comme un « levier » de la stratégie nationale pour l’espace et modère les attentes. Le rapport, prévient-il, servira principalement d’appui rationnel pour les actions qui veulent attirer l’investissement de ces nouvelles industries au Portugal.

C’est le ministère des Sciences qui a commandé l’étude au groupe d’experts, dirigé par Burk Fort, de l’Université du Texas, mais le ministre lui-même insiste sur le fait qu’il s’agit « seulement » une étude. "C’est une étude de faisabilité qui doit être considérée dans ce contexte et uniquement dans ce contexte", explique Manuel Hector. Selon le ministre, l’étude confirme que les Açores ont un emplacement stratégique très important pour les « nouvelles industries spatiales », mais le projet de création d’un port spatial devra être amplement discuté jusqu’à une décision finale. Selon le dirigeant, ce projet est avant tout "un bon prétexte" pour attirer au Portugal des investissements privés.

L’étude conclut que l’idée de créer une base de lancement pour les petits satellites, déjà en place depuis près d’un an, est « techniquement faisable » et présente certaines « forces, faiblesses, opportunités et menaces ». Ce projet pourrait coûter entre 100 et 200 millions d’euros. Un "luxe", donc, qui, selon le ministre, ne sera possible que si les partenariats nécessaires avec le secteur privé sont garantis.

Île de Sainte Marie aux Açores

L’un des principaux doutes sur ce plan était sa localisation précise, partant du constat que l’archipel des Açores a une position géographique privilégiée dans l’Atlantique. En avril 2017, Manuel Heitor a lancé le défi de créer le Centre International de Recherche sur l’Atlantique (AIR Center) pour unir les forces au niveau international et explorer l’océan Atlantique, l’atmosphère, le climat, les énergies renouvelables et l’espace. Présentée comme un plan ambitieux, l’idée a évolué, le ministre ayant notamment déclaré à la fin de la réunion aux Açores que la base de lancement de satellites n’était pas nécessairement une « pièce essentielle » de l’AIR Center.

Depuis le début du projet, la zone pressentie était l’île de Santa Maria, ceci est désormais confirmé. Burk Fort et son équipe ont analysé plusieurs sites, attribuant un score à l’aide de plusieurs critères préalablement définis. Des quatre options envisagées - Fajã Lopo Vaz (sur l’île de Flores), Ponta Delgada (sur l’île de Flores), la station Loran de l’OTAN (dans la paroisse de Santa Bárbara, sur l’île de Santa Maria) et Malbusca (dans la paroisse de Santo Espírito, également sur l’île de Santa Maria) – c’est Malbusca qui a été désigné comme étant l’endroit le plus propice. Il s’agit, selon eux, de l’emplacement le plus approprié en raison de deux caractéristiques importantes : la largeur et l’orientation de son « couloir de lancement » et les conditions de sécurité. L’emplacement du site de Ponta Delgada, sur l’île de Flores, est arrivé en deuxième place.

Dans ce rapport, les experts donnent un avis favorable au projet considéré comme « techniquement réalisable », néanmoins ils expriment aussi quelques réserves et conseils. Ils soutiennent, par exemple, que davantage de recherches doivent être effectuées, en se concentrant sur des questions telles que la viabilité financière du projet, la sécurité, ainsi que l’impact environnemental, entre autres. Cette recommandation est approuvée par Manuel Heitor, qui souligne qu’il est nécessaire de disposer de plus d’ « études plus approfondies ».

Le rapport note également que le succès éventuel d’une telle infrastructure dans un marché spatial confronté à une demande de plus en plus importante mais aussi à une offre plus importante (plusieurs pays prévoient de créer des bases pour les lancements de satellites en Europe) dépend de plusieurs paramètres, notamment la garantie d’avoir des clients (entreprises de lancement de satellites) avant même de procéder à son implémentation.

L’objectif du rapport donc, est d’être utilisé comme outil de promotion dans le cadre d’une opération plus large, la base spatiale n’étant en effet qu’une pièce considérée comme optionnelle du projet AIR Center par le dirigeant. Le plus important pour le Portugal est de se placer dans les nouveaux marchés émergents de l’Espace, et de montrer qu’il est un pays attractif pour l’investissement privé dans ce secteur, même si aucune base spatiale n’existe à l’heure actuelle. Le rapport peut ainsi servir de levier pour positionner le Portugal sur les nouveaux marchés.

Le ministre a également déclaré qu’à partir de mai, il entamera une série d’événements dans plusieurs pays (de l’Inde aux États-Unis, en passant par la Chine) pour tenter d’attirer les investisseurs du secteur spatial vers le Portugal.

Source :

Rédacteur : Amaury HOCQUET, Chargé de coopération scientifique à l’Institut Français du Portugal amaury.hocquet[at]ifp-lisboa.com

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