L’Administration Trump dévoile ses priorités en matière de recherche pour l’année fiscale 2020, et nomme enfin le directeur de l’Office for Science and Technology Policy

États-Unis

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États-Unis | Politiques de recherche, technologiques et universitaires
18 septembre 2018

Comme chaque année, l’administration américaine a publié un mémorandum [1] fin juillet, à destination des responsables des départements et agences fédérales, fixant les priorités en matière de recherche. Ce document a pour but de guider les agences dans la formulation de leurs demandes budgétaires pour l’année fiscale 2020 (qui débutera le 1er octobre 2019). Le budget présidentiel pour l’année fiscale 2020 devrait être dévoilé en Février 2019.

Ce document est signé par Mick Mulvaney, directeur de l’Office of Management and Budget, et Michael Kratsios, directeur adjoint de l’Office of Science and Technology Policy (OSTP) de la Maison Blanche. A la date de parution, et depuis l’élection de Donald Trump, l’OSTP n’avait toujours pas de directeur ; entre temps, comme nous l’avions annoncé [2], le Président avait choisi le météorologiste Kelvin Droegemeier, actuel vice-président pour la recherche à l’Université d’Oklahoma. Kelvin Droegemeier a reçu un accueil favorable à la fois des Républicains et des démocrates lors de son audition devant le Sénat le 23 août [3], et devrait donc être confirmé par un vote du Sénat entier prochainement.

Comme l’année précédente, le mémorandum insiste sur la nécessité de financer essentiellement de la recherche fondamentale ou de la recherche appliquée relativement amont. Huit grands domaines prioritaires sont identifiés dans le document. Trois figuraient déjà dans les priorités précédentes :

  1. Sécurité. Cela concerne aussi bien le maintien de la supériorité militaire des EU, que la capacité de résister aux catastrophes naturelles ou aux agents biologiques par exemple.
  2. Domination énergétique. L’accent est mis sur la nécessité d’accéder à des sources domestiques d’énergie propre, bon marché et fiable.
  3. Innovation médicale. Sont mentionnés ici la médecine personnalisée, les maladies peu investies par l’industrie pharmaceutique, la crise des opiacés, la santé des vétérans.

Cinq domaines sont nouvellement affichés en tant que priorités :

  1. Leadership en Intelligence Artificielle, technologies de l’information quantique et computing stratégique. L’accent sur l’intelligence artificielle avait déjà été pointé avec la mise en place récente d’un comité sur ce sujet [4].
  2. Connectivité et autonomie. Les points mentionnés sont le développement des réseaux 5G, des drones, des véhicules autonomes entre autres.
  3. Technologies de fabrication. Parmi les nombreux points mentionnés, le premier est la nécessité de préserver les emplois aux Etats-Unis en développant une nouvelle génération de techniques de fabrication.
  4. Exploration et commercialisation de l’espace
  5. Agriculture. Accent sur l’agriculture de précision, l’aquaculture, la sécurité des organismes modifiés par édition du génome.

Ce document ne va pas jusque dans le détail des projets à financer, mais il contient beaucoup plus de références à des domaines technologiques spécifiques que celui de l’année précédente, ce qui fait parler d’un certain « enthousiasme » à des analystes, ou du moins à une meilleure appréciation par l’Administration Trump du rôle joué par le financement fédéral de la recherche dans le développement économique [5].

Le mémorandum indique aussi quelques grandes aires de pratiques à soutenir de façon prioritaire :

  1. L’éducation, en insistant sur les STEM (science, technology, engineering, and mathematics), qui doit par ailleurs faire l’objet d’un plan stratégique fédéral sur 5 ans qui vient d‘être présenté lors d’un sommet [6].
  2. La gestion et la modernisation des infrastructures de recherche et développement.
  3. La coordination inter-agences et la recherche inter-disciplinaire.
  4. Le transfert de technologie du laboratoire vers les marchés.
  5. Les partenariats entre universités et industrie.

Le grand absent dans ce document est le changement climatique, qui n’était d’ailleurs pas non plus mentionné dans la version précédente. La nomination à la tête de l’OSTP de Kelvin Droegemeier, annoncée le lendemain de la parution du mémorandum, donne cependant un léger signe positif. Au cours de son audition devant le comité du Sénat sur le Commerce, la Science et les Transports, Kelvin Droegemeier, lui-même un expert des conditions météorologiques extrêmes, s’il a évité de réfuter clairement des arguments climato-sceptiques [7], a indiqué vouloir s’intéresser au climat, et a souligné que la science devait être conduite sans influence politique [8].


Rédacteur :
Jean Rosenbaum, Attaché pour la Science et la Technologie, Consulat Général de France à Los Angeles, attache-sdv.la chez ambascience-usa.org

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