Minh-Hà Pham est Conseillère pour la science et la technologie à l’Ambassade de France aux Etats-Unis

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Faisons connaissance

Je suis Conseillère pour la science et la technologie, basée à Washington. Je coordonne l’ensemble du réseau scientifique sur le territoire américain, composé de 8 attachés scientifiques, de 9 volontaires internationaux et de 4 personnels administratif et webmestre. Le service scientifique travaille en lien direct avec les représentants des organismes de recherche qui ont un bureau de représentation hébergé dans l’ambassade (CNRS, Inserm) et avec les conseillers nucléaire (CEA) et spatial (CNES) de l’Ambassade. Ce service travaille en coordination avec les attachés universitaires du service culturel en particulier pour les programmes liés à la mobilité étudiante.

Mon travail consiste à mettre nos actions au service de la valorisation de la qualité de l’expertise française en matière de recherche et de technologie en facilitant la structuration de coopérations scientifiques franco-américaines, en augmentant la mobilité transatlantique d’étudiants et de chercheurs, en permettant l’accès de startups innovantes françaises au marché américain et réciproquement en faisant connaître le marché française à des startups américaines, et plus largement en animant la communauté scientifique française aux États-Unis.

Je suis chercheur de formation, titulaire d’une thèse de 3ème cycle et d’une thèse d’état en Neurosciences de l’Université Pierre et Marie Curie, ainsi que d’un diplôme d’Ingénieur agronome (AgroParisTech). Initialement chercheur à l’Inra où j’ai dirigé le Laboratoire de Neurobiologie comparée des invertébrés, j’ai ensuite rejoint le CNRS d’abord comme Directrice adjointe pour les coopérations avec l’Asie-Pacifique, puis comme Directrice des Relations européennes et internationales. Entre temps, j’ai également été Déléguée internationale du PRES ParisTech (regroupement des principales grandes écoles d’ingénieurs de la région parisienne).

Une journée type ?

Dans mes fonctions actuelles, ma journée consiste essentiellement en la coordination des actions du service, via l’organisation de réunions soit avec des partenaires américains soit avec les membres de mon équipe locale à Washington ou par téléphone ou visioconférence avec les antennes du service scientifique dans les consulats, afin de mettre en œuvre les différents programmes développés par notre service. J’effectue également un travail de veille quasi quotidien sur les évolutions du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche en France et la politique scientifique américaine, ainsi qu’un travail rédactionnel. Je me déplace très fréquemment sur le territoire américain, notamment pour participer aux évènements organisés par les attachés scientifiques ou pour visiter des sites ou institutions académiques.

Qu’est-ce ce qui vous plaît dans votre métier ?

J’apprécie particulièrement le travail de coordination de l’équipe scientifique, extrêmement réactive et dynamique, l’élaboration et la conduite de projets et les interfaces avec les partenaires scientifiques tant français qu’américains, milieu que je connais particulièrement bien.

Des défis à relever ?

A mon arrivée, les relations entre service scientifique et service culturel étaient parfois difficiles, notamment sur les questions universitaires, relevant des deux services. Le dialogue a été pleinement rétabli et l’élaboration de plusieurs programmes en commun en témoigne (TFMI sur la mobilité étudiante transatlantique ou programme Thomas Jefferson pour la coopération de recherche franco-américaine).

De plus, à mon arrivée tous les programmes du service ont été remis à plat, certains abandonnés et les autres optimisés en termes d’organisation, et ont fait l’objet de recherche de nouveaux partenariats institutionnels et financiers pour en augmenter la capacité.De nouveaux programmes ont également été créés. Ayant fait le constat d’un important déficit de notoriété de ces programmes, en particulier chez les partenaires universitaires et de recherche français susceptibles d’en bénéficier, ainsi qu’auprès du Département, j’ai fait un effort particulier pour améliorer la communication sur nos actions.

Le principal obstacle que j’identifie, compte tenu des moyens en ressources humaines et les budgets qui diminuent, c’est de maintenir une balance équilibrée entre la conduite des projets en cours et la valorisation de ce travail à travers une communication régulière et ciblée (notes, rapports, brèves sur divers supports, usage des réseaux sociaux etc.).

Enfin, le renouvellement régulier des attachés et volontaires internationaux du réseau nécessite un travail constant pour maintenir la cohésion d’ensemble de l’équipe et la pérennité des programmes. Ceci est sans doute particulièrement sensible quand il s’agit de faire vivre des programmes de collaborations scientifiques, qui s’inscrivent dans un temps long et ne reposent pas seulement sur l’organisation d’évènements ponctuels.

Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour occuper votre poste ?

Pour un pays comme les États-Unis, un niveau d’étude (Doctorat), une formation scientifique avérée est une reconnaissance antérieure dans son domaine scientifique sont indispensables (la légitimité scientifique est très importante pour s’adresser à des universitaires de haut niveau). Des compétences dans le domaine de la coordination d’équipe et de gestion des ressources humaines est requise, d’autant qu’il faut être en capacité de faire travailler une équipe dispersée sur un large territoire. Il faut avoir la capacité à travailler dans un milieu impliquant des échanges au sein de l’ambassade avec des diplomates de carrière, et des métiers très variés au sein des différents services. Ceci nécessite de grandes qualités pédagogiques et de communication, le risque étant de recruter à ce poste de bons chercheurs mais ayant exclusivement l’expérience d’un environnement scientifique, et qui auront du mal à transmettre à des non spécialistes. Enfin, une expérience internationale est très utile afin de comprendre les modalités de négociation et de conduite de projets en partenariats avec des interlocuteurs internationaux.

Et le contexte interculturel ?

Pour les États-Unis, lorsqu’on est scientifique, la culture scientifique américaine étant dominante, le danger est de penser qu’on connaît parfaitement les usages de ce pays. Or la confrontation directe avec des partenaires américains vous font rapidement comprendre les choses suivantes :

  • les échanges cordiaux lors de cocktails ou de dîner sont en fait des moments de réseautage et de travail intense, et non de détente ;
  • la réactivité professionnelle des américains est exceptionnelle et nos validations administratives françaises prennent parfois des délais difficilement compréhensibles pour nos collègues américains ;
  • l’image de la France pour les Américains est plus souvent liées à la culture, aux paysages et à la bonne nourriture, plutôt qu’à la science et à la technologie, notre travail est important pour faire évoluer cette image ;
  • les français à l’étranger ne sont pas toujours nos meilleurs ambassadeurs (car parfois critiques vis-à-vis de la France), et ils sont difficiles à identifier car, contrairement à d’autres pays, les Français ont peu l’habitude de se regrouper en associations (en dehors des anciens de grandes écoles). Toutefois, la diaspora scientifique française implantée durablement aux États-Unis nous apparaît une ressource très utile à utiliser pour nous aider à pénétrer le tissu académique américain, pour recevoir des délégations, pour renforcer des collaborations avec la France. Il est utile d’interagir fortement avec cette communauté.

Un projet phare ?

La mise en place du programme French American Climate Talks (FACTS) dans la perspective de la COP21 : 17 rencontres ont ainsi été organisées sur le territoire américain et canadien permettant à des chercheurs, personnalités politiques, entrepreneurs, représentants de la société civile, français et américains, de discuter ensemble du changement climatique, dans ses différentes dimensions (finances, liens avec les entreprises, impacts sur la santé, l’agriculture, les évènements extrêmes etc.). Des personnalités telles que Nicolas Hulot, Corinne Lepage, Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmotte, Christine Lagarde ont participé à ces évènements, qui ont rencontré un écho important.

Dans le cadre du programme d’accroissement de la mobilité étudiante transatlantique (TFMI), nous avons entrepris de diversifier les populations d’étudiants susceptibles de voyager de part et d’autres de l’Atlantique. Nous avons ainsi réalisé un projet de "Boot camp" en France, destiné à des étudiants de Community Colleges (étudiants de milieu peu favorisé, diversité sociale et ethnique) pour une immersion de 10 jours autour de d’une thématique scientifique (les énergies renouvelables). Réciproquement, nous avons mis en place un programme de Mentorat par le biais de conversations en anglais entre les volontaires internationaux des services scientifique et culturel et des étudiants de l’Institut Villebon (formation en licence ouverte à des étudiants venant de milieux défavorisés). Ces échanges ayant pour objectif de mieux préparer les étudiants français à se présenter à des masters.

Et le retour en France ?

Je n’ai pas encore eu l’expérience d’un retour en France après une expérience en poste dans le réseau. Cependant, dans cette perspective, je pense retrouver des fonctions de gestion des relations internationales au sein d’une institution d’enseignement supérieur et de recherche, ou au sein d’un ministère, et j’espère pouvoir coordonner des actions dans le domaine de la diplomatie et/ou de la politique scientifique. Par exemple j’espère pouvoir transférer en France tout ou une partie du programme "Science and Technology Policy Fellowship" mis en place par la Société savante américaine American Association for the Advancement of Science (AAAS) : il s’agit de sélectionner des chercheurs de haut niveau dans tous les domaines pour les placer pour 1 à 2 ans dans des agences fédérales, au Congrès, dans les Départements d’État (ministères), afin d’y apporter une expertise scientifique et à l’inverse, lorsque ces scientifiques reviennent dans leurs institutions, de comprendre comment se prennent les décisions politiques et budgétaires.

Mise à jour : août 2017