Respirer, c’est guérir

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Israël | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
15 mai 2018

Face aux maladies neuro-dégénératives telles que la maladie d’Alzheimer, la médecine peine à trouver des solutions. Or, cette dernière se propage et devient de plus en plus courante. Si les molécules permettant de combattre cette maladie sont nombreuses, peu d’entre elles se révèlent efficaces. Cependant, une équipe de l’Université de Tel Aviv vient de publier son propre traitement novateur basé sur une molécule pourtant insignifiante : l’oxygène. Prenez votre respiration et plongez avec nous dans l’univers de la médecine hyperbare !

En fin d’année 2017, une équipe du Département de Neurosciences de l’Université de Tel Aviv (UTA) publiait une étude prometteuse défendant l’utilisation d’oxygène hyperbare pour le traitement d’Alzheimer, avec l’aide du Département de médecine de l’UTA et du centre de médecine hyperbare de l’hôpital Assaf Harofeh (situé à Tzrifin).

Tout d’abord, revenons sur ce qu’est la maladie dite d’Alzheimer, du nom du médecin allemand, le docteur Alois Alzheimer, qui a décrit cette pathologie pour la première fois. Cette maladie neuro-dégénérative chronique, c’est-à-dire qui entraîne une dégénérescence progressive des neurones (dysfonctionnement puis perte progressive), est incurable et constitue la première cause de démence chez l’humain. Elle se caractérise notamment par des pertes progressives de mémoire, en commençant par la mémoire courte puis longue, et entraînant des troubles cognitifs plus ou moins prononcés. Cette maladie est un fléau qui a été largement médiatisé, notamment en raison de la difficulté pour le patient à vivre avec, mais aussi pour ses proches. De plus, ces maladies neuro-dégénératives incurables semblent mettre un terme à la tendance à l’amélioration de l’espérance de vie de ces derniers siècles, puisque ce n’est plus l’intégrité du corps mais celle de l’esprit qui limite désormais le vieillissement.

Les traitements actuels ayant une efficacité très limitée, les pistes de recherche pour de nouveaux traitements sont innombrables. De ce fait, des milliers de nouvelles molécules sont testées chaque année pour tenter de prévenir, d’enrayer ou de stopper la progression de la maladie. Extraits de plantes exotiques, recours aux nanotechnologies, aux thérapies géniques, aux peptides révolutionnaires ou aux molécules extraites d’organismes marins, tout est tenté pour trouver le remède miracle. Toutefois, le remède recherché ne viendrait-t-il pas tout simplement de l’air qui nous entoure ?

Si cela semble difficile à imaginer, c’est pourtant ce qui a inspiré le professeur Uri Ashery, la doctorante Ronit Shapira, et leurs collaborateurs Beka Solomon, Shai Efrati et Dan Frenkel de l’UTA. Leurs recherches ont fait l’objet d’un article publié dans le Journal of Neurology of Aging (« Journal de la Neurologie du vieillissement ») et proposent une nouvelle approche pour le traitement de la maladie d’Alzheimer basée sur l’oxygène hyperbare, c’est-à-dire respirer un air en surpression (hyperbare) et saturé en oxygène. Le traitement consiste, pour les patients, à respirer l’air en surpression dans une chambre appelée chambre hyperbare. La surpression et la saturation de l’air en oxygène entraînent une augmentation de l’alimentation en oxygène de tous les tissus du corps, ce qui stimule la production de facteurs de croissance (molécules pouvant réguler la fréquence de multiplication des cellules) et l’activation de cellules souches accélérant la guérison de certains tissus, dont les tissus neuronaux. Les chercheurs ont donc pensé que cela pourrait constituer un remède contre cette maladie dégénérescente.
Pour vérifier cela, ils ont placé des rats atteints de cette maladie dans une chambre hyperbare pendant deux semaines, à raison d’une heure par jour. Ils ont ensuite comparé l’état des tissus neuronaux et des capacités cognitives avant et après le traitement. Les résultats sont sans appel : le traitement a significativement amélioré les capacités cognitives des rats traités par hyperbare, en comparaison de ceux qui n’ont pas subi le traitement, mais a également réduit la plupart des marqueurs médicaux typiques de cette pathologie, tels que l’inflammation neuronale, les dépôts d’amyloïdes ou de protéines Tau.

Les malades pourraient dorénavant respirer à pleins poumons, car ce nouveau traitement devrait être disponible prochainement. En effet, le traitement hyperbare n’entraîne que peu d’effets secondaires et il est considéré comme sain et largement toléré par les patients, ce qui n’est pas le cas de tous les traitements médicaux (tels que les chimiothérapies). Sans placer la barre trop haute avant que des essais cliniques ne soient conduits, les chercheurs espèrent néanmoins que ces chambres soient installées dans les hôpitaux et établissements spécialisés dès que possible.

Il est donc important de maintenir la pression sur cette maladie et, d’ici quelques années, nous pouvons espérer qu’elle ne sera alors plus qu’un mauvais souvenir.

NB : à noter l’existence d’approches similaires à la médecine hyperbare dans des lieux à altitude négative où la pression est supérieure à la pression atmosphérique (pour la même raison qu’en altitude la pression y est inférieure) et où l’air enrichi en oxygène peut améliorer la santé ou la guérison de certaines pathologies. C’est le cas, par exemple, de la Mer Morte en Israël.

Sources :
• Article sur le site de l’Université de Tel Aviv (en anglais, version française ci-dessous) : https://english.tau.ac.il/news/oxygen_therapy
• Article scientifique publié sur « Journal of Neurobiology of Aging » (en anglais) : http://www.neurobiologyofaging.org/article/S0197-4580(17)30346-9/ppt

En savoir plus :
• Article traduit en français sur le site des Amis Français de l’Université de Tel Aviv : http://www.ami-universite-telaviv.com/index.php/2013-05-26-08-41-51/recherche/sciences/medecine/826-la-médecine-hyperbare-peut-aider-au-traitement-de-l-alzheimer-d-après-les-chercheurs-de-l-université-de-tel-aviv
• La médecine hyperbar (wikipédia) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Médecine_hyperbare
• Site de France Alzheimer : https://www.francealzheimer.org
• Site de Alz.org, Alzheimer et Démence : https://www.alz.org/fr/demence-alzheimer-france.asp

Rédacteur : Arthur Robin, doctorant à l’Université de Tel Aviv

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