Les odeurs, des acteurs essentiels dans les attirances sexuelles chez les souris

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21 septembre 2018

L’odorat, l’un de nos cinq sens, impacte nos émotions et peut nous influencer dans nos choix. Ce sens est d’une importance majeure dans le comportement social des animaux, notamment chez la souris. Les souris mâles sont attirées par l’odeur, en particulier par des signaux chimiques qui modifient le comportement, appelés phéromones, et qui sont libérés par les femelles. Des chercheurs de l’Institut Weizmann ont découvert comment un mécanisme de traitement des phéromones dans le cerveau détermine la préférence sexuelle des souris mâles, en d’autres termes les incite à préférer les femelles aux mâles.

Prof. Tali Kimchi, du département de neurobiologie de l’Institut Weizmann, s’est déjà intéressée aux liens qui existent entre les préférences sexuelles chez la souris et l’un des systèmes de détection d’odeurs, appelé organe voméronasal (VNO). Ce dernier a la particularité de ne répondre qu’aux phéromones. Ces substances chimiques émises par la plupart des animaux et certains végétaux, et comparables aux hormones, agissent comme des messagers entre les individus d’une même espèce. Elles transmettent aux autres organismes des informations qui influencent la physiologie et les comportements (sexuels, maternels, agressifs, etc.). Chez les hommes, cet organe sensoriel a perdu de son utilité, mais il continue à jouer un rôle essentiel dans les comportements de nombreux animaux.

L’équipe du Prof. Kimchi a montré que les souris mâles génétiquement modifiées ne possédant pas de VNO fonctionnel ne manifestaient aucune agressivité envers les autres mâles et présentaient des tendances à l’accouplement aussi bien avec les mâles qu’avec les femelles.
Attention, il ne s’agit pas d’insinuer que ces souris modifiées génétiquement soient incapables de distinguer les sexes, car, lorsque les mâles ont été conditionnés négativement envers les phéromones des femelles, ces souris ont commencé à éviter de s’accoupler avec les femelles, mais ont continué à avoir un comportement sexuel envers les mâles. Ces résultats suggèrent que, sans les phéromones captées par le VNO, les souris mâles pourraient facilement perdre l’intérêt pour les femelles.

Comment expliquer cette perte d’intérêt au niveau neuronale ? Comment la perte d’un organe influence le comportement social de ces souris ?
La réponse se trouve dans l’étude publiée dans le journal Cell Report par le Dr. Yamit Beny-Sehefer (doctorant du Prof. Kimchi) et d’autres membres de l’équipe du Prof. Kimchi.
Ces derniers ont montré que le circuit neuronal responsable de la préférence sexuelle des souris mâles active un mécanisme de récompense. Ce mécanisme commence par la libération de la dopamine, un neurotransmetteur, qui à son tour stimule un « centre de plaisir » appelé noyau accumbens.
Sans la présence de ce stimulus, les mâles n’étaient en aucun cas intéressés par les femelles. En comparant le comportement, ainsi que les niveaux de dopamine de mâles génétiquement modifiés ou non face à une femelle, les chercheurs ont observé que les niveaux de dopamine augmentent brusquement chez les mâles « contrôle », mais pas chez les souris modifiées.
Le comportement des deux groupes de mâles différait en conséquence. Les souris normales présentaient un comportement sexuel envers les femelles et un comportement agressif envers les mâles. Par contre, les souris modifiées ne présentaient presque aucune agressivité envers les mâles et étaient également sexuées envers les mâles et les femelles.

L’aspect intéressant de cette étude est la possibilité de recréer une préférence pour les femelles chez ces mâles non intéressés en manipulant le centre du plaisir. En utilisant une méthode permettant d’activer ou de désactiver des neurones grâce à un faisceau de lumière microscopique, les chercheurs ont pu directement stimuler la production de dopamine dans le fameux centre du plaisir.
Ils ont été placés à proximité des femelles quand le mécanisme de récompense était activé, créant un conditionnement positif. Après ce conditionnement, ces souris présentaient une préférence sexuelle marquée pour les femelles, similaire à celle des souris normales, bien qu’elles conservaient pour certaines un certain niveau d’intérêt sexuel pour les mâles et leur comportement envers les autres mâles restait non violent.

Après avoir établi le lien entre l’activation du « centre de plaisir » et la préférence sexuelle, les chercheurs ont étudié ce circuit neuronal plus en détails. Ils ont injecté dans le cerveau des souris non modifiées une molécule qui bloque les récepteurs de la dopamine dans le cerveau. Le blocage de ce circuit neuronal spécifique a éliminé la préférence sexuelle des mâles envers les femelles. Même environ deux semaines après le blocage, ces souris n’ont toujours pas montré de préférence pour les femelles.

Source : https://wis-wander.weizmann.ac.il/life-sciences/when-mickey-met-minnie-neural-reward-circuit-determines-sexual-preference-mice

Rédacteur : Henri-Baptiste Marjault (henri.margault[a]mail.huji.ac.il), doctorant à l’Université hébraïque de Jérusalem

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