LES TRACES FOSSILES QUI RACONTENT L’ENFANCE A LA PRÉHISTOIRE

Italie

Brève
Italie | Sciences Humaines et sociales
16 novembre 2018

La zone de Melka Kunture, en Éthiopie, fait l’objet de recherches en archéologie depuis 1963.
Au cours des 50 dernières années, on a découvert de nombreux sites, sous la direction d’une mission française puis sous la direction d’une mission italienne. Margherita Mussi, coordinatrice des fouilles archéologiques grâce auxquelles on a récemment découvert des traces d’hominidés préhistoriques très anciens, nous parle de ces recherches.

On cherche de la vie parmi les étoiles, mais on oublie de regarder sous nos pieds pour découvrir les traces secrètes des anciens être vivants. Ce sont nos ancêtres, des hominidés qui ont vécu dans un passé très lointain. C’était en Éthiopie, il y a un million d’années.

Aux bords d’un point d’eau, un groupe d’hommes et de femmes vient de capturer un hippopotame après une fatigante partie de chasse. Certains d’entre eux s’occupent de l’abattage de la carcasse de l’animal, d’autres fabriquent de petits outils en pierre pointus avec lesquels lacérer la viande. Il y a aussi des enfants, qui se déplacent frénétiquement autour de leurs parents. Leurs traces se sont bien conservées jusqu’à aujourd’hui parce qu’elles étaient couvertes des cendres d’un volcan proche.

Les traces ont été récemment découvertes par une équipe de chercheurs de l’Université La Sapienza di Roma, coordonnée par Margherita Mussi, professeur du département de Sciences de l’Antiquité et directeur de la mission archéologique italienne à Melka Kunture et Balchit.

Quelles sont les caractéristiques qui ont permis l’installation des hominidés dans la zone de Melka Kunture ?
Quand on parle de Melka Kunture, on doit imaginer un site archéologique de presque 100 kilomètres carrés, traversé par le Awasch, un grand fleuve de l’Éthiopie qui se tarit avant de rejoindre la Mer Rouge. Mais contrairement aux autres sites du Paléolithique, on se trouve ici à 2000-2200 mètres d’altitude, sur un haut plateau entouré de volcans. Par conséquent, pendant la journée il fait chaud, mais pendant la nuit il fait très froid. En plus, pendant certaines périodes de l’année, il pleut beaucoup, une caractéristique plutôt inusuelle en Afrique. Tout cela a des conséquences très importantes sur la végétation, qui n’est pas une végétation typique de la savane. Les animaux mêmes sont endémiques, ils se sont évolués dans cette région de manière relativement autonome et indépendante par rapport au reste de la population. Mais c’est la présence d’importants affleurements de matières premières appropriées pour l’écaillage qui rend Melka Kunture un site archéologique unique au monde.

Tenant compte des dernières découvertes, qu’est-ce on pourrait dire de la vie quotidienne des hominidés installés à Melka Kunture ?
On pourrait imaginer la présence de petits groupes de personnes, bien en dessous des 20 individus. Ils ont une connaissance très précise et détaillée du territoire où ils se trouvent et dont ils ont le plein contrôle. Cependant, dans une zone géographiquement isolée comme Melka Kunture, le véritable problème ne concerne pas la recherche de la nourriture, mais plutôt la perpétuation de l’espèce. Des communautés si petites risquaient de n’être composées que de femmes ou que d’hommes, ou encore de femmes vieilles et d’hommes jeunes et vice versa. Un problème démographique qui aurait pu éventuellement provoquer leur extinction.

Quelles sont les étapes qui ont accompagné la découverte des traces des enfants qui datent d’il y a 700.000 ans ?
Premièrement, il faut dire que cette découverte n’a pas eu lieu en un seul jour, mais elle est le résultat d’un travail long et fatigant. Pendant plusieurs années, on a eu peu de résultats. En 2013, un chercheur m’avait signalé la présence de certaines taches sur le terrain. La typique forme allongée ne laissait aucun doute, même si la voûte plantaire n’était pas complètement visible. D’emblée, j’ai pensé aux enfants parce qu’ils n’ont pas la voûte plantaire parfaitement développée. Les traces ont été couvertes de cendres volcaniques, ce qui en a permis la datation. Si on suppose que le rythme de la croissance des enfants était similaire au rythme actuel, les traces correspondent à celles d’enfants âgés d’un à trois ans.
On pourrait bien penser qu’il s’agit d’Homo heidelbergensis, un ancêtre commun à notre espèce et aux Néandertaliens.

Pour conclure, a-t-on des indices pour identifier d’autres traces du passé à Melka Kunture ?
Bien sûr. On a encore beaucoup de travail à faire. Par exemple, toutes ces informations nous permettent de comprendre comment le mouvement du squelette humain a évolué au cours des siècles, mais surtout elles nous donnent une perspective plus intime de la vie quotidienne des hominidés installés à Melka Kunture, comme de véritables photographies du passé.

Source :
https://www.galileonet.it/2018/07/quelle-orme-fossili-che-raccontano-linfanzia-nella-preistoria/

Rédacteur : Giovanna Corvo, info.csu[a]institutfrancais.it

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