Ce que les données mobiles disent de la société : analyse de 15 ans de recherches

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Belgique | Sciences et technologies de l’information et de la communication : TIC, télécoms, micro-nanotechnologies, informatique
14 août 2015

Chaque jour, des millions de personnes interagissent avec famille, amis, collègues ou entreprises grâce à leur téléphone portable. Ces appels génèrent des données dont il est possible d’extraire des informations capitales pour mieux comprendre les comportements sociaux et la mobilité des utilisateurs. Une équipe de chercheurs de l’Université Catholique de Louvain ont recensé et analysé les principales découvertes liées à ce champ de recherche.

Les L’usage des téléphones mobiles a révolutionné notre manière de communiquer. Aujourd’hui, 96% de la population mondiale, soit 6,8 milliards d’individus, possèdent ce type d’appareil, contre 12% en l’an 2000. Autant d’individus qui se connectent et échangent, jusque dans les endroits les plus reculés. Pour mieux comprendre les interactions sociales qui en découlent, des chercheurs se consacrent à l’étude des données mobiles, qui offrent une vue d’ensemble de l’évolution de la société et de ses besoins. Une discipline relativement récente, qui a pris de l’ampleur au cours des 15 dernières années.

Grâce aux conclusions similaires de différentes études, les auteurs peuvent notamment dire que si à l’échelle globale, le nombre de communications ne fait qu’augmenter, le monde n’en est pas pour autant devenu un « village » comme certains le prédisaient à l’aube du mobile. La distance joue encore un rôle dans le maintien du lien social puisque le volume d’appels diminue lorsque celle-ci s’accroit.

Au sein de l’article publié dans le European Physical Journal Data Science, les auteurs fournissent une synthèse des différentes méthodologies utilisées par ces chercheurs, en se penchant particulièrement sur l’analyse des CDR, les Call Detail Records. Celles-ci sont les données générées par les communications mobiles et établies par les opérateurs, qui en ont besoin pour des raisons de facturation. Pour les scientifiques, elles contiennent des informations essentielles : type de communication, timing, durée et localisation sont autant de renseignements étudiés de près par les chercheurs. Selon l’opérateur et les lois en vigueur, ces données, toujours anonymes et faisant l’objet d’une clause de confidentialité, peuvent également, dans certains cas, contenir des informations sur l’âge et le sexe de l’utilisateur.

Les auteurs de la synthèse, Vincent Blondel, Adeline Decuyper et Gautier Krings, prennent toutefois soin de rappeler le caractère partiel des informations récoltées par les chercheurs. De la localisation des utilisateurs, on ne connait que le point de départ, de leurs communications, ne sont recensées que celles ayant eu lieu via le même opérateur. L’échantillonnage, s’il est imparfait, est cependant pertinent puisqu’il concerne une proportion significative de la population (souvent de 30 à 50%).

Enfin, grâce à l’omniprésence des téléphones mobiles dans le monde (leur nombre dépasse celui des ordinateurs personnels) et à l’avènement des smartphones, les bases de données à la disposition des scientifiques se sont enrichies de manière conséquente. Un moyen de trouver toujours plus d’applications pratiques à l’analyse de ces données. Repenser la carte des transports publics, déterminer où l’aide alimentaire est la plus nécessaire, ou recenser des populations, font partie des projets rendus possibles par cette répartition de plus en plus importante des téléphones portables dans les pays sous-développés ou en voie de développement, et à l’examen de leurs données. Autant d’initiatives qui, comme le suggèrent les auteurs, peuvent sauver des vies à l’avenir.

Source : www.epjdatascience.com/content/4/1/10

Contact :
Adeline Decuyper
Doctorante en mathématiques appliquées
Université Catholique de Louvain
adeline.decuyper[at]uclouvain.be
Tel : +32 (0)10 47 80 46

Rédacteur(s) : Isabelle Decoster, Attachée de presse de l’Université Catholique de Louvain, isabelle.decoster[at]uclouvain.be. Relayé par Joachim Huet, Attaché de coopération scientifique et universitaire (joachim.huet[at]diplomatie.gouv.fr), et Victorine Hugot, Chargée de mission (victorine.hugot[at]diplomatie.gouv.fr).