Voeux de Jean-Yves Le Drian à l’association de la presse diplomatique (Paris, 27 janvier 2020)

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Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Mes chers amis,

Je suis, moi aussi, très heureux de vous retrouver aujourd’hui au Quai d’Orsay et de vous présenter mes vœux. Même si le mois de janvier est déjà bien entamé et que les premières semaines, les trois premières semaines de l’année n’ont pas été de tout repos, ni pour vous ni pour nous. Et c’est un euphémisme !

Je dois dire qu’en plus est arrivé le coronavirus. Je dois dire d’ailleurs à cet égard que je suis, avec l’ensemble du réseau diplomatique, que ce soit à Paris, à Pékin ou à Wuhan, l’évolution de la situation. Je dois dire que nos équipes, aussi bien au centre de crise qu’à Pékin et à Wuhan, font un travail tout à fait remarquable. Je tenais à le dire ici et à vous redire ce que vous savez, je pense, déjà, c’est qu’en lien étroit avec le ministère de l’intérieur, le ministère de la santé et le ministère des armées, nous sommes en train de mettre en œuvre une opération de retour par voie aérienne au profit de nos ressortissants, comme l’a souhaité hier soir le Premier ministre.

Je voudrais vous redire à chacun d’entre vous tous mes vœux de bonheur, de santé et de réussite pour 2020.

Et, à travers vous, je veux aussi m’adresser à l’ensemble de vos collègues, en France et dans le monde. Ce que je leur souhaite, en reprenant vos propos, Monsieur le Président, c’est de pouvoir exercer leur métier librement.

Parce qu’informer est un droit et parce que, sans information libre, il n’est pas de vraie démocratie.

Nous ne sommes pas encore en février et, déjà, Reporters sans frontières recense trois journalistes tués en 2020 et relève que deux cent trente-quatre autres sont emprisonnés. C’est inacceptable ! Partout dans le monde, nous continuerons cette année à défendre la liberté de la presse.

Il faudra aussi la défendre jusque dans notre société -parce qu’on observe, et vous l’avez dit, Monsieur le Président, des réactions de défiance - et pas de distance - vis-à-vis du travail des journalistes.

Personne ici n’est dupe : nous savons bien que certains ont intérêt à susciter de la confusion et à brouiller les repères pour diffuser de fausses nouvelles. Cela aussi est inacceptable et, en 2020, nous continuerons également à lutter contre les manipulations de l’information.

Nous avions pris une initiative avec Reporters sans frontières lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier avec mon collègue allemand, initiative qui s’appelle « Partenariat, information et démocratie », dans le cadre des initiatives liées à la relance du multilatéralisme, dont nous voulons être les porteurs. Il y a déjà une cinquantaine de ministres des affaires étrangères qui se sont joints à nous dans cette démarche, et nous voulons la poursuivre de manière vigoureuse.

Dans le même temps, je crois que nous devons aussi regarder en face ce que révèlent ces manipulations, au-delà des visées hostiles de ceux qui voudraient déstabiliser nos démocraties. Si ces manipulations, souvent grossières, parviennent à convaincre, ou du moins à faire douter, c’est au fond le signe d’un malaise et d’une perte de sens, qui touche aussi à la parole politique.

Ce qui est en jeu, c’est le rapport de nos concitoyens à l’espace public et à la vérité. Comme si une certaine forme de confiance, sans laquelle on ne peut pas faire société, était en train de se perdre.

Je crois que c’est une tendance lourde, que nous devons garder à l’esprit - vous et nous. Je crois que ce constat doit nous inciter, collectivement, à redoubler d’exigence dans l’exercice de nos fonctions respectives. Je me permets de faire ce rapprochement entre vous et nous, car - chacun à notre manière - nous sommes au service de la vérité. C’est pourquoi il est de notre responsabilité de tout faire pour préserver cet espace public, qui est la condition sine qua non de la vie démocratique.

Je le disais en commençant, ce début d’année a été particulièrement mouvementé, avec une actualité extrêmement dense et des défis diplomatiques majeurs.

Du Moyen-Orient au Sahel, en passant par la Libye, nous avons été à la manœuvre, pour éviter toute forme d’escalade, pour ramener chacun au dialogue, pour poser ou tenter de poser les premiers jalons d’un retour durable à la stabilité.

C’est le sens des appels à la désescalade que nous avons fait passer, avec l’ensemble des Européens, pour éviter un embrasement dans le Golfe. Un embrasement qui - vous le savez - aurait eu de très graves conséquences, y compris dans notre capacité à poursuivre le combat contre Daech.

C’est le sens des démarches que nous avons engagées, avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne, pour préserver l’Accord de Vienne et empêcher qu’une crise de prolifération nucléaire ne vienne se greffer aux tensions déjà fortes existantes.

C’est le sens du Sommet de Pau, qui a permis de discuter et d’élaborer une nouvelle Coalition internationale pour le Sahel, avec ces quatre priorités :

Renforcer notre action dans la lutte contre le terrorisme.

Renforcer les capacités militaires des pays du G5.

Aider au retour de l’État et de ses services dans les territoires.

Et, enfin, faire plus, plus lisible et plus efficace en matière de développement.

C’était le sens du Sommet de Pau. Mais ces initiatives ont trouvé aussi place dans la Conférence de Berlin sur la Libye, qui s’est déroulée il y a quelques jours. Le travail est désormais engagé, à la fois pour consolider la trêve, pour aboutir à un cessez-le-feu durable, pour faire respecter l’embargo sur les armes, et ouvrir la voie à une reprise rapide du processus politique.

Tout cela, en quelques jours de mobilisation diplomatique intense, qui ont confirmé que nous gardons, avec nos partenaires européens, une véritable capacité à agir et à faire entendre une voix propre.

J’ai eu l’occasion de dire, à la sortie de la dernière réunion des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne, qu’il m’était apparu que l’Europe avait repris la main et c’est une bonne nouvelle, car, au-delà même de ces crises qui engagent notre sécurité, les chantiers ne manqueront pas en 2020.

Je pense aux grands défis globaux : l’urgence climatique, avec la COP26 de Glasgow ; je pense au combat pour la biodiversité, avec la COP15 de Chine ; je pense à l’engagement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes avec le forum génération égalité que nous accueillerons à Paris après une première étape à Mexico ; je pense, d’une manière générale, à la défense du multilatéralisme - vous savez que j’en ai fait un point majeur de mon action -, ce multilatéralisme qui est aujourd’hui violemment contesté, soixante-quinze ans après la naissance des Nations unies.

Je pense aussi, sur l’agenda, aux défis propres à l’Europe : la construction d’une véritable souveraineté dans tous les domaines - parce que l’ère de la naïveté me paraît maintenant définitivement révolue et parce que nous devons nous donner les moyens de nous affirmer face aux puissances ; la préservation, après le Brexit, des intérêts de l’Union européenne, en particulier l’intégrité de son marché intérieur, l’égalité des règles pour empêcher toute distorsion de concurrence sera un point significatif de la discussion qui va s’ouvrir avec le Royaume-Uni. Nous y veillerons très attentivement, tout en cherchant aussi à construire une nouvelle relation de confiance avec le Royaume-Uni, qui demeure pour nous un partenaire essentiel, notamment en matière de défense et de sécurité.

Le président de la République l’a dit : 2020 doit être le début d’une nouvelle « décennie européenne ». C’est aussi ma conviction, c’est celle qui me guide chaque jour et celle qui va aussi ponctuer mon agenda dans les semaines qui viennent.

Q - Monsieur le Ministre bonjour, pouvez-vous nous donner quelques précisions sur le rapatriement des ressortissants français de Wuhan s’il vous plaît ?

R - À cet instant, pas beaucoup plus que ce que je vous ai dit ; nous sommes en train de nous organiser pour que cela se fasse le mieux possible. Mme Buzyn a eu l’occasion hier soir de dire dans quelles conditions ce rapatriement serait possible. Nos équipes à Wuhan sont en train d’identifier nos compatriotes qui souhaitent revenir sachant qu’il y aura une période de quarantaine de quatorze jours, je crois, à l’arrivée, ici à Paris. Une fois que ce travail sera fait, les dispositions seront prises pour que le rapatriement se fasse, a priori au milieu de la semaine par voie aérienne.

Q - Bonjour Monsieur le Ministre. Vous évoquiez le Sahel à l’instant. Florence Parly est aux États-Unis pour discuter avec ses homologues américains pour essayer de les dissuader de se désengager de la zone. Dans votre esprit, dans quelle mesure la France, Barkhane, le G5 Sahel, les Européens peut-être, seraient-ils capable de faire sans les États-Unis au Sahel ?

R - Je ne veux pas anticiper sur des décisions qui ne sont pas prises par les États-Unis d’Amérique. Nous sommes dans une phase au Sahel où il y a eu cette rencontre de Pau qui a été, à mon sens, à la fois un sommet de l’unité, un sommet de la clarification et un sommet de la remobilisation, à un moment où on voit bien que la menace et les risques ont changé d’échelle, où ce qui est en jeu, c’est un espace beaucoup plus grand, où ce qui est en jeu, c’est une dynamique destructrice qui s’attaque désormais aux États, qui vise à déstabiliser les États, et avec aussi une logique qui peut amener les métastases de ces menaces jusque dans la région du Lac Tchad, ou qui peut faire le lien, régulièrement, avec la Libye.

Cela veut dire que c’est l’ensemble de notre sécurité qui est en cause, la sécurité des pays concernés, ceux du G5 mais aussi les pays riverains, et aussi la sécurité de l’Europe, c’est notre frontière sud. Il fallait impérativement redonner une nouvelle dynamique à ce combat, mais aussi faire en sorte que ce combat soit accompagné de mesures fortes en termes de présence des États sur leur propre territoire et d’accompagnement de développement.

À cet égard, de peur de l’oublier, je vais présider une rencontre avec tous les intervenants dans le domaine du développement à Nouakchott dans quelques jours pour que ce quatrième pilier du sommet de Pau soit effectivement mis en œuvre.

Dans ce cadre-là, les États-Unis s’interrogent sur le soutien logistique qu’ils apportent et sur la durabilité de ce soutien. Nous espérons qu’ils prendront conscience que l’enjeu du terrorisme se passe aussi là, et qu’ils seront suffisamment lucides pour garder ce partenariat. Je souhaite que la mission de Florence Parly puisse aboutir à de bons résultats.

Q - Les États-Unis sont importants pour la dimension logistique mais aussi pour la dimension renseignement.

R - Logistique et renseignement.

Q - Et donc, pour pousser un peu plus loin la question, est-ce quand même un motif d’inquiétude pour la France ?

R - Pour nous aussi, mais nous espérons que dans cette affaire le bon sens et l’appréciation globale de la crise seront au rendez-vous.

Q - Vous avez dit, dans votre courte allocution, que vous aviez pu constater que l’Europe avait repris la main. Dans quelle mesure, dans quel domaine avez-vous le sentiment ou l’explication que l’Europe ait vraiment repris la main ?

R - Tout simplement parce que depuis le 3 janvier, il y a eu trois initiatives européennes concomitantes, ce qui n’était pas arrivé depuis très longtemps : l’initiative de Berlin, l’initiative de Pau et l’initiative à l’égard de l’Iran.

Tout cela fait l’objet, en permanence, de discussion, de partenariat, d’identification des enjeux entre les différents pays de l’Union européenne, y compris ici, y compris d’abord avec nos partenaires majeurs que sont l’Allemagne et la Grande-Bretagne, mais aussi avec le nouveau Haut représentant, si bien qu’il y a eu, je considère, une dynamique nouvelle qui s’est enclenchée et qui était active au moment des rendez-vous majeurs que j’ai cités.

Donc, on a repris la main. Ce qui ne veut pas dire qu’on ait de résultats, mais en tout cas, l’Europe n’est pas aux abonnés absents. J’en veux pour preuve que, sur la partie liée au sommet de Pau par exemple, mais je pourrais reprendre d’autres exemples, c’est l’Union européenne qui a décidé ensemble de mobiliser les acteurs qui le souhaitent pour renforcer le dispositif militaire, avec la force spéciale Takuba, qui va se mettre en œuvre, parmi d’autres exemples.

Q - Une question très rapide sur l’Iran. Est-ce que vous êtes optimiste pour sauver l’accord de Vienne ?

Q - Moi, j’ai une question sur le Royaume-Uni, dont vous avez parlé à plusieurs reprises, qui est un partenaire important de la France dans les domaines de sécurité et de défense. Comment concilier un maintien de relations étroites avec ce pays, alors que l’UE va discuter de la relation future après le Brexit et qu’il y a beaucoup d’enjeux, de divisions, liés à cette relation ?

R - Divisions internes ?

Q - Oui.

Q - Quatre membres de l’association SOS Chrétiens d’Orient ont été enlevés en Irak, dont trois Français. Est-ce que vous avez reçu des informations, des pistes, concernant, soit des revendications, soit une demande de rançon ou des indications quelconques qui pourraient nous dire où ils se trouvent ?

Q - Longtemps l’Algérie a joué double jeu au Sahel, est-ce qu’avec Abdelmadjid Tebboune que vous avez rencontré la semaine dernière, les choses peuvent évoluer ?

R - Nous sommes très attachés au respect des accords de Vienne. Et c’est précisément parce que nous sommes attachés au respect des accords de Vienne que nous avons déclenché le mécanisme de règlement des différends qui est prévu dans les accords de Vienne. Pour indiquer aux Iraniens d’un côté, qu’ils ne pouvaient pas se mettre à détricoter ou à vider de leur substance les accords progressivement, en prenant des mesures tous les deux mois. Que cela, nous ne pouvons pas l’accepter, parce que c’était une remise en cause des accords de Vienne par le partenaire iranien, nous allons donc ouvrir les discussions avec eux sur le respect des accords. Nous sommes très attachés aux accords de Vienne aussi parce que l’objectif essentiel, c’est d’éviter que l’Iran n’accède à l’arme nucléaire et que la prolifération nucléaire ne se répande dans cette région. On imagine ce que ça donnerait aujourd’hui si d’aventure ce pays, voire d’autres, disposaient de l’arme nucléaire, donc la radicali sation conflictuelle que cela pourrait apporter. Et de ce côté, nous sommes en désaccord avec la position américaine. Vous le savez, ils le savent, nous le disons, c’est précisément pour sauver l’accord de Vienne que nous avons agi ainsi et que nous continuerons à agir ainsi. Je pense que toutes les raisons sérieuses militent dans ce sens, et j’espère que nous pourrons aboutir.

Sur la question concernant les quatre personnes de SOS Chrétiens d’Orient qui ont disparu, nous suivons cela de très près, y compris avec l’association concernée, mais pour l’instant, nous n’avons pas d’élément supplémentaire à vous dire. Dans ce genre de situations, je suis généralement d’une grande discrétion. C’est généralement la meilleure manière d’arriver à des résultats.

Sur l’Algérie et le président Tebboune, oui, je considère qu’il y a un renouveau diplomatique de la part des autorités algériennes. On l’a constaté sur la mise en œuvre de l’accord de Berlin. On le constate puisque l’Algérie a pris l’initiative de réunir à Alger les pays riverains directement concernés par la crise libyenne. Et j’ai pu constater aussi lors de mes entretiens, et avec M. Boukadoum qui est mon homologue algérien, et avec le président Tebboune, la volonté d’être beaucoup plus actifs dans le règlement de la crise malienne et de la crise du Sahel. À telle enseigne que le ministre Boukadoum s’est rendu lui-même à Bamako pour présider le comité de suivi des accords d’Alger, vous savez que normalement, nous devrions pouvoir parvenir à renforcer la mise en œuvre des accords d’Alger, qui pour l’instant n’ont pas encore connu un début de commencement de mise en œuvre. Pendant très longtemps, l’Algérie n’était pas vraiment présente dans ces discussions et là, il s’est rendu lui-même, il y a quelques jours, à Bamako pour présider, ce qui lui revient de droit, le comité de suivi de ces accords. J’ai le sentiment d’une volonté de coopérer de manière beaucoup plus forte avec l’ensemble des acteurs qu’auparavant, et c’est un signe très positif. On a même envisagé, je vous le dis ici, que nous puissions aller ensemble, M. Boukadoum et moi-même à un prochain CSA, comité de suivi de l’accord, pour manifester notre volonté de faire en sorte que les accords de Pau puissent être mis en œuvre.

Sur le Brexit, on est au début d’une nouvelle étape. On avait dit à plusieurs reprises, on avait dit, on avait écrit, on avait laissé entendre que le Royaume-Uni pourrait éventuellement provoquer des dissensions dans l’unité européenne, concernant l’accord de désengagement. Il n’en a rien été. On a pu constater une unité totale des Européens en la matière. Pourquoi ? Parce que chacun a bien perçu son intérêt dans cette affaire, et que l’intérêt de chacun, séparé, ne se dissociait pas de l’intérêt collectif.

Et c’est la même chose maintenant, dans la mesure où, dans les discussions qui vont avoir lieu, chacun a intérêt au maintien de l’intégrité du marché intérieur. Et donc chacun a intérêt à ce que l’accord soit global, comme cela a été le cas pour la discussion de l’accord de retrait. Je suis donc plutôt optimiste en la matière, même si j’entends bien que nous rentrons dans une phase de négociations qui ne va pas être simple. Mandat sera donné à M. Michel Barnier, dans quelques jours, par les 27, mandat de négociation lui sera donné, pour qu’il y ait un accord global, sachant que l’échéance de fin d’année est extrêmement courte, et que l’on ne peut pas avoir un accord global qui soit un accord bâclé. Il faut un accord sérieux, qui puisse permettre un accord global. Je pense que les acteurs sont tout à fait conscients de cela. Je n’ai pas d’inquiétude majeure à cet égard. Je considère que la solidité européenne a tenu, et je ne vois pas d’élément qui nous amènerait à voir des ruptures. Nous parlons de tout cela avec nos amis européens. Je vais demain aux Pays-Bas. J’accompagnerai le président de la République en Pologne la semaine prochaine. Cette discussion a lieu, mais je n’ai pas senti de faille potentielle dans les discussions à venir, chacun ayant intérêt à l’unité.

Q - Je voulais parler de la conférence de Berlin et de la Libye. On a vu un communiqué, hier, des Nations unies qui dénonçait une reprise de livraisons d’armes. On a aussi vu qu’il y a eu des vols accrus, des Émirats arabes unis, au cours des derniers jours, pour livrer des armes. Quelles mesures peuvent prendre les Européens et la France pour mettre en oeuvre cet embargo sur les armes ?

R - D’une part, le maintien de la trêve, c’est la première étape. Le maintien de la trêve et le passage au cessez-le-feu. Ce n’est pas la même chose, le cessez-le-feu est plus formel et plus engageant, la trêve est très ponctuelle. Pour ce faire, il a été décidé à Berlin, dimanche de la semaine dernière, que se réunirait dans les jours qui viennent un comité militaire dit « 5+5 », cinq d’un côté, et cinq de l’autre, pour élaborer à la fois le maintien de la trêve et sa transformation en cessez-le-feu qui donnera ensuite les ouvertures nécessaires pour à la fois le démantèlement des milices, la réunification institutionnelle, et aussi la réunification financière, pour que les ressources de ce pays soient équitablement partagées, et après le processus politique. C’est cela les étapes des cinquante-cinq points, car il y a quand même cinquante-cinq points d’accord à Berlin. Le comité « 5+5 » doit se réunir et c’est lui qui doit décider la mise en œuvre du dispositif de passage d e la trêve au cessez-le-feu, et il doit se réunir sous l’autorité de M. Ghassan Salamé, l’Envoyé spécial des Nations unies, dans les jours qui viennent.

Sur l’embargo, il faut maintenant que nous puissions mettre en œuvre les moyens de faire respecter l’embargo. Ce sera le cas dans cette rencontre 5+5, mais ce sera aussi une initiative européenne, puisque, j’en parlais, le Haut représentant, M. Josep Borrell, a annoncé qu’il mettait à l’étude les moyens que l’Union européenne pourrait diligenter pour faire respecter l’embargo, et pas uniquement par mer, mais aussi par terre et par air, pour éviter qu’il y ait une reprise, par les uns ou par les autres, de livraisons d’armes qui du même coup accentueraient la conflictualité dans ce pays. Voilà où nous en sommes à l’heure actuelle. Il fallait que cette conférence ait lieu, il fallait que tout le monde soit là. Cela a été le cas. Il fallait qu’il y ait des points durs de consensus, je crois que cela a été le cas. Maintenant, l’enjeu, c’est la mise en œuvre de chacun des points, avec une vigilance très forte sur chacun de ces points, même s’il peut y avoir, j’ai pu le constater aussi par différentes informations, quelques ruptures, mais elles sont relativement ponctuelles par rapport à ce que l’on a connu antérieurement, donc il ne faudrait pas que cela dérive./.