La santé du futur 

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Australie | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie | Médecine individualisée
25 octobre 2018

Le CSIRO vient d’éditer une étude stratégique sur l’évolution du système de santé australien, avec pour objectif de passer d’un système de traitements, identique pour tous, à un système de prévention et de gestion de la santé, adapté à chacun. Les conditions de mise en place d’un système global de santé numérisé sous-tendent ce rapport.

Le système de santé australien doit faire face à certains défis grandissants ou émergeants.

Avec une population vieillissante, un style de vie sédentaire et un régime alimentaire moins sain, le pays doit faire face à l’évolution du profil de santé de sa population, avec une augmentation des soins aux personnes âgées, des maladies chroniques (diabète, obésité, cardiopathie…) et des maladies mentales, mais aussi la progression des désordres neurodégénératifs, et l’évolution des cancers. De plus, la mondialisation, l’urbanisation et le changement climatique, entraînent de nouveaux risques bio-sécuritaires, mais également des risques liés aux changements des conditions de l’air, de l’eau ou du cycle saisonnier (maladies respiratoires, allergies, problèmes de production alimentaire, déplacements de populations…).
Le système de santé australien souffre également d’inégalités d’accès aux soins, de fractionnements entre secteurs public et privé, état fédéral et états fédérés et différents services médicaux, et doit réfléchir à l’établissement d’un modèle de financement pérenne et juste.

Vers un système de prévention et de gestion du bien-être :

  • Plus de latitude sur la gestion de leur santé pour les usagers :

La mise en place de plateformes de santé donnant des informations sûres au public, mais aussi le développement d’outils d’évaluation des services médicaux qui intègrent les données objectives relatives aux performances des cliniciens et des équipements médicaux, ou encore le développement d’applications robustes pour la vérification de symptômes, devraient permettre de guider les usagers vers le service médical de qualité dont ils ont besoin. Les prix constituent également un enjeu pour les patients, et les soins les plus communs (dentiste, opticien, physiothérapie) devraient afficher des prix standardisés.

Le développement de la télémédecine, dans les zones isolées mais aussi urbaines, devrait en outre permettre une meilleure efficacité du système, un moindre coût, et un suivi plus facile des soins, tout en impliquant les patients dans la gestion de leur suivi médical. Pour favoriser l’adoption et le développement de la télémédecine, le rapport du CSIRO propose de former les professionnels de la santé à ses plateformes, d’établir des incitations financières pour les patients, et de communiquer sur la précision et l’efficacité des applications pour téléphonie mobile et des appareils de surveillance médicale opérés par le patient. L’utilisation et le développement d’applications pour téléphonie mobile devrait être encouragés, en particulier celles guidant le patient vers un mode de vie plus sain.

  • Réduire les inégalités :

Certaines communautés australiennes, issues de milieux socio-économiques défavorisés, aborigènes ou isolés géographiquement par exemple, souffrent d’un manque d’accès aux services médicaux, ou de lacunes dans leurs connaissances médicales ou numériques. Des solutions spécifiques d’éducation, et d’accès aux informations et aux soins médicaux sont nécessaires pour les intégrer dans le système de santé. Ces solutions doivent être le résultat de recherches poussées sur les besoins spécifiques des communautés concernées, et devraient s’accompagner d’incitations financières, afin d’être facilement adoptées. L’intégration de ces communautés permettrait en outre une meilleure représentation de ces groupes minoritaires dans les données des patients.

Pour les populations aborigènes et des îles du détroit de Torres, la barrière culturelle est un obstacle important. Les applications de santé personnalisée pour téléphonie mobile deviennent compliquées à utiliser lorsqu’une famille entière partage le même téléphone. Les initiatives favorisant l’accès à l’éducation en matière de santé, aux informations de prévention et de comportements, etc. doivent être développée conjointement avec les communautés concernées, qui pourront en retour partager leurs connaissances et leurs liens à la terre et l’environnement.

  • Bénéficier pleinement de la numérisation des données :

Des changements de comportements de tous les acteurs de la santé sont nécessaires afin de permettre la numérisation du système de santé.

La mise en place de mécanismes d’enregistrement des données doit assurer la simplicité d’utilisation, l’inter-connectivité, l’éthique des pratiques, et la compréhension de leur fonctionnement. En effet, si les plateformes numériques de santé se multiplient, 60% des Australiens entre 15 et 74 ans n’ont pas les connaissances médicales, ou technologiques suffisantes pour utiliser un outil de santé numérique ou l’interpréter correctement. Des recherches sur les moyens d’obtenir l’adhésion des professionnels et des patients sont à mener, en particulier concernant le partage et la confidentialité des données. De plus la sécurité contre le piratage des outils numériques de santé doit être renforcée.

Afin de pouvoir pleinement bénéficier d’une base de données médicale, il faut assurer son interopérabilité, c’est-à-dire la compatibilité des données avec différents systèmes technologiques afin d’élargir les possibilités d’utilisation ou de gestion de ces données par les patients et les professionnels. Cette interopérabilité permettra aux usagers un suivi médical d’un état à l’autre, ou d’un service de santé à l’autre, voire à l’international.

  • Soutenir les solutions de médecine intégrée et de médecine de précision :

Un système intégré devrait permettre des soins plus coordonnés, personnalisés et efficaces, et serait particulièrement pertinent pour les patients atteints de maladies chroniques ou complexes. Le rapport préconise de développer les essais de médecine intégrée, en particulier sur les zones rurales où ils seraient plus simples à mettre en œuvre. Des études de stratifications des cohortes d’usagers devraient déterminer les meilleurs soins nécessaires à chacun, et établir les tests et procédures pouvant être faits en dehors des hôpitaux. Le rapport encourage également à continuer les études sur le dosage public/privé, soin/prévention, sur la gestion des données et le partage des ressources pour mettre au point un modèle évolutif du futur système de santé.

Le modèle de financement devrait passer d’un système de paiement pour un service médical à un système tenant compte des bénéfices sur la santé par rapport aux dépenses réalisées ayant conduit à ces bénéfices. Ce modèle permettrait de favoriser la prévention, et l’information du public, peu coûteuses, au détriment des frais pour traitement de maladies. Ce système conduirait à la diminution du volume d’admissions dans les hôpitaux publiques, mais sa mise en place est complexe, et doit s’accompagner d’outils tels que programmes d’éducation, arrangements financiers, développement de main d’œuvre et d’infrastructure… Le CSIRO propose de mettre en place des programmes de test et des partenariats recherche-service de soins pour identifier les leviers d’un tel modèle.

Associer les données médicales, environnementales et de style de vie avec les outils d’analyse prédictive devrait aider à déterminer le profil de santé et les risques des usagers, ou à guider les décisions de soins préventifs. Le CSIRO propose d’affuter les outils disponibles tels que les données génétiques et biologiques, les bio-traceurs, et les outils d’analyse pour les adapter à une meilleure prévention médicale.

Enfin, le rapport souligne que les professionnels de la santé devront être formés pour le passage d’une médecine de soin à une médecine préventive qui implique l’interprétation de données massives, et leur traduction en soins, mais aussi le transfert de compétences technologiques dans des domaines critiques comme la génomique ou la médecine numérique.

  • L’intégration à l’international :

Le secteur des services de santé bénéficierait d’une ouverture à l’international avec des collaborations mondiales dans des domaines tels que la biosécurité, mais aussi avec l’association à des fournisseurs de soins à l’étranger ou à des géants technologiques tels qu’Apple, Google ou IBM. Le pays doit développer ses propres compétences dans les domaines de la santé numérique ou de la médecine de précision, qui mettraient à profit ses capacités de recherches médicales et de sécurisation de données. Enfin, le pays doit réfléchir à créer des moyens plus efficaces de mettre sur le marché ses solutions de gestion de la santé, afin d’attirer les investissements étrangers. Les capacités d’essais cliniques et une régulation plus agile des solutions de santé numérique émergentes sont autant de voies à explorer.

L’évolution du système de santé australien se heurte encore à certaines résistances au changement, et aux méconnaissances des technologies numériques qui lui sont associées, mais aussi à des questions éthiques concernant par exemple les risques de discrimination découlant de l’explosion des données de santé sur les individus, l’impact de l’évolution numérique du système de santé sur les liens des individus avec la société, la responsabilité des décisions aidées par intelligence artificielle, ou encore la gestion des données de santé, dont génétiques, en rapport avec la diversité culturelle de la population…

Lire le rapport du CSIRO

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