L’ibuprofène à fortes doses altère la production de testostérone

Danemark

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Danemark | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
2 février 2018

Selon une étude franco-danoise récente, la prise à fortes doses d’ibuprofène chez de jeunes hommes entraine un déséquilibre hormonal qui peut être à l’origine de troubles de la reproduction. Cette situation résulte des effets négatifs de l’ibuprofène sur la production de testostérone et de deux autres hormones testiculaires. Ce phénomène, connu sous le nom d’hypogonadisme compensé, s’observe généralement chez les hommes âgés et concerne environ 10 % des individus de cette classe d’âge. D’après Christèle Desdoits-Lethimonier, ingénieure de recherche de l’université de Rennes 1, les populations d’hommes qui prennent de façon continue de l’ibuprofène, comme les sportifs de haut niveau, sont susceptibles d’altérer leur condition physique, d’hypothéquer leur santé reproductive et psychologique.

L’ibuprofène est un anti-inflammatoire non stéroïdien en vente libre dans de nombreux pays, sous de nombreuses appellations (Advil, Antarène ou Nurofen, etc.). Dans une précédente étude, les chercheurs avaient déjà mis en évidence que la prise d’antalgiques légers (aspirine, paracétamol, ibuprofène) par la femme enceinte pendant les deux premiers trimestres de la grossesse présentait un risque d’infertilité chez le petit garçon.

Dans cette nouvelle étude, les chercheurs ont administré 1 200 milligrammes d’Ibuprofène par jour à 14 hommes pendant 6 semaines, puis comparé leur taux d’hormones à celui d’un second groupe sous placebo. Au bout de 14 jours, les hommes traités à l’Ibuprofène présentaient un taux de testostérone dans le sang normal, mais un taux d’hormone lutéinisante (l’hormone stimulant la production de testostérone) très élevé, ce qui traduit un dysfonctionnement de la production de testostérone par les testicules.

« Le but n’est pas d’alarmer la population. Il est de dire que des hommes jeunes, qui prennent beaucoup d’ibuprofène sur de longues périodes, méritent de savoir que cela provoque des déséquilibres hormonaux », a expliqué à l’AFP Bernard Jégou, directeur de recherches à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM [1]).

Bernard Jégou est lauréat du programme IFD Science 2014, programme de soutien à la coopération scientifique franco-danoise financé par l’Institut Français du Danemark.

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[1] L’INSERM est un établissement public à caractère scientifique et technologique, dédié à la recherche biologique, médicale et à la santé humaine. Il s’agit de la 1ère institution académique de recherche en Europe dans le domaine biomédical et du 9ème organisme public le plus innovant au monde (classement Thomson-Reuters 2016)
[2] Danish Headache Center, Department of Neurology, Rigshospitalet, University of Copenhagen
[3] Université de Rennes I, Institut national de la santé et de la recherche médicale, École des hautes études en santé publique, Institut de recherche en santé, environnement et travail


Pour en savoir plus :

David Møbjerg Kristensen [2], [3], Christèle Desdoits-Lethimonier [3] et al. (2018), “Ibuprofen alters human testicular physiology to produce a state of compensated hypogonadism”, Proceedings of the National Academy of Sciences.

Sources annexes :

« Attention à la prise soutenue d’ibuprofène chez l’homme », Inserm, 8 Janvier 2018,

« Ibuprofène : danger sur la testostérone ? », Pour la science, 22 Janvier 2018

« L’ibuprofène mis en cause pour troubles de la fertilité masculine », Génétique, 10 Janvier 2018

« Ibuprofen kan skade mænds hormonsystem », Videnskab.dk, 8 Janvier 2018

« Populær medicin kan forstyrre unge mænds hormoner », Danmarks Radio, 9 Janvier 2018


Auteurs : Pierre Leprince (plp[a]institutfrancais.dk), Nathalie Avallone (na[a]institutfrancais.dk)

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