Les Teknoparks : zones de développement technologique

Turquie

Actualité
Turquie | Politiques de recherche, technologiques et universitaires | Horizon 2020 : innovations et progrès techniques
18 juin 2015

Les zones de développement technologique en Turquie sont des moteurs de la compétitivité. Créés dans le cadre de politiques publiques volontaristes, ils sont le reflet du dynamisme du pays en matière d’innovation et de R&D.

Dynamisme de l’investissement en R&D

La part du PIB turc accordée à l’investissement en R&D augmente régulièrement depuis 10 ans. Elle était de 0.95% en 2013 (2.2% en France, et 2.06% en Europe en 2012) ; elle est passée à 1.02% en 2014. Depuis 2010, elle a augmenté de 21%. Elle a ainsi atteint 22 milliard, 805 millions de TL soit un peu moins de 8,4 milliards de dollars. La Turquie vise 3% de la part du PIB turc en 2023, centenaire de la République turque.

Augmentation de la part du PIB accordée aux activités de R&D en Turquie jusqu’en 2013 :

Illust: Crédits : Turkstat, 53.9 ko, 1577x837
Crédits : Turkstat et TUBA

Le modèle teknopark

La politique de création de clusters appelés teknoparks (en anglais) ou teknokents (en turc) s’inscrit dans une stratégie d’investissement volontariste de politique publique similaire à celle française des pôles de compétitivité. A ceci près que la plupart des 59 teknoparks, zones de développement et de transfert technologique, sont hébergés par les universités publiques ou de fondation (privées). Ils regroupent des centres d’excellence, des incubateurs et des entrepreneurs.
La plupart des teknoparks ont développé différents dispositifs favorisant le transfert technologique. S’ajoutent à ces programmes, des pré-incubateurs et incubateurs ayant vocation à soutenir la création de startups et d’aider de jeunes entreprises à mûrir leur projet.

Avec un rythme régulier de 3 à 5 teknoparks ouverts chaque année, la Turquie est passée de 2 teknoparks en 2001, date d’entrée en vigueur de la loi sur les Zones de Développement Technologique, à 59 en 2015 (44 sont actifs). Pour chaque teknopark, l’Etat prend en charge 75% des frais liés au personnel et à la consommation énergétique. Il prend également en charge, les 3 premières années qui suivent la création du teknopark, 50% de la dette bancaire contractée par l’université à l’initiative du projet et subventionne à hauteur de 5 millions de livres turques maximum l’achat de matériel industriel.

En dépit des aléas dus aux conflits frontaliers, la Turquie espère attirer les investisseurs étrangers. Il est à noter que les investissements étrangers sont passés de 7 millions de USD (5 millions d’€) en 2004 à 91 millions en 2013 (66 millions d’€).

Un développement territorial encore inégal

Le dernier classement (2013) publié par le Ministère des Sciences et de l’Industrie classe METU Teknopark de l’université technique du Moyen-Orient à Ankara (57,39 points) et ITÜ Ari Teknopark de l’Université Technique d’Istanbul (54,56 points) comme étant les deux meilleurs teknoparks. En effet, la quasi-totalité des parcs technologiques d’Istanbul et d’Ankara figurent dans la première moitié du classement.
Ce classement a été effectué selon des critères définis comme suit :

  • Subvention accordée par l’Etat et autres aides financières apportées par les investisseurs privés (20% de la note finale)
  • Poids et efficacité de la recherche-développement (25% de la note)
  • Exportations réalisées (20% de la note)
  • Part de la propriété intellectuelle, nombre de brevets obtenus (15% de la note)
  • Accélération de transfert technologique (8% de la note)
  • Coopération entre les universités et les entreprises (12% de la note)

6 teknoparks à Istanbul : ITÜ Ari Teknopark de l’Université Technique d’Istanbul (2ème- 54,56 points), GOSB (Zone Industrielle de Gebze) Teknopark (9ème - 40,57), Tübitak MAM (Centre de Recherche de Marmara) à Kocaeli (10ème - 40,45), Yıldız Teknik (11ème -39,62), Université du Bosphore (12ème - 38,61). A noter, la faible performance de l’Université d’Istanbul, (23ème - 29,65) due à la prédominance des sciences humaines et sociales dans cette université.

5 teknoparks à Ankara : METU Teknokent, de l’université technique du Moyen-Orient (1er - 57,39 points), l’université de Gazi (4ème - 48,87 points), l’université de Bilkent Cyberpark (5ème - 48,75), l’université d’Hacettepe (13ème - 37,14), l’université d’Ankara (16, 35,33).

La forte concentration de teknoparks dans les grandes villes peut être pondérée par la présence de teknoparks actifs dans des villes moyennes en raison de la forte implication des pouvoirs publics et d’une réelle politique d’aménagement du territoire.

Le teknopark Bati Akdeniz est localisé à Isparta (Sud-Ouest), il est 2ème avec 54,56 points. Isparta (250 000 habitants) est la ville de l’ancien Premier Ministre et homme politique Süleyman Demirel, elle a bénéficié de nombreux investissements.

Le teknopark de Konya (Centre), hébergé par l’université de Selçuk se classe 7ème avec 45,65 points. Konya (1.2 millions d’habitants) est un bastion conservateur d’Anatolie centrale, une des villes dans lesquelles l’AKP entend bâtir la Turquie nouvelle.

Le teknopark de Denizli, près de Pamukkale (Sud-Ouest) est le 17ème avec 35,20 point. Denizli, autrefois très active grâce au textile, connaît une renaissance portée par sa jeune université de Pamukkale et l’important réseau d’industriels de la MÜSIAD (hommes d’affaires musulmans).

Ce classement montre que le développement des teknoparks calque la dynamique économique nationale autour d’un triangle d’or, composé d’Istanbul (15 millions d’habitants), d’Ankara (6.1 millions d’habitants) et d’Izmir (2.8 millions d’habitants), les trois premières villes du pays. Une fracture Est/Ouest est toujours notable malgré des efforts de développement. Sans véritable surprise un des rares teknoparks de la région, celui de Diyarbakır (Sud-Est, région kurde), fait partie des derniers du classement. Ces territoires font preuve de peu d’attractivité et le développement économique pouvant permettre une logique de cluster y est encore trop faible.

Focus

Le premier teknopark à être créé en Turquie est celui de l’université technique du Moyen-Orient (METU) située à Ankara. Alors que cette université construite en 1956 est classée comme étant la 1ère université en sciences exactes et en ingénierie, METU teknopark date de 2000.

METU Teknokent, toujours le premier du classement en Turquie.
Il totalise plus de 300 entreprises au début de l’année 2015. 90% d’entre elles sont des TPE. METU Teknokent bénéficie d’un fond d’investissement (MetutechBAN) au sein duquel on compte 40 à 45 investisseurs.

Ses thématiques principales sont les technologies de l’information et de la communication, les nanotechnologies, les sciences de la vie et de la santé, les télécommunications, les jeux vidéo, la défense, les technologies en matière d’énergie renouvelable.

Ari ITÜ Teknokent, situé à Istanbul est le cluster de l’Université Technique d’Istanbul (ITÜ), deuxième teknopark du classement.
Ce teknopark, créé en 2003 est implanté en plein quartier des affaires à Istanbul (Levent) sur le campus d’ITÜ Ayazaga. Il accueille plus de 160 entreprises et a mis en place des programmes d’incubation à destination des startups et de développement à l’international, tels qu’ITU Gate et ITU Nova en matière de transfert technologique.
Ses thématiques principales sont l’informatique, l’électronique, l’énergie, la mécanique et l’environnement.

Rédacteur(s) : Tiphaine Walton - tiphaine.walton[a]diplomatie.gouv.fr ; Maria Bonnafous-Boucher - maria.bonnafous-boucher[a]diplomatie.gouv.fr