La fée électricité au secours des patients atteints de la maladie de Parkinson

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Israël | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
21 septembre 2018

Et si électrocuter des patients atteints de la maladie de Parkinson pouvait les aider à mieux se déplacer et atténuer certains de leurs symptômes ? C’est le pari d’une équipe de l’Université de Tel Aviv !

Une équipe de l’Université de Tel Aviv (UTA), dirigée par le Prof. Jeffrey Hausdorff de l’école Sackler de médicine (et directeur du centre des troubles moteurs du centre médical de l’UTA), a récemment publié un article scientifique décrivant l’utilisation de courant électrique pour atténuer les troubles moteurs de patients atteints de la maladie de Parkinson, tels que l’akinésie (voir « en savoir plus » en fin d’article). Composée également de la doctorante Moria Dagan, du Prof. Nir Giladi et du Dr. Tali Herman, affiliés à l’école Sackler ou au centre médical de l’UTA, cette équipe a travaillé en étroite collaboration avec l’école médicale d’Harvard, dont le Dr. Brad Manor, le Dr. Junhong Zhou et le Prof. Lew Lipsitz. Publiée dans le journal Movement Disorders, l’article titré en anglais « Multitarget transcranial direct current stimulation for freezing of gait in Parkinson’s disease » décrit comment l’utilisation de stimulations transcrâniennes à courant direct (STCD) peut atténuer les troubles moteurs des patients atteints de Parkinson et plus particulièrement les troubles altérant leur posture et leur marche.

Si l’utilisation de la stimulation transcrânienne à courant direct n’est pas une nouveauté en soi, les chercheurs de l’UTA ont choisi une approche différente. En effet, les études précédentes ont consisté à concentrer le flux électrique dans les zones du cortex moteur primaire, responsable du mouvement (donc la cible privilégiée pour les troubles moteurs). Ces études ont noté une nette amélioration de ces troubles après une série de traitements de ce type. Mais les chercheurs de l’UTA ont cherché à savoir si d’autres fonctions pourraient être à l’origine du problème, notamment la fonction exécutive. Ils ont donc élargi les zones traitées par STCD à d’autres zones du cortex, comme celles responsables de la fonction exécutive des mouvements moteurs.

Pour cela, ils ont appliqué les méthodes modernes dites d’études cliniques en double aveugle avec chirurgie placebo et plan d’étude croisé. Qu’est-ce que cela veut dire ? Ces éléments de langage sont communs aux études cliniques en médicine, mais aussi à d’autres domaines (sciences sociales, psychologie, etc.). Ils servent à valider les observations d’une étude. En effet, lorsque des expérimentations scientifiques sont réalisées, les chercheurs vont observer les effets de certains paramètres sur une variable de réponse, par exemple l’effet de la quantité de sommeil (paramètre) sur les capacités cognitives (variable de réponse). Malheureusement, en raison du fait que l’homme est conscient durant les expériences, il peut influencer le résultat de l’expérience sans que cela soit dû aux paramètres étudiés : dès lors, les résultats obtenus deviennent tronqués.
Pour éviter cela, les tests sont effectués aléatoirement en double-aveugle, c’est-à-dire que les différents paramètres sont appliqués aléatoirement aux patients et qu’ils ne savent pas quels traitements ils ont reçus (ils sont alors « aveugles »), mais c’est également le cas du médecin analysant les résultats (il est également « aveugle »).
De la même façon, l’utilisation de « placebo », permet de réduire l’effet du même nom. Ainsi, dans l’étude en question, l’effet placebo a été mesuré via l’utilisation de chirurgie placebo : les électrodes pour le traitement par STCD sont appliquées sur la tête du patient et un léger courant est appliqué pour que le patient ressente quelque chose sans que cela n’ait en fait aucun effet. Enfin, chaque patient a reçu chaque traitement dans un ordre aléatoire, afin de limiter l’effet du choix du patient sur les observations.

Les chercheurs ont donc traité 20 patients atteints de la maladie de Parkinson avec différents traitements, le traitement « classique » ne ciblant que le centre moteur, tandis que le traitement placebo et le traitement multi-cibles visaient le centre moteur et le centre de la fonction exécutive. Ils ont comparé l’effet de ces trois traitements sur trois symptômes quantifiant les troubles moteurs et cognitifs : la posture de marche et l’allure, le « lever-marcher » chronométré et l’effet Stroop (test de réaction et d’analyse où des mots en couleur sont montrés et où l’on demande notamment au patient de lire le mot ou d’en donner la couleur).
Ils ont observé que, comme prévu, le traitement placebo n’avait quasiment aucun effet sur ces trois paramètres, alors que le traitement ciblant le cortex moteur seul avait des effets bénéfiques à la fois sur la posture et l’allure, mais aussi sur le temps du test de « lever-marcher ». En revanche, seul le traitement multi-cibles a montré des effets positifs sur les performances lors du test de l’effet Stroop ainsi que la vitesse de marche.
Finalement, le traitement multi-cibles a montré de meilleurs résultats que le traitement visant le cortex moteur seul, confirmant que la causalité de tels troubles est plus complexe et que ce premier type de traitements est plus efficace que celui « mono-cible ».
Les avantages du traitement par courant direct réside dans le fait qu’il s’agit d’un traitement non-invasif, rapide, bon marché et qu’il est possible de l’appliquer hors d’un centre hospitalier.

S’il reste encore des zones d’ombre et des travaux à effectuer sur ce traitement, il se pourrait bien que la fée électricité apporte non seulement de la lumière, mais aussi quelques conforts aux patients atteints de la maladie de Parkinson.

Sources :
• Article sur le site de l’UTA (en anglais) : https://english.tau.ac.il/news/non_invasive_parkinsons
• Page Wikipédia de la stimulation transcrânienne à courant direct : https://fr.wikipedia.org/wiki/Stimulation_transcrânienne_à_courant_direct
• Article scientifique dans la revue Movement Disorders : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/mds.27300

En savoir plus :
• Site du centre médical des troubles moteurs de l’UTA : https://www.tasmc.org.il/sites/en/Research/Tech-Transfer/study-of-movement/Pages/CMCM.aspx
• Site de France Parkinson : https://www.franceparkinson.fr
• Page Wikipédia sur les études en double-aveugle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Étude_randomisée_en_double_aveugle
• Page Wikipédia sur les études croisées : https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_d%27étude_croisé
• Page Wikipédia sur l’effet Placebo : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_placebo
• Page Wikipédia sur l’effet Stroop : https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Stroop
• Page Wikipédia sur le test lever-marcher (en anglais) : https://en.wikipedia.org/wiki/Timed_Up_and_Go_test
• Page Wikipédia sur l’akinésie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Akinésie

Rédacteur : Arthur Robin, doctorant à l’Université de Tel Aviv

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