Je suis enceinte, je le sens dans mes tripes

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Israël | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
2 août 2019

Une récente étude de chercheurs de l’Université Bar-Ilan a démontré que les communautés de microorganismes vivant dans les voies digestives des femmes enceintes se modifient en réaction aux hormones de grossesse, un phénomène supposément impliqué dans le bon développement des nouveau-nés.

Notre corps est peuplé de milliards de microorganismes. Peau, cheveux, cœur, intestins, ils sont partout. Souvent qualifiées de flore, ces communautés sont spécifiques à chaque région de notre corps et à chaque individu. En effet, bien que nous partagions une base commune propre à l’espèce humaine, nos flores intestinales (ou microbiomes intestinaux) sont aussi diverses qu’il y a d’êtres humains sur Terre. Elles naissent avec nous et se modifient au cours de notre existence du fait de nos hormones, nos régimes alimentaires et nos modes de vie.

Découverts pour la première fois dans les années 1880 par le scientifique Theodor Escherich, nos connaissances sur leurs fonctions et sur les évènements évolutifs qui ont mené à leur incorporation dans notre organisme restent lacunaires. Pourtant, ils ont une importance fondamentale pour le bon fonctionnement de notre corps : digestion du gluten, obésité, schizophrénie, ulcères ; leur rôle dans notre santé n’est plus à prouver.

Des chercheurs de l’équipe du Prof. Omry Koren, de l’Université Bar-Ilan, sont allés encore plus loin en démontrant que l’abondance de certaines bactéries dans nos voies digestives augmente significativement au cours du troisième trimestre de grossesse sous l’effet de la production d’une hormone produite chez les femmes enceintes : la progestérone. Ce phénomène a d’abord été observé chez des femmes et des souris enceintes avant d’être confirmé par des manipulations hormonales chez la souris puis in vitro.

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Image. Schéma récapitulatif des contextes biologiques dans lesquels l’influence de la progestérone sur le microbiome a été observée (crédits : Meital Nuriel-Ohayon et al, 2019)

Parmi les quelques espèces microbiennes testées, les scientifiques ont noté la forte présence de Bifidobacterium, un microorganisme impliqué dans de multiples fonctions biologiques dont la digestion du lait maternel, la réduction de la prise de poids, la réduction des syndromes inflammatoires et l’amélioration de la réponse immunitaire dans le cas d’affections gastro-intestinales, respiratoires et génito-urinaires. Autant de fonctions remarquablement adaptées aux contraintes physiologiques que rencontrent les femmes enceintes dans leur dernier trimestre de grossesse et aux risques infectieux encourus par les nouveau-nés au sortir de l’utérus.

Ces résultats démontrent l’importance de l’interaction entre hormones et microbiome pour le bon déroulement de la grossesse ainsi que pour la survie des nouveau-nés. Ils ouvrent ainsi la porte à de nouvelles pistes de recherche dans le traitement de pathologies prénatales et l’amélioration des protocoles de fertilité. L’altération du microbiome maternel pourrait donc aider les mères à mener leur grossesse à terme ou améliorer la santé du fœtus dans le cas de grossesses à risques. S’il est difficile de dire exactement quels seront les applications médicales, le potentiel thérapeutique de ces avancées ne fait aucun doute.

Sources :

Rédactrice : Camille Bordes, doctorante à l’Université Bar-Ilan

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