La FDA autorise pour la première fois la mise sur le marché d’un traitement de thérapie génique aux USA

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16 octobre 2017

La thérapie génique consiste à modifier le génome en vue de prévenir, traiter ou soigner une maladie. Cette modification génomique peut être induite selon deux procédés :

  • par insertion directe d’un gène dans l’organe cible. Ce gène peut avoir une action thérapeutique, remplacer un gène défectueux ou encore réguler l’expression d’un gène altéré.
  • par injection de cellules contenant le gène thérapeutique. Cette technique consiste à prélever des cellules chez le patient malade, insérer le gène thérapeutique dans ces cellules avant de les faire se différencier, pour finalement les ré-introduire dans l’organisme. C’est sur cette technique que repose le Kymriah des laboratoires Novartis.
Les lymphocytes T sont récupérés chez le patient par aphérèse [1] (1). Ils sont ensuite modifiés génétiquement en laboratoire, afin qu’ils produisent à leur surface un récepteur spécifique CAR (Chimeric Antigen Receptor) (2). Une fois les lymphocytes reprogrammés génétiquement, leur mise en culture va permettre leur division et leur multiplication. Finalement, les nouveaux lymphocytes CAR-T sont re-transférés au patient (3).

La France a été pionnière dans le traitement par thérapie génique. En 1999, l’équipe d’Alain Fisher, Marina Cavazzana-Calvo et Salima Hacein-Bey-Abina, respectivement professeurs d’immunologie et d’hématologie à l’hôpital Necker (Paris) et chercheurs à l’Inserm ont expérimenté pour la première fois cette méthode pour traiter les « bébés bulles ». Neuf ans plus tard, 8 des 9 enfants traités en France sont guéris et mènent une vie normale.

Le Kymriah est seulement le 4ème médicament de thérapie génique à obtenir une autorisation de mise sur le marché dans le monde, après le Gendicine commercialisé uniquement en Chine depuis 2004, le Glybera, approuvé sur le marché européen en 2012 mais qui sera totalement retiré du marché en octobre 2017 [2] , et le Strimvelis, arrivé sur le marché européen en 2016. Il s’agit de surcroît d’une première sur le continent américain. Au-delà de ce fait historique, c’est l’aspect innovant et redoutablement efficace du Kymriah qui est intéressant. Jusqu’alors, les traitements anti-cancer incluaient chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie. Le Kymriah marque l’entrée en force de la thérapie génique, et de l’immunothérapie dans ce champ.

Le principe est le suivant : un prélèvement sanguin est effectué chez le patient atteint de leucémie (l’autorisation de la Food and Drug Administration concerne les leucémies aiguës lymphoblastiques [3] de l’adulte réfractaires à d’autres traitements), et les lymphocytes T (molécules impliquées dans la réponse immunitaire cellulaire) sont séparés des autres constituants du sang. Grâce à un virus désactivé, ces lymphocytes T sont modifiés génétiquement dans le but d’exprimer à leur surface des récepteurs appelés « récepteurs d’antigène chimérique » : ces récepteurs vont permettre aux lymphocytes T de reconnaître une protéine présente à la surface des cellules cancéreuses. En se liant aux cellules cancéreuses, les lymphocytes T génétiquement modifiés vont induire leur mort. Le traitement est appelé CAR-T pour « chimeric antigen receptor-T cells ».
Si les essais cliniques laissent entrevoir de beaux jours au Kymriah (le traitement s’effectue en une seule fois et a induit un taux de rémission de 83% dans l’étude pilote), il ne faut pas oublier pour autant que la thérapie génique n’est pas sans danger. Parmi les 19 « bébés bulles » traités au début des années 2000, plusieurs cas de leucémies ont été déclarés suite au traitement, entraînant notamment le décès d’un nourrisson en France. Ces problèmes, liés aux vecteurs viraux utilisés durant l’étude, devraient être minimisés ou absents avec les nouveaux vecteurs. Cependant, les traitements CAR-T induisent plus spécifiquement une libération non désirée de cytokines, des protéines intervenant dans la réponse immunitaire et pouvant entrainer une importante toxicité dans les conditions non physiologiques. Cet effet secondaire est d’ailleurs la cause de l’arrêt momentané de l’essai aux Etats-Unis du traitement CAR-T de la société française Cellectis.

Reste aussi le coût élevé du traitement (475 000$), qu’il faut toutefois comparer à celui du meilleur traitement existant, la greffe de moelle allogénique [4] , qui est plutôt supérieur.
Le secteur industriel autour de la thérapie génique et les filières de service associées se développent en France et aux Etats-Unis, tout comme dans le reste du monde.

De nombreuses sociétés se penchent comme Novartis sur l’ingénierie de lymphocytes T, qui pourrait être la voie majeure pour traiter d’autres types de cancers dans les années à venir.


Rédacteur :

  • Raphaël Dubois, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Los Angeles

[1L’aphérèse est une technique de prélèvement qui consiste à collecter les composants sanguins de manière sélective.

[2Le Glybera ne sera plus mis en vente à compter du mois d’octobre 2017 pour des raisons économiques. La demande étant trop faible, la société commercialisant le médicament, uniQure, a décidé de ne pas renouveller son autorisation de mise sur le marché.

[3La leucémie lymphoblastique aigüe est un type de leucémie qui se caractérise par la multiplication pathologique dans la moelle et le sang de cellules immatures appelées lymphoblastes.

[4Une greffe est « allogénique » si le donneur et le receveur sont deux personnes différentes. Lorsque le donneur est également le receveur, on parle de greffe autologue.

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