Facebook recule face à la pression de la communauté Open Source

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16 octobre 2017

React est une bibliothèque JavaScript pour la conception d’interfaces utilisateurs interactives, créée initialement par Facebook pour son usage interne et placée en open source depuis 2014 sous licence BSD. Depuis quelques semaines, une polémique enflait autour de React, jusqu’à atteindre son point culminant la semaine dernière avec la décision de WordPress de ne plus l’utiliser.

React, une bibliothèque logicielle dédiée au développement d’interfaces graphiques pour le Web

La bibliothèque JavaScript React, présentée au public lors de l’évènement Facebook annuel en 2013, est une pile logicielle conçue pour apporter une grande flexibilité dans le développement d’interfaces graphiques dédiées au Web. La nouveauté du framework de développement est l’apport de concepts de la programmation traditionnelle dans le Web, en palliant les carences de JavaScript 5 concernant les paradigmes de programmation que le langage lui-même utilise.

La flexibilité offerte par React l’a progressivement fait gagner en popularité au sein de la communauté des développeurs de plateformes Web. Un très grand nombre de projets Open Source en sont devenus dépendants pour le développement des interfaces et de l’expérience utilisateur.

React et licence Open Source

Lors de sa sortie, le réseau social avait choisi la licence Open Source BSD (Berkeley Software Distribution License) qui permet aux développeurs de réutiliser tout ou partie du code source du logiciel libre enregistré sous cette licence. Créée par l’Université de Berkeley en Californie et au même titre que d’autres licences libres, la licence BSD n’impose pas de restrictions au développeur. En effet, elle ne spécifie pas de copyleft, n’obligeant pas le développeur à rendre publiques les modifications du code source qu’il effectue sur le logiciel. Il s’agit d’une licence très permissive pour le développeur qui peut utiliser le code source dans des applications propriétaires comme Apple a pu le faire avec des composants venant du système d’exploitation libre FreeBSD.

L’utilisation de cette licence particulière a permis à Facebook de diffuser massivement sa bibliothèque logicielle et de s’appuyer sur une communauté Open Source dynamique participant à l’amélioration de la pile logicielle Open Source. L’adoption de React a été grandement facilitée par des termes d’utilisation simples et permissifs compatibles avec une exploitation commerciale des logiciels développés en l’utilisant. Ainsi, le framework graphique est utilisé par des projets Open Source comme Wordpress mais également par des sociétés telles que Netflix, Yahoo, Airbnb, Sony, Atlassian et bien sûr Whatsapp, Instagram et Facebook.

Changement de licence au mois d’août

La question des licences d’utilisation du code open source n’est pas triviale, surtout lorsque l’éditeur est une entreprise privée. Il est parfois difficile de concilier les intérêts commerciaux d’une entreprise avec les principes défendus par les fondations qui structurent les communautés Open Source. Pour se prémunir d’éventuelles tentatives de récupération par des trolls de brevets, Facebook a décidé de changer la licence de sa bibliothèque, d’une licence BSD à une licence BSD+Patents. Cette dernière licence, créée par le réseau social et dérivée de la licence BSD pour la majorité des termes d’utilisation et de diffusion, inclut des clauses protégeant Facebook : si un utilisateur de React venait à accuser Facebook d’avoir violé un copyright alors il ne serait plus autorisé à avoir recours à l’exploitation du produit protégé par cette licence.

La réaction de la communauté Open Source

Bien que la démarche de la firme de Palo Alto pour se protéger soit compréhensible, cette liberté prise avec les grands principes de l’open source a entraîné une réaction de la part de la communauté des développeurs ainsi que des fondations qui gèrent ces licences. Ainsi, la fondation Apache a placé cette licence dans la catégorie X, qui recense les licences interdites pour les projets Open Source membres de cette fondation.

Les réactions de la communauté des développeurs ne se sont pas fait attendre, certains tentant de contacter directement le service en charge de l’ingénierie chez Facebook pour les faire changer de licence, d’autres allant jusqu’à se détourner de l’utilisation de la bibliothèque tant que la licence ne serait pas revenue à une licence autorisée par les fondations Open Source.

Retour en arrière

A la suite de la décision prise par la fondation Apache de ne pas autoriser ce type de licence pour les projets de ses membres, Automattic, entreprise qui édite le CMS Wordpress, a annoncé que la plateforme de blogging n’utiliserait plus React. Durant le mois d’août, Facebook restait ferme face aux réactions de la communauté, faisant face à la multiplication des annonces d’éditeurs déclarant abandonner l’utilisation du framework pour le développement des interfaces graphiques de leurs produits.

Les annonces de la communauté, de la Fondation Apache et de grands éditeurs, tous grands contributeurs de l’écosystème qui s’est créé autour de React, ont mis le réseau social sous pression. Facebook a fini par céder et annoncé, par l’intermédiaire d’un communiqué de presse, que dès la livraison de la prochaine version de la bibliothèque, les projets React, Jest, Flow et immutable.js, existant dans le même écosystème, verraient leurs licences évoluer vers la licence MIT qui présente les mêmes caractéristiques que la licence BSD (logiciel libre, Open Source et sans copyleft, compatible avec l’utilisation propriétaire).

La marche arrière de Facebook montre que la communauté et les fondations Open Source sont dynamiques et que leurs opinions peuvent avoir un impact sur la stratégie « logiciel libre » d’une entreprise privée. Une bataille remportée par les partisans du logiciel libre pour défendre l’artisanat collectif du Web.

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Rédacteur

  • Marc-Emmanuel Perrin, Attaché adjoint pour la Science et la Technologie, San Francisco

Sources

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