"Construire un monde à zéro carbone et zéro pauvreté" - Tribune d’Annick Girardin publiée dans "Les Echos" (13 juillet 2015)

Il y a un an, la première loi de la République sur la politique de développement et de solidarité internationale était adoptée, et ce lundi s’ouvre à Addis-Abeba la conférence des Nations unies sur le financement du développement. Derrière ces deux dates, la quête d’une réponse à deux questions étroitement liées : quel monde voulons-nous dans quinze ans ? Quels moyens mobiliser pour y parvenir ?

Chaque jour, des défis pressants s’imposent sur nos écrans : les canicules et les typhons toujours plus fréquents, les migrants qui risquent tout pour une vie meilleure, la révolte face aux ateliers-poubelle du Rana Plaza, la panique suscitée par l’irruption d’Ebola… Face à ces situations, nous ne pouvons pas attendre qu’une « main invisible » vienne spontanément les traiter. Nous devons tous nous mobiliser, c’est l’affaire de chacun. Et nous ne pouvons plus penser l’action collective comme il y a quinze ans, à travers une grille de lecture « Nord-Sud ». Les enjeux sont si universels qu’ils nous obligent à nous projeter collectivement dans la construction d’un monde durable, sous peine de voir des années d’efforts de développement balayés par le dérèglement climatique. Le nouvel écosystème à construire doit associer la préservation de la planète à une économie qui soit profitable à tous - un monde « zéro carbone, zéro pauvreté ».

Cela nous mène à la question des moyens, qui sera centrale à Addis-Abeba. L’aide publique au développement a été, depuis les indépendances, l’instrument de la convergence économique entre le Nord et le Sud. Ce ne peut plus être le seul. Tous les acteurs publics, Etats et collectivités, les investisseurs et les ONG ont un rôle nouveau à jouer. Cela ne signifie pas qu’il faille se désengager. Au contraire, l’aide publique au développement est essentielle pour les plus vulnérables, pour mobiliser, pour fixer des règles. C’est pourquoi la France, avec l’Union Européenne, rappellera à Addis-Abeba son engagement d’y consacrer 0,7% de son revenu d’ici à 2030, avec une concentration plus forte vers les pays les plus vulnérables.

La France est aux avant-postes de cette transformation. Avec près de 8 milliards d’euros d’aide en 2014, elle reste le 4edonateur mondial et assume ses responsabilités sur le climat, au Sahel, en RCA ou face à Ebola. Avec la loi de 2014 sur le développement, nous avons défini un cadre accepté par tous. Après une large concertation, la loi a posé des principes et des objectifs clairs, qui reflètent nos valeurs -le contrôle démocratique, l’efficacité, la promotion des droits de l’homme, le développement humain dans toutes ses dimensions (économie, santé, nutrition, éducation, accès à l’énergie, protection de l’environnement).

Nous avons maintenant une obsession : agir. Nous avons élargi les capacités de financement de l’Agence française de développement, avec un objectif record de 8,5 milliards engagés en 2016. Nous lui demandons de s’ouvrir davantage aux nouveaux acteurs : doublement des financements attribués aux ONG, soutien à 100 métropoles pour lutter contre le changement climatique, expérimentations avec des entreprises engagées dans des démarches innovantes à fort impact sociétal. Résultat, entre 2012 et 2014 : 2 millions d’enfants scolarisés, un accès à l’eau potable pour 2,75 millions de personnes, l’appui à 246.000 PME et 771.000 exploitations agricoles familiales soutenues. Afin de pérenniser l’impact de ces investissements, nous avons créé le 1er janvier 2015 une nouvelle agence, Expertise France, pour renforcer l’expertise de nos partenaires.

C’est au moment où les crises se multiplient et que surgit la tentation du repli sur soi que la nécessité de construire ensemble un monde durable s’impose. Dans cette aventure collective, la France joue son rôle grâce à une politique de développement renouvelée qui complète les outils classiques de l’influence et de la puissance en mobilisant un ressort inestimable : la solidarité.

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