Vers une réogarnisation de l’exploitation laitière en Irlande

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Irlande

Rapport
Irlande | Agronomie et alimentation
28 juillet 2015

L’Irlande se prépare depuis plusieurs années à la période post-quotas laitiers européens. Elle a cherché à adapter le système d’organisation de l’exploitation et de l’industrie laitières pour répondre aux nouveaux défis posés par l’exploitation laitière du futur.

L’Irlande veut tirer parti de l’abolition des quotas laitiers européens et, dans cette perspective, met l’accent sur une réorganisation de l’exploitation laitière du pays, pour la rendre plus grande et plus durable – comme en témoigne le numéro d’été 2015 de la revue T-research du Teagasc, équivalent de l’INRA français.

Sachant qu’un des avantages clef du système de production laitier irlandais est sa production de lait à moindre coût grâce notamment à la proportion élevée du pâturage dans le régime alimentaire des animaux, le Teagasc insiste sur l’importance de la maximisation de la croissance du pâturage avec des vaches qui mettent bas au bon moment de l’année, tous les 365 jours et survivent à plus de 5,5 lactations, tout en produisant du lait à haut rendement. Pour Laurence Shalloo et Padraig French, deux chercheurs du Teagasc, l’exploitation laitière du futur sera bon marché : 90% du régime des vaches viendra des pâturages et d’herbes d’ensilage « faits maison », qui ont la capacité de résister à la volatilité des prix et sont simples à gérer. De fait, ils recommandent d’axer en priorité les investissements sur les infrastructures de pâturage, les installations de traite et des lieux de stockage pour le purin.

Les producteurs laitiers doivent raffiner leurs techniques de gestion des pâturages pour permettre à ses prairies des meilleures performances dans les années qui viennent. Le pâturage, contrairement aux aliments achetés ou récoltés mécaniquement, est une source de nourriture bon marché et très nutritive pour la production laitière. Les études continuent de montrer le potentiel significatif qui peut être dégagé lorsque des techniques de gestion optimale sont mises en place : les agriculteurs doivent se concentrer sur ce potentiel unique et bon marché au sein de leurs exploitations et continuer à raffiner leurs techniques de gestion du pâturage pour permettre une performance optimale dans les années qui viennent. Parmi les recommandations faites par le Teagasc, la principale est de fournir un pâturage de haute qualité au troupeau laitier grâce notamment à une attention toute particulière portée sur la charge de pâturage.
Traditionnellement exprimée en unités de vaches ou de bétail par hectare, la charge de pâturage est en effet le facteur majeur gouvernant la productivité d’un système basé sur le pâturage. Des recherches sur la charge de pâturage ont montré qu’une vache supplémentaire par hectare résulte dans une augmentation de la production laitière par hectare de 20%. Comme la moyenne actuelle est de 1,9 unité de bétail par hectare avec une période de vêlage vers mi-mars et un taux de vêlage de six semaines de 59%, l’industrie laitière irlandaise raterait des opportunités. Du point de vue de la gestion du pâturage, les pratiques exemplaires recommandées sont les suivantes : une charge de pâturage de 2,5 à 2,9 vaches par hectare sur une plateforme laitière où 90% du troupeau met bas dans les 42 jours suivants le début prévu du vêlage.

Cette réorganisation demande en amont des agriculteurs mieux formés à l’industrie laitière du futur. Le Teagasc a ainsi mis en place deux programmes de formation qui doteront les futurs agriculteurs de l’expérience et des compétences nécessaires pour faire face aux nouveaux défis – notamment la variabilité du prix du lait, le changement climatique et l’augmentation de la taille des troupeaux. Les premiers étudiants de ces formation en gestion du troupeau laitier (level 6, l’équivalent du Bac+2) et du Teagasc Professional Diploma Dairy Farm Management (PDDFM, un diplôme professionnel en gestion d’exploitation laitière) ont été diplômés en novembre 2014 et la plupart ont été embauchés en Nouvelle-Zélande, en Arabie-Saoudite et Irlande, en tant que managers d’exploitations laitières, co-exploitants ou managers de leur exploitation agricole familiale.

Source :
T-Research, été 2015 : http://www.teagasc.ie/publications/2015/3626/TResearch_Summer_2015.pdf
Auteur :
Louise Aupetit – louise.aupetit[a]diplomatie.gouv.fr