Une stratégie nationale pour la filière hydrogène

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Australie | Politiques de recherche, technologiques et universitaires | Science de la terre, de l’univers et de l’environnement : énergie, transports, espace, environnement
26 mars 2019

Suite au rapport « L’hydrogène pour le futur de l’Australie » présenté en août 2018 aux membres du COAG, le conseil des gouvernements fédérés australiens, le Chief scientist Alan Finkel, chargé de conseiller le gouvernement australien sur les questions de stratégie scientifique, a présenté en décembre 2018 les éléments d’une stratégie nationale pour la mise en œuvre de la filière hydrogène.

Ce rapport rappelle les bénéfices économiques que le développement d’une filière hydrogène australienne pourrait avoir pour le pays (1.7 milliards de dollars et 2800 emplois d’ici 2030), ainsi que les avantages compétitifs de l’Australie (infrastructures et expertise pour l’export déjà en place, proximité et relation avec le marché asiatique, grande capacité de production d’hydrogène propre ou renouvelable).

  • Un partenariat gouvernement-industrie :

Ce rapport défend un partenariat gouvernement-industrie, dans lequel le gouvernement soutiendrait le développement de la filière par des accords commerciaux, des garanties à l’exportation, et des subventions, mais l’activité commerciale serait menée par des investissements et des expertises privés. Ce partenariat pourrait permettre le partage des risques sur les investissements en R&D pour favoriser l’émergence de nouvelles technologies, mais aussi, lors de leur développement à plus grande échelle, sur les investissements dans les infrastructures nécessaires afin d’assurer leur pertinence, et leur alignement au marché national et international. Ce partenariat faciliterait également l’engagement et l’acceptation de la société, en construisant des normes répondant aux attentes du public, et en assurant plus de transparence et de communication sur les retombées économiques attendues.

  • Une stratégie nationale :

Le rapport rappelle que de nombreux projets de développement de la filière hydrogène sont en cours, mais insiste sur le fait que l’Australie doit coordonner le secteur à l’aide d’une stratégie nationale permettant une meilleure collaboration et cohérence des différentes activités, une gouvernance claire, ainsi qu’une feuille de route pour le développement de la filière. Ces conditions sont nécessaires pour assurer la position australienne de fournisseur incontournable d’hydrogène auprès de ses partenaires potentiels.

  • Les principes soutenant une stratégie nationale :
    • L’ambition : l’Australie doit mener une stratégie ambitieuse de développement de la filière hydrogène si elle veut rester compétitive et maintenir sa place de puissance exportatrice d’énergie. Elle doit prendre des mesures pour aider les industries à s’adapter aux évolutions du marché.
    • La sécurité et le souci du client : la réglementation doit favoriser la sécurité et les avantages pour les consommateurs de fin de chaîne afin d’assurer l’acceptation du public tout en fournissant des prix, des volumes et des procédés de production correspondant aux attentes des consommateurs d’hydrogène.
    • Des objectifs clairs : afin d’activer la croissance industrielle, les mesures prises par le gouvernement doivent avoir des objectifs clairs et cohérents (un prix de production, ou un volume d’exportation à atteindre pour une certaine date). L’atteinte de ces objectifs serait un indicateur de succès permettant au gouvernement de laisser le marché prendre le relai.
    • Le partenariat gouvernement-industrie : la stratégie pour l’hydrogène doit être portée par les industries autant que le gouvernement, et leurs rôles respectifs doivent être clairement articulés.
    • La neutralité technologique : le développement d’une industrie de l’hydrogène saine repose sur la compétition, et les mesures stratégiques ne doivent pas favoriser une technologie par rapport à une autre.
    • L’enjeu commercial : la filière hydrogène doit être économiquement viable. Les mesures prises doivent clairement conduire à une industrie autonome.
    • Des bénéfices pour tous les Australiens : la stratégie doit assurer une bonne répartition des retombées économiques, et assurer des prix minimums, tant à l’exportation qu’à l’intérieur du pays.
    • Le respect de l’environnement : La stratégie doit être cohérente avec une gestion durable de l’environnement, et doit tenir compte des obligations internationales de l’Australie, en particulier sur les émissions de gaz à effet de serre, la disponibilité de l’eau et l’environnement.
  • Les composantes d’une stratégie nationale :

La priorité pour le développement de la filière hydrogène doit être l’exportation, afin de s’emparer du marché asiatique. Le pays doit considérer ses options concernant les infrastructures de soutien à une exportation d’ampleur (adaptation des infrastructures existantes, évaluation des changements de régulation nécessaires, soutien à des projets pilotes, partage des risques sur l’investissement entre gouvernement et industrie…).
Le développement d’un marché national de l’hydrogène sera plus facile et moins cher s’il vient lorsque la filière exportation est en place. La stratégie nationale devra alors considérer des mesures favorisant l’utilisation de l’hydrogène pour la dé-carbonisation du gaz naturel, le transport (station de ravitaillement, véhicules lourds, …), la fiabilité du réseau électrique et les procédés industriels.
Un certain nombre d’enjeux transversaux doivent également être pris en compte : l’impact de l’industrie de l’hydrogène sur la disponibilité en eau et sur l’environnement, la sécurité et la répartition des bénéfices économiques, la R&D et l’innovation, la mise en place de régulations et de standards, de labels, l’accès aux chaînes d’approvisionnement mondiales, le financement, ou la main d’œuvre et les compétences… Enfin, l’idée de ‘ville hydrogène’, où l’intégration de l’hydrogène serait maximisée dans tous les secteurs en remplacement du pétrole, diesel et gaz naturel, doit être explorée, avec l’identification de sites candidats, et l’étude des voies possibles pour l’adoption de ce modèle.

  • Projets pilotes :

De nombreux projets de R&D dans le secteur sont soutenus au niveau fédéral et étatique, parmi lesquels le rapport souligne trois projets phares :

    • En partenariat avec le Centre de Recherche Collaborative pour les carburants du futur (Future Fuels CRC), l’Australie met en place les standards techniques et les régulations nécessaires à l’intégration de 10% d’hydrogène dans le réseau de gaz de ville.
    • Le pays se met en capacité de construire des stations de ravitaillement en hydrogène pour les transports lourds (standards techniques et régulations inclus) en partenariat avec la co-entreprise Hydrogen Mobility Australia’s Lighthouse.
    • L’Australie se rapproche de ses principaux partenaires commerciaux pour renforcer son profil de fournisseur potentiel.
  • Gouvernance et consultation :

Le rapport suggère la formation d’un groupe de travail qui devrait assurer la coordination du secteur et sa stratégie de développement. Ce groupe de travail devrait inclure des représentants des acteurs et des experts pertinents pour le développement de cette filière hydrogène.
Leur étude devra être alimentée par la consultation d’un grand nombre d’acteurs tels que gouvernements, consommateurs, organismes de planification des infrastructures et des réseaux énergétiques, investisseurs, centres de croissance industrielle, chercheurs dans les technologies de l’hydrogène, CSIRO, entreprises et associations en relation avec les ressources, l’énergie ou les transports, ou encore les organismes internationaux impliqués sur les questions de l’hydrogène et de l’énergie…

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