L’Inde veut créer le plus long fleuve du monde

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Inde | Science de la terre, de l’univers et de l’environnement : énergie, transports, espace, environnement
20 décembre 2016

Pour faire face aux problèmes d’eau qui affectent sévèrement plusieurs régions de l’Inde, le gouvernement envisage d’interconnecter une trentaine de rivières de l’Himalaya jusqu’au centre de la péninsule. Mais ce projet rencontre l’opposition de nombreux hydrologues et géologues qui mettent en garde contre des répercussions potentiellement catastrophiques.

L’Inde connaît régulièrement des inondations ou des sécheresses de grande ampleur, et l’agriculture, qui emploie près de la moitié de la population, reste fortement dépendante de la mousson, laquelle est de plus en plus irrégulière au fil des ans.

Pour pallier cette situation, un projet ambitieux baptisé Inter Linking of Rivers (ILR) propose d’interconnecter trente rivières de l’Himalaya jusqu’au cœur de la péninsule du Deccan par un réseau de canaux et de réservoirs, afin de transférer l’eau « en surplus » vers les régions en déficit, créant un système hydrologique long comme deux fois le Nil. Au passage, ce projet permettrait de créer 34 000 acres de terres arables et de générer 36 000 mégawatts d’énergie hydroélectrique.

Envisagé dès le milieu du XIXème siècle par l’administration coloniale, et régulièrement évoqué depuis, le projet ILR semble proche de sa mise en œuvre : le gouvernement indien a annoncé le début imminent des travaux sur la phase pilote du projet entre les rivières Ken et Betwa dans le nord et le centre du pays, et des rapports sur la faisabilité d’autres tronçons sont en préparation.

Outre son coût estimé à 168 milliards de dollars et la durée des travaux, ce projet rencontre de fortes oppositions de la part de la société civile (la construction des canaux et des réservoirs conduirait au déplacement de plus de 1,5 million de personnes), mais aussi de géologues et d’hydrologues. Selon des experts du River Research Centre de Thrissur (Kerala), ce projet aurait pour conséquences de réduire les dépôts de sédiments dans les larges plaines alluviales naturellement créées pour absorber l’impact de la mousson, et ainsi d’appauvrir les sols, de menacer le niveau des nappes phréatiques, ou encore d’augmenter l’érosion côtière.

Vedharaman Rajamani, de l’université Jawaharlal Nehru à Delhi, redoute lui que la modification du débit des fleuves concernés n’affecte la salinité du Golfe du Bengale, qui est l’un des moteurs du phénomène de mousson.

Un rapport rédigé par un comité nommé par le ministère indien des Ressources en eau (favorable au projet) pointe de son côté que les périodes de surplus en eau sont en général synchrones sur le sous-continent, à cause de la mousson. Il ajoute que les changements climatiques impactent déjà les tendances en matière de précipitations et qu’il n’est pas possible de prédire quelles seront dans le futur les régions qui recevront trop, ou au contraire, pas assez d’eau.

Sources :
"India’s Plan to Create the World’s Longest River Will Cost $168B”, Seeker, 5 décembre 2016
« L’Inde veut créer le fleuve le plus long du monde », Ouest France, 1er décembre 2016

Rédacteur :
Laurent Glattli
laurent.glattli[at]diplomatie.gouv.fr
Service pour la Science et la Technologie, Ambassade de France en Inde