Ne faut-il dormir que d’un œil ?

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Israël | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
28 août 2018

Habituellement, quand nous rêvons, nous sommes convaincus que nos expériences se produisent réellement. Lors d’un rêve lucide cependant, nous sommes conscients pendant notre sommeil que nous rêvons. De temps en temps, beaucoup de personnes éprouvent spontanément des moments de lucidité, par exemple lorsque, pendant un cauchemar, on se rend compte que ce n’était « qu’un rêve ». C’est-à-dire que l’on a une prise de conscience qui permet souvent de se réveiller du cauchemar ou de changer de cap. Un phénomène, qui a gagné en popularité au cours des dernières années, est d’essayer de générer délibérément des rêves lucides chez les dormeurs, afin d’expérimenter des choses qui sont impossibles dans la vie éveillée, comme voler. Il existe des forums Internet consacrés au sujet et également des appareils sur le marché, qui éclairent ou émettent des sons qui signaleraient aux rêveurs qu’ils sont endormis.

Plusieurs études ont examiné l’utilité possible de la génération de rêves lucides pour réduire les cauchemars fréquents, avec des résultats mitigés. Ainsi, une étude récente de M. Liat Aviram et du Dr. Nirit Soffer-Dudek, du Département de psychologie de l’Université Ben Gourion du Néguev, a exploré en détails les aspects positifs et négatifs du rêve lucide chez 187 étudiants de premier cycle en psychologie. L’étude a découvert que le phénomène est devenu assez commun : plus d’un tiers de l’échantillon a déclaré avoir essayé de générer délibérément la lucidité au moins une fois. Cependant, l’étude soulève l’idée que malgré la popularité du phénomène et la notion courante que la lucidité est nécessairement liée à l’amélioration de la santé mentale, les gens peuvent parfois se causer du tort en essayant d’atteindre délibérément la lucidité.

Liat Aviram, un récent diplômé d’une maîtrise en psychologie clinique qui a étudié le sujet dans le laboratoire du Dr. Nirit Soffer-Dudek, dit que le simple fait de réaliser que vous rêvez, alors que le rêve est en cours, n’est pas lié à l’amélioration ou non de la santé mentale, mais plutôt au fait que les rêves lucides peuvent être positifs ou négatifs, selon leurs caractéristiques spécifiques.
Les aspects négatifs des rêves lucides peuvent être enracinés dans des frontières floues entre réalité et fantasme ou éveil et rêve. Les techniques de lucidité consistent à se demander à plusieurs reprises si l’on est éveillé ou en train de rêver, pendant la journée et la nuit, ainsi qu’à examiner empiriquement cette question (par exemple, vérifier si vous êtes capable de passer la main à travers un mur). Les chercheurs ont montré que le doute constant place l’individu dans une sorte de « zone grise » entre le réveil et le sommeil. L’étude a aussi montré que ceux qui avaient tenté d’induire la lucidité signalaient plus de problèmes de sommeil et de stress, ainsi que des sensations de « détachement » d’eux-mêmes par rapport au monde environnant (expériences dissociatives).

Les chercheurs ont même démontré que ces symptômes avaient tendance à augmenter au cours des deux mois suivant les tentatives de lucidité. Cette recherche est unique, car elle s’intéresse au risque que les rêves lucides peuvent présenter. Beaucoup de gens sont tentés d’atteindre un état de conscience altérée en atteignant la lucidité, mais il semble que cela puisse avoir un prix. Nous connaissons en effet, grâce à des centaines d’études, l’importance du sommeil pour le fonctionnement du corps, la santé et l’humeur.

Source : http://in.bgu.ac.il/en/pages/news/lucid_dreams.aspx

Rédacteur : Henri-Baptiste Marjault (henri.margault[a]mail.huji.ac.il), Doctorant à l’Université hébraïque de Jérusalem

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