Les bactéries, ces trouble-fêtes des thérapies anti-cancer

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Israël | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
24 janvier 2018

On le sait, le combat contre le cancer et la recherche de nouveaux médicaments sont des processus laborieux. Or, voici qu’un nouvel élément vient s’ajouter à l’équation du traitement contre le cancer, déjà difficile à résoudre : les bactéries. En effet, certaines élisent domicile au sein des tissus cancéreux et produisent des enzymes capables de neutraliser certains médicaments anti-cancéreux. Le microbiote a encore frappé.

Une nouvelle étude de l’institut Weizmann vient de rajouter une nouvelle cible à la guerre contre le cancer : les bactéries. Plus précisément, celles qui ont trouvé refuge au sein de tissus cancéreux et autres tumeurs. Plusieurs d’entre elles seraient en effet capables de neutraliser certains médicaments anticancéreux. C’est en tout cas ce que semble indiquer les travaux du Prof. Straussman et de son équipe de collaborateurs israéliens et américains publiés récemment dans le journal Science.

Tout a commencé par une observation : le médicament appelé gemcitabine est un traitement efficace contre le cancer du côlon. Toutefois, le traitement échoue parfois sans que l’on n’en connaisse les raisons. L’équipe du Prof. Straussman a donc cherché à élucider ce mystère. Les scientifiques ont commencé à travailler sur une culture de cellules du colon cancéreuses dont la source de la résistance à la gemcitabine était inconnue. Ils ont séparé les cellules du milieu de culture liquide et ont utilisé cet échantillon liquide pour cultiver de nouvelles cellules du colon cancéreuses non-résistantes. Le but étant de montrer que la résistance peut se transmettre et n’est pas issus des cellules elles-mêmes. Ils ont alors observé que cette culture de cellules cancéreuses devenait effectivement résistante à la gemcitabine. Il existait donc un agent inconnu présent dans ce milieu de culture qui induit la résistance, mais encore faut-il l’identifier.

La première piste des chercheurs a été d’observer que la fraction filtrée à travers un filtre de 0.45µm n’a provoqué aucune résistance. Ils en ont donc conclu que l’agent avait une taille supérieure à 0.45µm : à l’image d’une cellule ou d’une bactérie… Une analyse plus approfondie montrera qu’une bactérie de type Mycoplasma serait coupable. En effet, cette bactérie produit une enzyme de la famille des cytidine deaminase (CDD), capable de neutraliser la gemcitabine. L’équipe de l’Institut Weizmann a alors effectué tout un travail de criblage pour déterminer quelles CDDs peuvent neutraliser la gemcitabine, quels sont les gènes capables de produire ces CDDs, et quelles bactéries en sont dotées.

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Figure 1. Image schématique de notre intestin, recouvert de bactéries (Source : Biocodex www.microbiote-intestinal.fr)

Finalement, après avoir trouvé la source du problème, l’équipe israélo-américaine a cherché une solution en partant de l’hypothèse suivante : si le problème est issu de ces bactéries, leur élimination devrait diminuer voir lever la résistance des cellules cancéreuses à la gemcitabine. Différents tests in-vitro mais aussi chez la souris ont donc été effectués en injectant des antibiotiques capables de neutraliser les bactéries responsables de la résistance. Les résultats sont sans équivoque : la résistance est levée, et les cellules cancéreuses redeviennent sensibles au traitement à la gemcitabine.
Il s’agit donc non seulement d’une nouvelle étude qui pourrait contribuer à percer le secret de la résistance de certains cancers, mais également d’une solution qui pourrait entraîner la mise en place de nouveaux traitements alliant chimiothérapies et antibiotiques chez l’Homme.

Si nos bactéries étaient déjà sur la liste des facteurs causant des cancers, notamment des cancers colorectaux, il n’en reste pas moins que notre microbiote (l’ensemble des bactéries dont nous sommes l’hôte) peut aussi avoir un effet préventif, si l’on en prend soin. Il faut donc privilégier l’action ciblé (viser certaines bactéries) à l’utilisation de traitements antibactériens non-spécifiques (tels que les antibiotiques), comme c’est souvent le cas lorsque le microbiote est impliqué.
Cela démontre que nous avons encore beaucoup à apprendre de ces bactéries, composantes de notre microbiote.

Sources :
• Article sur le site de Weizmann :https://wis-wander.weizmann.ac.il/life-sciences/how-bacteria-hinder-chemotherapy
• Article sur Science : http://science.sciencemag.org/content/357/6356/1156
• Article décrivant le lien entre microbiote et cancer avec source à l’appui en fin d’article. https://www.pressesante.com/cancer-du-colon-faites-ami-ami-avec-les-bacteries-anti-cancer/

Pour en savoir plus :
• Site du Prof. Strassman : http://www.weizmann.ac.il/mcb/Straussman/

Rédacteur : Arthur Robin (arthur-robin[a]live.fr), Doctorant à l’Université de Tel Aviv

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