Les Canadiens s’interrogent sur la liberté d’expression scientifique

Canada

Brève
Canada | Politiques de recherche, technologiques et universitaires
28 juin 2018

Le gouvernement de Justin Trudeau s’est engagé à soutenir la liberté d’expression scientifique auprès des médias et du grand public. Pourtant 53% des scientifiques financés par des fonds fédéraux s’estiment limités dans la diffusion de leurs résultats de recherche. Même si ce chiffre est en baisse depuis 2013 et le gouvernement Harper, ces scientifiques canadiens pensent qu’il reste trop élevé, et qu’il pourrait avoir des conséquences néfastes pour l’intérêt général.

Selon un sondage mené par le PIPSC (Professional Institute of the Public Service of Canada), 53% des scientifiques financés par des fonds fédéraux ne se sentiraient pas libres de communiquer sans restriction les résultats de leurs recherches. Même si ce taux est en baisse par rapport à celui annoncé en 2013 sous le gouvernement de Stephen Harper (il s’élevait alors à 90%), il resterait toujours inacceptable selon Mme Debi Daviau, la présidente du PIPSC. Le problème serait sérieux, puisque les scientifiques indiquent faire face au dilemme de choisir entre leur carrière et l’intérêt public.

Comment comprendre un tel sentiment de restriction de la parole scientifique ? Ces 53% peuvent paraître en effet étonnant, puisque le gouvernement Trudeau a déclaré vouloir soutenir la liberté d’expression des scientifiques. Navdeep Bains, ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique au Canada, a affirmé quelques semaines après avoir pris ses fonctions que les scientifiques pourraient faire connaître leurs recherches aux médias et au public librement, et sans l’approbation préalable de leur hiérarchie.

La pression exercée par cette hiérarchie serait la cause principale des restrictions, selon les résultats du sondage. En effet :

  • 20% des scientifiques se sentiraient limités par des membres de l’équipe de travail (contre 37% en 2013)
  • 40% seraient limités à cause d’une ingérence politique (contre 71% en 2013)
  • 29% déclarent que les résultats de leurs recherches sont partiellement tronqués avant d’être diffusés (contre 48% en 2013)
  • 23% pensent que cette limitation peut avoir des conséquences négatives sur l’intérêt public, retardant les progrès qui auraient pu être fait dans les domaines de la santé et du développement durable (contre 48% en 2013).

Même si on peut constater une amélioration depuis 2013, un chiffre n’a pas changé entré les deux sondages : 89% de scientifiques affirmeraient qu’il faudrait renforcer la protection des lanceurs d’alerte. Une législation assurant la défense de ces lanceurs d’alerte et promouvant la liberté d’expression pourrait alors être une solution majeure à ce problème.

Le ministre Navdeep Bains reste toutefois optimiste : le gouvernement Trudeau a engagé un vrai changement. Il faut seulement du temps pour que de nouvelles mesures soient pleinement effectives. Les progrès observés entre 2013 et 2017 en annoncent alors d’autres à venir.

Sources :
Science Mag 21 février 2018

CBC News 21 février 2018

Rédacteur :
Lou Lemoine, Stagiaire au Service de Coopération Scientifique et Universitaire du Consulat Général de France à Vancouver.

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