5èmes Assises Nationales de la Recherche Stratégique - Mondialisation, politique et religion - Affrontements et Perspectives (Paris, 21 novembre 2014)

La mondialisation modifie profondément les interactions pluriséculaires entre le politique et le religieux, induisant des bouleversements stratégiques auxquels les Assises Nationales consacrent cette année leurs travaux.

L’occidentalisation du monde, lente mais inexorable, à laquelle l’époque moderne nous avait habitués, bute désormais sur de nombreux obstacles : les échecs de la mise en œuvre d’une gouvernance mondiale fondée sur le droit international et le progrès technologique, la revendication des différences historiques, ethniques, culturelles, sociales, rituelles… au sein de toutes les communautés inquiètes de la perte possible de leur cohésion et de leurs traditions, la violence du refus de tous ceux qui se sentent exclus ou s’excluent eux-mêmes de ce vaste mouvement de globalisation - refus qui va du « repli identitaire » jusqu’aux formes les plus extrêmes de la révolte, …

La « marchandisation » du monde qui envahit jusqu’aux sphères de l’intime et du sacré, les doutes vis-à-vis de la capacité du progrès scientifique à surmonter les grands périls de la planète, la porosité des frontières propre à défaire les ancrages territoriaux, la désacralisation progressive de l’Etat-nation républicain… autant d’éléments parmi d’autres qui, renforcés par la mondialisation, participeraient de ce « retour du religieux » auquel on assiste sous toutes les latitudes.

Dans le même temps, les religions s’affirment créatrices de sens là où les Etats ne peuvent plus affirmer la transcendance du fait national. De plus, elles contribuent à maintenir la cohésion des communautés lorsque le lien avec le territoire se délite. Le phénomène n’est pas nouveau mais s’amplifie dans un monde où, chaque jour, plusieurs dizaines de milliers d’individus viennent renforcer les rangs des déracinés de la planète. Et, en se livrant à une concurrence parfois vive, les confessions à vocation universaliste utilisent toutes les possibilités de la diffusion numérique et des média pour exercer leur prosélytisme expansionniste et renforcer « leur » communauté.

Ainsi la mondialisation rebat-elle les cartes de cette « instrumentalisation réciproque » du politique et du religieux, à l’œuvre depuis que l’Histoire s’écrit.

On peut considérer qu’il s’agit toujours de renforcer la cohésion des sociétés humaines en leur proposant – ou en leur imposant – un idéal qui les dépasse, des symboles sacralisés et des rituels partagés qui donnent un sens à leur désir de vivre ensemble sous le règne d’une Loi commune.

Mais la construction d’une société mondialisée interroge aussi bien notre désir universel d’appartenance à une communauté singulière que notre capacité à adhérer à un ensemble d’autant plus vaste et indéfini qu’il affaiblit les différenciations constitutives de nos identités et de notre rapport à autrui. Mouvement qui se double partout du refus d’un « désenchantement du monde » propre à l’époque moderne, jusqu’à l’annonce récente, naïve et prématurée de la Fin de l’Histoire.

Affrontements interconfessionnels, dérives sectaires, reculs créationnistes et obscurantistes, apparition d’individus hybrides issus d’une délinquance urbaine doublée d’une radicalisation religieuse, terroristes acculturés se revendiquant d’une cause sacrée… les Etats modernes sont ainsi confrontés à des violences associées à une religiosité fanatisée qui font courir à notre monde le risque d’une fragmentation régressive sans précédent. L’objectif de ces Vèmes Assises Nationales est de permettre à tous de mieux les appréhender pour mieux y résister.

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