Publication d’un rapport préliminaire américain sur un vaccin anti-Ebola

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États-Unis | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
26 mai 2015

L’épidémie Ebola, sévissant en Afrique de l’Ouest depuis février 2014, est sans précédent, en termes d’envergure et de durée.
Un rapport américain a été publié concernant un vaccin anti-Ebola déclenchant une réponse immunitaire spécifique, sans entraîner d’effets secondaires majeurs

D’après les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) au 10 mai 2015, près de 26 800 cas (suspectés ou confirmés) auraient été recensés et plus de 11.000 décès auraient été causés par le virus [1]. Face à l’urgence de la situation, les chercheurs ont développé vaccins, traitements ou tests de diagnostic, pendant que des protocoles d’urgence ont été instaurés petit-à-petit par l’administration américaine [2-6]. Ces efforts ont aujourd’hui porté leurs fruits, comme le montrent les résultats de l’étude menée par le National Institute of Allergy and Infectious Disease (NIAID) des National Institutes of Health (NIH) et le Walter Reed Army Institute of Research (WRAIR), récemment publiés dans The New England Journal of Medicine. Ces chercheurs ont, en effet, observé que l’injection du vaccin expérimental VSV-ZEBOV chez des patients sains provoquait une production d’anticorps anti-Ebola [7,8]. De plus, les effets secondaires associés au vaccin seraient mineurs.

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Le vaccin VSV-ZEBOV a été développé par le laboratoire national de microbiologie de l’Agence de la Santé Publique du Canada et une licence a été accordée à la société américaine NewLink Genetics, qui collabore avec le géant pharmaceutique Merck & Co. du New-Jersey [9]. Ce vaccin a été conçu à partir d’une version atténuée du virus de la stomatite vésiculeuse (VSV), affectant principalement le bétail [7,10]. Par ingénierie génétique, la glycoprotéine du VSV a été remplacée par celle de la souche Ebola Zaïre, impliquée dans la liaison du récepteur et la fusion membranaire entre le virus et la cellule cible de l’hôte [8]. Ne contenant pas le virus d’Ebola, le vaccin n’a donc aucun risque de transmettre la maladie aux personnes vaccinées.

Le 1er avril 2015, un rapport préliminaire d’essai clinique de phase 1, mené par le NIAID et le WRAIR depuis le mois d’octobre 2014, a été publié en ligne dans The New England Journal of Medicine [8,11,12]. Cette étude a montré l’innocuité du vaccin VSV-ZEBOV et qu’il entraîne une réponse immunitaire robuste chez les patients sains inoculés [7]. L’essai clinique a été réalisé en double aveugle (c’est-à-dire que ni le patient, ni l’examinateur ne sait si c’est le produit actif ou le placebo qui a été injecté) sur 52 volontaires répartis sur deux sites géographiques différents : au total, 12 personnes ont reçu une injection intramusculaire de placebo et 40 personnes ont reçu le vaccin à deux doses différentes (3.106 ou 20.106 PFU). L’immunogénicité a été évaluée à différents temps post-injection. Deux semaines après l’injection, 93 pourcent des personnes ayant reçu le vaccin ont produit des anticorps contre le virus Ebola Zaïre et, au bout de quatre semaines, la totalité des volontaires présentait une réponse immunitaire spécifique, qui est environ trois fois plus forte chez les patients vaccinés par la dose la plus forte. La production immédiate et dose-dépendante d’anticorps spécifiques est très prometteuse et les auteurs conseillent de développer, par la suite, le vaccin à la dose de 20.106 PFU. Concernant les effets secondaires, les plus récurrents chez les volontaires prennent la forme d’une douleur au niveau du site d’injection et d’une fièvre passagère, disparaissant généralement 12 à 36 heures après la vaccination. Bien qu’une étude suisse distincte ait préalablement indiqué que les volontaires développaient un début d’arthrite deux semaines après l’injection du vaccin VSV-ZEBOV, l’étude des NIAID et WRAIR ne signale aucun problème de cette nature chez les volontaires, bien que les candidats aient été spécifiquement interrogés sur ce type de symptôme.

Par ailleurs, le VSV-ZEBOV est l’un des deux vaccins expérimentaux actuellement en essai clinique de Phase 2/3 au Liberia, réalisé sur environ 27.000 volontaires sains de plus de 18 ans [10,13]. Cette étude nommée PREVAIL (Partnership for Research on Ebola Vaccines in Liberia) a débuté en février 2015 et repose sur un partenariat de recherche clinique entre le Liberia et les Etats-Unis. Alors que nous pouvons nous réjouir de l’annonce très récente de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) concernant la fin de l’épidémie Ebola au Libéria, il semblerait cependant que les données engendrées dans le cadre des essais cliniques des deux vaccins expérimentaux ne soient pas suffisantes pour permettre de conclure sur leur efficacité [14,15].

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