Quand notre consommation de nourriture est synonyme de gâchis !

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Israël | Agronomie et alimentation
21 septembre 2018

Avec un tiers de toute la production alimentaire perdu à cause de problèmes dans les chaînes d’approvisionnement ou de détériorations, le gaspillage de nourriture est un facteur clé de l’insécurité alimentaire mondiale. De plus, la demande en protéines animales à forte intensité de ressources limite la disponibilité de la nourriture. Dans une récente étude, une équipe de chercheurs israéliens de l’Institut Weizmann, en collaboration avec des chercheurs américains et suisses, montrent que les substituts à base de plantes pour chacune des principales catégories d’aliments d’origine animale aux États-Unis (bœuf, porc, produits laitiers, volaille et œufs) peuvent produire deux fois à 20 fois plus d’aliments en valeur nutritionnelle similaire par unité de culture.

A l’échelle mondiale, nous gaspillons environs un tiers de notre production de nourriture destinée à la consommation. Cependant, il s’avère que la plus grande part de cette perte n’est pas issue de la nourriture produite mais plutôt de celle que nous ne produisons pas. Si l’on se réfère au concept de « coût d’opportunité » en économie, qui mesure la perte des biens auxquels on renonce en affectant les ressources disponibles à un autre usage, alors nous pouvons parler dans le cas présent de « perte d’opportunité de nourriture ».
Ce terme provient d’une récente étude publiée dans le journal PNAS et issue d’une collaboration entre le Dr. Alon Shepon, qui a travaillé dans le laboratoire du Prof. Ron Milo au Département des plantes et des sciences de l’environnement de l’Institut Weizmann, et le Prof. Gidon Eshel du Bard College (USA), aidé par le Dr. Elad Noor de l’ETZ Zurich (Suisse).

Dans cette étude, les scientifiques ont effectué la comparaison entre les ressources nécessaires pour cultiver les cinq plus grandes catégories d’aliments d’origine animale (bœuf, porc, produits laitiers, volaille et œufs) et celles nécessaires pour cultiver des cultures comestibles de valeur nutritionnelle similaire en termes de protéines, de calories et de micronutriments aux Etats-Unis (le plus gros consommateur de viandes au monde). Le résultat de cette analyse montre que, si l’on remplace ces produits d’origine animale, nous pourrions produire de 2 à 20 fois plus de protéines par acre (i.e. un peu plus de 4 000 m2).
Remplacer tous les produits d’origine animale par des régimes de remplacement à base de plantes apporterait un surplus de nourriture suffisant pour nourrir 350 millions de personnes supplémentaires, plus que les avantages attendus de l’élimination de toute perte de nourriture dans la chaîne d’approvisionnement.

Dans la catégorie animale, le bœuf est notre grand champion. Si l’on considère les bonnes proportions de soja, pommes de terre, sucre de canne, arachides et ail fournissant le même apport nutritionnel, alors la superficie permettant de produire 100 grammes de protéines provenant de ces cultures ne donnerait que 4 grammes de protéines comestibles provenant du bœuf. En d’autres termes, l’utilisation de terres agricoles pour la production de bœuf au lieu de cultures de remplacement entraîne une perte de 96 grammes de nourriture sur un total de 100 grammes, soit une perte de 96% par unité de terre.
Cette conclusion montre que, si l’on substituait l’élevage de bœuf par des cultures agricoles, alors le gain de nourriture aurait un impact non négligeable.

Les pertes estimées sont également très importantes pour les autres grandes catégories d’aliments d’origine animale : 90% pour le porc, 75% pour les produits laitiers, 50% pour la volaille et 40% pour les œufs.

Favoriser les régimes à base de plantes plutôt que les régimes à base d’animaux moins efficaces peuvent potentiellement nourrir plus d’humains que l’élimination complète des pertes alimentaires conventionnelles. Cela vaut même pour les catégories de bétails les plus efficaces, les œufs et la volaille. Néanmoins, les deux stratégies de réduction des déchets alimentaires sont indépendantes et devraient être poursuivies en parallèle. Ensemble, la réduction des déchets et les changements diététiques pourraient offrir des gains substantiels de disponibilité alimentaire non négligeables en prévision de l’évolution démographique à l’échelle mondiale et en termes écologique.

Sources :
https://wis-wander.weizmann.ac.il/earth-sciences/food-waste-biggest-loss-could-be-what-you-choose-put-your-mouth
http://www.pnas.org/content/pnas/early/2018/03/20/1713820115.full.pdf

Rédacteur : Henri-Baptiste Marjault (henri.margault[a]mail.huji.ac.il), doctorant à l’Université hébraïque de Jérusalem

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