Réunion ministérielle du G7 Affaires étrangères - Conférence de presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères (Vaux-de-Cernay, 27 mars 2026)

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Voilà que se clôture cette première réunion formelle des ministres des affaires étrangères du G7 dans un cadre exceptionnel, celui de l’Abbaye des Vaux-de-Cernay qui a certainement inspiré nos échanges et nos réflexions ces 48 dernières heures.

Dans le contexte actuel, avec un ordre international qui se fragmente et qui vacille, notre présidence se veut une présidence d’équilibre, de convergence et de résultats dont le but est d’aboutir à des avancées concrètes pour la sécurité et la prospérité de tous. C’est un programme de travail dense et ambitieux sur lequel nous nous sommes accordés collectivement et qui guidera nos échanges tout au long de l’année.

S’agissant des résultats, nous avons lancé quatre grandes initiatives :

1/ Réformer ensemble les opérations de maintien de la paix des Nations unies pour les rendre plus efficaces.

2/ Optimiser les chaînes d’approvisionnement humanitaires avec le secteur privé pour en augmenter le nombre de bénéficiaires et faire reculer la faim et la malnutrition dans le monde.

3/ Soutenir et participer à la levée de fonds en faveur de la reconstruction de l’arche de confinement de Tchernobyl perforée l’année dernière par un drone russe.

4/ Créer un réseau de ports des pays du G7 et de leurs partenaires, représentant un tiers de la capacité portuaire mondiale pour faire échec aux stratégies de plus en plus sophistiquées des narcotrafiquants et des criminels organisés.
Nous avons aussi décidé la tenue de trois conférences internationales ou régionales.

D’abord une conférence de lutte contre le trafic de captagon, cette drogue de synthèse qui fait des ravages au Moyen-Orient mais jusqu’en Europe.

2/ La conférence « No Money for Terror » qui se tiendra le 19 mai prochain à Paris pour assécher les nouvelles sources de financement du terrorisme.

Et puis 3/ une conférence régionale sur la sécurité dans la Caraïbe qui aura lieu en Martinique et qui associera donc les pays membres du G7.

Le G7 reste également et fondamentalement une enceinte utile pour nous coordonner étroitement et répondre aux grandes crises. C’est cette ambition qui a présidé à la création du G7, à l’initiative de la France, il y a 50 ans, à quelques kilomètres à peine d’ici, au château de Rambouillet.

Sur l’Ukraine, nous avons réaffirmé, comme les chefs d’État et de gouvernement du G7 l’ont fait le 24 février dernier, notre soutien indéfectible à l’Ukraine dans la défense de son intégrité territoriale, de son droit à exister, de sa liberté, de son indépendance.

Et puisque M. Lavrov a pu dérouler tranquillement sa propagande hier soir sur une chaîne de télévision française, permettez-moi de lui porter la contradiction. Non, la Russie ne défend pas le droit international. Ni en Iran, ni en Ukraine, ni ailleurs. M. Lavrov, on ne défend pas le droit international en lançant une guerre d’agression. On ne défend pas le droit international en envahissant un pays voisin. On ne défend pas le droit international en niant la souveraineté d’une nation. Et le recours débridé à la force, en dehors de tout cadre juridique, n’est rien d’autre qu’une expression bestiale de brutalité. Premier mensonge.

Non, la Russie n’épargne pas les civils. Et j’en veux pour preuve les charniers de Boutcha, les horreurs de Marioupol, les bombardements d’hôpitaux, de maternités ou d’écoles ukrainiennes. M. Lavrov, les enfants d’Ukraine que la Russie déporte dans des camps de redressement pour essayer d’effacer leur histoire et leur identité sont eux aussi des civils. Les faits sont là. Il s’agit de crimes de guerre documentés. Deuxième mensonge.

Non, les Européens ne ferment pas les yeux quand cela les arrange. Notre positionnement est très clair. Partout où elles adviennent, la France dénonce et se mobilise contre les violations du droit international et du droit international humanitaire : en Ukraine, par la Russie ; en Israël, par le Hamas ; à Gaza, par Israël ; au Liban, par Israël ; en Israël, par le Hezbollah ; au Soudan, par les forces armées ; en Syrie et en Irak, par les bourreaux des Yézidis, en Iran, par le régime des Mollah. M. Lavrov, si vous cherchez des preuves d’hypocrisie, n’allez pas loin, elles se trouvent dans votre propre camp. Troisième mensonge.

Non, la France ne muselle pas les journalistes. M. Lavrov, en Europe, on compte 20.000 médias d’information. Si seulement il y en avait autant en Russie. Chez vous, les rédactions indépendantes comme Novaïa Gazeta, Echo of Moscow ou Dojd TV ont été systématiquement fermées ou contraintes à l’exil. Et toute information allant contre la ligne officielle du Kremlin est tout simplement interdite. Les journalistes font face à des violences, des menaces et des intimidations. Je pense au sort réservé à la journaliste Anna Politkovskaïa et aux nombreux journalistes tués ou poursuivis, y compris notre compatriote Antoni Lallican, pris pour cible par un drone russe sur le front ukrainien. Voilà la réalité, M. Lavrov. Quatrième mensonge.

La liste est encore longue, je pourrais continuer longtemps. Comme j’ai été nominativement pris à partie par mon homologue russe, il me paraissait important de faire cette mise au point. Car répéter des mensonges à une heure de grande écoute n’en fait pas des vérités.

Sur l’Iran, depuis le début de la guerre, la mobilisation du G7 a été exceptionnelle. Le 28 février, au premier jour, nous nous sommes réunis, ministres des affaires étrangères, en visioconférence. Le 11 mars, le président de la République a tenu une visioconférence avec l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement du G7 pour évoquer les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, notamment la situation énergétique, ainsi que les mesures pour les atténuer, y compris la libération des stocks stratégiques. Les ministres des affaires étrangères du G7 ont publié un communiqué le 21 mars 2026 rappelant leur soutien aux partenaires du Moyen-Orient face aux attaques injustifiables de la République islamique d’Iran et de ses supplétifs.

Et aujourd’hui même, nous adoptons une nouvelle déclaration sur l’Iran au niveau des ministres des affaires étrangères. La voilà ! Elle appelle un arrêt immédiat des attaques contre les populations et les infrastructures civiles. Rien ne justifie de prendre pour cible des civils de manière délibérée lors des conflits armés, ni de mener des attaques contre des installations diplomatiques. Et elle réaffirme la nécessité absolue de rétablir de manière permanente la liberté de navigation gratuite et sûre dans le détroit d’Ormuz, conformément à la résolution 2817 du Conseil de sécurité des Nations unies et conformément au droit de la mer.

Pour les temps à venir, nous nous sommes accordés sur le principe d’une réunion des ministres des affaires étrangères du G7 avec ceux du Conseil de coopération des États arabes du Golfe. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a accepté de briefer le Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne. Enfin, nous sommes convenus de poursuivre nos travaux pour contribuer à la résolution de la situation dans le détroit d’Ormuz.

Au sujet du Liban, j’ai souligné que la gravité de la conjoncture régionale renforçait la nécessité de préserver la stabilité du Liban, de soutenir ses institutions légitimes, de préserver les civils, de garantir la pleine restauration de sa souveraineté.

Enfin, nous avons pu échanger sur d’autres conflits et menaces sur la paix et la sécurité dans de nombreuses régions, en particulier le Soudan, où nous cherchons à soutenir les efforts en faveur d’une trêve humanitaire mais aussi la situation au Venezuela, à Cuba, en Haïti et sur l’importance d’un Indopacifique libre et ouvert fondé sur l’état de droit.

J’ai rappelé que notre attention devait continuer à se porter sur la situation à Gaza et que la crise au Moyen-Orient ne devait pas compromettre nos efforts pour la mise en œuvre de la deuxième phase du plan de paix.

À l’heure de clôturer cette première réunion formelle des ministres des affaires étrangères du G7, permettez-moi de dire quelques mots sur les perspectives pour la suite de la présidence française.

La prochaine étape sera bien sûr le sommet que le président de la République accueillera à Évian au mois de juin. Les questions géopolitiques y seront naturellement abordées, mais certaines de nos initiatives concrètes pourraient également y aboutir. Nous continuerons à échanger entre ministres des affaires étrangères du G7, une prochaine rencontre informelle est prévue en marge de l’Assemblée générale des Nations unies où je souhaite que nous poursuivions la dynamique de convergence avec les pays des BRICS, sur tous les sujets sur lesquels il est possible et utile d’avancer ensemble.

Enfin, pour conclure l’année, nous tiendrons la deuxième réunion formelle des ministres des affaires étrangères du G7 à Marseille, les 9 et 10 novembre, ce qui nous permettra de mettre en pratique les nombreuses initiatives concrètes sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord au cours des 48 dernières heures ici, aux Vaux-de-Cernay. Et tout au long de l’année, la société civile, qui a un rôle primordial à jouer sur les questions de paix et de sécurité, sera associée à nos travaux.

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Q - Monsieur le ministre, le secrétaire d’État américain vous a briefé sur leurs objectifs de guerre. Est-ce que vous voyez plus clair aujourd’hui les objectifs américains de cette guerre en Iran ?

Et puis, sur le détroit d’Ormuz, qu’est-ce que vous avez demandé, vous, les membres du G7, concrètement, pour garantir la liberté de navigation ?

Et sur le Liban, une agence de l’ONU met en garde aujourd’hui contre un risque réel de catastrophe humanitaire. Quelle est votre réaction d’abord ? Et est-ce que vous pensez que c’est encore possible d’associer les deux théâtres, libanais et iraniens ? Merci.

R - Beaucoup de questions. Sur la première, je ne vais pas parler à la place de Marco Rubio et je vous renvoie volontiers aux déclarations publiques qu’il a pu faire récemment et qui correspondent aux conversations que nous avons eues aujourd’hui, les objectifs militaires affichés des États-Unis étant la mise hors d’état de nuire des capacités balistiques de l’Iran, si je devais résumer.

Sur la deuxième question, qui est celle du détroit d’Ormuz, nous avons eu de nombreuses conversations tout au long de ces deux jours, non seulement entre pays du G7, avec les États-Unis d’Amérique, mais également avec les pays que nous avions invités, et notamment l’Inde et l’Arabie saoudite, qui sont intéressées au premier chef et pour différentes raisons. Il y a un consensus qui se retrouve, je crois, très largement au sein de la communauté internationale pour préserver un bien commun qui est la liberté de navigation. Il est hors de question de vivre dans un monde où les eaux internationales sont fermées à la navigation dans le cadre de conflits qui ne concernent pas les pays qui ont besoin que cette circulation puisse avoir lieu. Et la France a marqué sa disposition, dans le cadre d’une initiative lancée par le président de la République, à bâtir une mission internationale permettant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, une fois le calme revenu, dans une posture strictement défensive et dans le cadre d’accords avec les principaux pays concernés.

S’agissant du Liban, vous m’avez interrogé sur la dissociation des deux théâtres et ma réponse, elle est simple, c’est que jamais le Liban n’aurait dû être entraîné dans cette guerre qu’il n’a pas choisie. Et c’est une responsabilité écrasante du Hezbollah que d’avoir fait ce choix qui plonge le pays une nouvelle fois au bord du précipice. Je crois qu’il n’y a pas de nécessité à ce que les deux théâtres soient associés, mais qu’au contraire, il faut redoubler nos efforts pour, d’une part, faire cesser les hostilités au Liban, faciliter un dialogue de haut-niveau qui serait historique entre les autorités libanaises et les autorités israéliennes, qui leur permettrait de s’accorder sur le processus de désarmement du Hezbollah qui doit rendre ses armes, et de cheminer vers un règlement du différend qui les oppose depuis 1949. D’ici là, il faut qu’Israël puisse s’abstenir de toute opération terrestre, s’abstenir de toute atteinte aux infrastructures civiles, de toute atteinte portée aux zones densément peuplées, notamment Beyrouth, pour qu’un chemin vers la paix reste possible. Je veux saluer une nouvelle fois, comme je l’ai fait hier, je crois, les décisions courageuses qui ont été prises par le gouvernement libanais. D’abord, de déclarer illégales les activités militaires du Hezbollah, d’ordonner à l’armée de procéder au désarmement de la milice et puis plus récemment de retirer ses accréditations à l’ambassadeur d’Iran au Liban. C’est bien une manière pour le Liban, je crois, d’exprimer très clairement, par ces décisions, qu’il ne souhaite en aucun cas être associé à cette guerre et qu’il ne souhaite pas que des puissances étrangères puissent faire de ce pays un théâtre secondaire d’une guerre qu’il n’a pas choisie.

Q - On voulait savoir si vous étiez en lien avec votre homologue iranien pour faire libérer Cécile Kohler et Jacques Paris ?

R - Non seulement je suis en lien avec lui, le Président est en lien avec son homologue. Il lui a, il y a quelques jours seulement, exprimé une nouvelle fois notre exigence absolue de libération définitive et de retour en France de nos deux compatriotes, Cécile Kohler et Jacques Paris, qui sont à cette heure à l’ambassade de France en sécurité, avec les agents diplomatiques et consulaires qui les entourent, dont je veux saluer une nouvelle fois le courage et le dévouement.

Q - Monsieur le Ministre, vous vous êtes entretenu longuement avec votre homologue américain. Qu’est-ce que vous vous êtes dit ? Comment vous l’avez senti ? Est-ce qu’il était en confiance ? Est-ce qu’il a réussi à vous convaincre de vous investir davantage dans la réouverture du détroit d’Ormuz ?
Une deuxième question sur la position de la France. Est-ce que la France souhaite être un médiateur entre l’Iran et les États-Unis ?

R - Parce que vous trouvez que la France ne s’est pas impliquée depuis le début de cette crise, depuis le 28 février ? Je puis attester devant vous de la mobilisation exceptionnelle du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, de son centre de crise et de soutien, des 15 postes diplomatiques et consulaires des pays concernés, depuis le début de cette crise, pour apporter des réponses à nos compatriotes - ils sont 400.000 à être résidents ou de passage dans la région - pour faciliter leur rapatriement en affrétant des vols, en appelant les compagnies aériennes à augmenter la taille et la fréquence des vols à destination de la France. Je veux parler aussi de la mobilisation de nos armées, qui ont déployé en Méditerranée orientale des moyens considérables en vue d’apporter les éléments de sécurisation nécessaires pour nos ressortissants, mais aussi pour les pays qui sont nos partenaires dans la région du Golfe, mais aussi en Méditerranée, Chypre et d’autres. Et puis sur le plan diplomatique, ne croyez pas qu’une réunion du G7, ça s’improvise : ça se prépare. Et les équipes du ministère des affaires étrangères ont préparé très activement cette rencontre avec les pays du G7, avec l’Arabie saoudite, l’Inde, le Brésil, la Corée du Sud, pour qu’elle puisse être utile, qu’elle puisse être un moment de partage d’analyses, de diagnostics, mais aussi de décisions et de déclarations, comme nous le faisons avec cette déclaration que je viens de vous présenter. Donc le secrétaire d’État Marco Rubio, avec lequel je me suis entretenu plusieurs fois depuis le début de la crise, sait parfaitement le niveau de mobilisation de la France. Et comme les autres participants à nos échanges, il souhaite qu’une fois les objectifs militaires des États-Unis atteints, que la sécurité maritime et que la liberté de navigation puissent être assurées dans le détroit d’Ormuz, comme dans toutes les eaux internationales du monde.
Vous m’avez ensuite interrogé sur les questions de médiation. Des échanges ont commencé, ils s’appuient sur la médiation du Pakistan, mais aussi d’autres pays comme l’Égypte et la Turquie. Nous soutenons ces efforts, nous souhaitons qu’ils puissent produire des résultats pour la réouverture du détroit d’Ormuz, pour la désescalade, bref, pour mettre fin à cette escalade qui entraîne avec elle des conséquences considérables et dangereuses pour l’économie mondiale.

Q - Je veux juste revenir sur l’Ormuz et sur l’Iran. Pour bien comprendre, Marco Rubio n’a formulé aucune demande précise aux partenaires du G7 pour aider sur le détroit d’Ormuz. Est-ce qu’il a donné, en tout cas, la moindre indication sur quand la guerre pourrait se terminer ? Et éventuellement, est-ce qu’il a écarté la possibilité de troupes au sol ? Et juste, parce que personne n’a posé la question sur la Russie et l’Ukraine, est-ce que vous sortez de cette réunion confiant que les États-Unis ne vont pas essayer de forcer l’Ukraine à accepter un mauvais accord ?

R - À nouveau, sur les propos de Marco Rubio, je ne vais pas parler à sa place et je vous renverrai à ses déclarations publiques. Et quant à la question du détroit d’Ormuz, je crois que l’objectif est largement partagé. Je vous invite, si vous vous intéressez vraiment à ces questions, à revenir sur l’adoption de la résolution 2817 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a reçu le parrainage d’une grande majorité des pays du monde, et qui touche justement à la question de la liberté de navigation et de la sécurité maritime. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les mers se divisent en deux parties. Il y a les eaux territoriales, qui sont placées sous la juridiction des États, et il y a les eaux internationales, qui sont un bien commun par lesquels les échanges d’un bout à l’autre de la planète peuvent se faire. Il est hors de question pour quiconque que ce bien commun, qui est protégé par le droit de la mer, puisse être remis en question par quiconque. Et donc cet objectif est largement partagé. Il passera nécessairement, d’une manière ou d’une autre, une fois le calme revenu, ou une fois que les objectifs militaires des États-Unis auront été atteints, ou une fois que le pic des hostilités aura été dépassé, passera nécessairement par un système d’escorte. Un système d’escorte qui permettra d’apporter la sécurité nécessaire pour que la circulation des navires puisse reprendre au plus vite. Vous voyez bien que chaque jour qui passe, la situation s’aggrave, faute de circulation des navires depuis le Golfe Persique vers le reste du monde. Et donc, pour que la reprise se fasse dans les meilleures conditions et au meilleur rythme possible, il faudra que, d’une manière ou d’une autre, cette mission internationale qu’a proposé le Président de la République puisse intervenir dans le respect du droit international et du droit de la mer. Et c’est ce à quoi nous voulons travailler.

Vous m’avez interrogé sur la Russie et l’Ukraine. Ce que je peux vous dire, c’est que nous avons partagé un certain nombre de constats. Premier constat, la Russie était déjà en échec militaire et économique. Militaire parce que son opération spéciale, qui ne devait durer que quelques jours ou quelques semaines, s’est heurtée à un mur, le mur de la résistance ukrainienne ; que la Russie de Vladimir Poutine accuse des pertes humaines supérieures à un million, ce qui est supérieur à l’ensemble des pertes humaines de l’Union soviétique et de la Russie depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale ; et qu’aujourd’hui, c’est plus de 1.000 soldats russes sur le front qui sont tués. Donc c’est un échec militaire. Et dans les temps derniers, l’Ukraine a repris plus de territoires à la Russie que la Russie n’en a pris à l’Ukraine. Un échec économique également, structurellement, même si la hausse des prix des hydrocarbures va peut-être atténuer temporairement cette tendance très forte à l’appauvrissement de l’économie de la Russie de Vladimir Poutine, dont le secteur civil non militaire est asphyxié, dont les ressources budgétaires sont vides et qui devait, qui entrera sans doute en récession dans le courant de l’année. Mais à cet échec militaire et à cet échec économique s’ajoute un échec stratégique, puisqu’après Bachar al-Assad et Nicolás Maduro, la disparition de l’ayatollah Khamenei fait perdre à Vladimir Poutine celui qui était peut-être dernier de ses alliés.

Nous avons également fait un autre constat, qui est que depuis le 24 février 2022, le G7 a été le plus fidèle, si l’on peut dire, ou un groupe de pays fidèles à l’Ukraine pour soutenir sa résistance. Tous les pays du G7, sans exception, ont pris des sanctions ou ont livré des équipements militaires, ou ont apporté des contributions financières qui ont permis de soutenir la résistance héroïque du peuple ukrainien contre l’envahisseur. Il est vrai que l’administration américaine, l’administration Trump, a voulu, lorsqu’elle a pris ses fonctions, accélérer le processus de négociation, prendre en charge la médiation, cependant que l’Europe prenait une part plus importante du soutien à l’Ukraine, comme nous l’avons montré, à la fois sur le plan financier, avec les 90 milliards d’euros du prêt qui arrivera et qui mettra l’Ukraine à l’abri de toute difficulté financière pendant deux ans, mais aussi avec la Coalition des volontaires, rassemblant une trentaine de pays qui, pour la première fois dans leur histoire, pour beaucoup d’entre eux, mettent en commun leur expertise et leur capacité militaire pour que la paix, une fois conclue, puisse être garantie.

Ce sont ces constats que nous avons dressés, en cohérence avec la déclaration des chefs d’État et de gouvernement du 24 février dernier, et nous sommes résolus de continuer à soutenir l’Ukraine dans sa résistance contre l’envahisseur.
Merci.