Claudie Pion est Attachée de coopération pour le français à l’Institut français de Milan

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Faisons connaissance

Je suis actuellement attachée de coopération pour le français à l’Institut français de Milan, en Italie, fonctionnaire détachée au MEAE. Ma mission consiste à promouvoir la langue française dans 4 régions du Nord de l’Italie et à coopérer avec les établissements où l’on enseigne le français, du primaire à l’université, en dynamisant l’enseignement bilingue à travers la formation, les projets de mobilité, l’organisation d’évènements et en valorisant l’expertise didactique et pédagogique française.

Avant d’occuper ce poste, j’étais directrice de centre d’information et d’orientation, détachée à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger à Paris (AEFE). J’étais chargée de mettre en œuvre la politique d’orientation de l’Agence (conseil, information, formation) auprès des lycées français à travers le monde. Je suis issue du corps des conseillers d’orientation psychologues du ministère de l’Éducation nationale, formés à une vision globale et à l’analyse des enjeux du système éducatif. J’ai aussi été longtemps chargée de cours à l’université et impliquée dans la formation continue d’adultes, parallèlement à ma fonction principale.

Une journée type ?

Je ne suis pas tous les jours à l’Institut français, et assez souvent sur le terrain : des rendez-vous avec les autorités éducatives régionales, une formation de professeurs, un évènement culturel lié à la langue française, une journée d’information sur l’enseignement supérieur français avec Campus France, une réunion de travail avec des enseignants, des proviseurs, ou une institution pour impulser des projets…Il arrive aussi que j’intervienne pour un colloque, une conférence, ou une remise officielle de diplômes. Un suivi administratif des projets est bien sûr nécessaire, il se fait dans mon bureau à l’Institut français de Milan où je suis aussi en contact avec les autres personnels. En résumé, il faut concevoir, créer, rencontrer, organiser, négocier, communiquer, administrer…

Qu’est-ce ce qui vous plaît dans votre métier ?

Concevoir un projet et le voir se réaliser. Trouver le moyen de faire évoluer de manière durable des dispositifs. Créer des situations innovantes de coopération. Accompagner le changement, apprendre en permanence, travailler de manière transversale. La richesse des rencontres.

Des défis à relever ?

Avec une politique linguistique en Italie se réclamant du "tout anglais", le défi fut de défendre le plurilinguisme, amener les autorités éducatives régionales à reconnaître de l’utilité de l’apprentissage du français dès le primaire, rappeler le fait que la France et l’Italie sont l’une pour l’autre le second partenaire économique, prouver l’importance du français et des compétences interculturelles en entreprise, et diffuser ainsi une image modernisée de la langue française. Pour cela il m’a fallu conduire un travail transversal primaire/collège/lycée, ainsi qu’avec Business France ou la Chambre française de commerce et d’industrie et diverses institutions italiennes. L’obstacle majeur est le cloisonnement de ces différents acteurs et le temps nécessaire pour persuader les uns et les autres d’adhérer à un projet qui n’entre pas dans le cadre habituel de leurs missions.

Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour occuper votre poste ?

Les qualités indispensables me semblent être de savoir s’adapter, être à l’écoute, posséder une capacité d’analyse qui permette de saisir des opportunités et d’impulser des projets. Une connaissance large du système éducatif et une expérience internationale sont des atouts importants. Savoir analyser les besoins de formations pour y répondre de manière adaptée.

Pour ma part, j’ai découvert le réseau culturel lors d’une mission à Manille avec la sensation que c’était "ce que je cherchais". Pour réaliser ce projet personnel, je m’y suis alors préparée : j’ai obtenu une maîtrise FLE, puis un Master 2 "Coopération éducative et linguistique". Mon expérience à l’AEFE m’a permis de connaître le réseau des lycées français mais aussi leurs liens avec les systèmes éducatifs du monde entier et avec le réseau culturel auquel ils sont reliés. Une expérience d’ouverture maximale et d’adaptation puisque je pouvais passer en deux semaines du lycée français de Nouakchott à celui de Washington puis à celui de Phnom Penh…

Et le contexte interculturel ?

Notre regard sur le monde et sur nous-mêmes change. Une capacité à comprendre les différences d’enseignement et d’apprentissage, à s’ouvrir à d’autres fonctionnements tant administratifs qu’humains fait partie du professionnalisme requis pour ce type de poste. Ici, en Italie, c’est un peu la rencontre de Michel Ange et de Descartes, et j’ai travaillé en me disant que seule l’association des deux approches pouvait créer de l’innovation car chacun a à apprendre de l’autre. C’est aussi la découverte de notre propre système d’un autre point de vue : à la fois sa relativité et son rayonnement.

Un projet phare ?

Oui, le projet pilote que j’ai conçu et réalisé autour du français langue pour l’emploi, soutenu par l’Institut français, m’a rendue particulièrement fière d’exercer ce métier. Un évènement inaugural "Génération bilingue et économie franco-italienne : un pacte pour l’avenir" a rassemblé plus de 350 personnes, dont des dirigeants de grands groupes français en Italie, venant des industries culturelles, des représentants d’institutions économiques ou éducatives françaises ou italiennes.

Ce projet a permis de fédérer un réseau solide, de signer des protocoles d’entente avec les autorités éducatives et les représentants du monde économique, d’organiser des conférences thématiques sur les secteurs porteurs de notre économie bilatérale avec Business France et d’aboutir à l’accueil par les entreprises d’élèves bilingues Esabac (l’EsaBac permet la double délivrance de l’Esame di stato italien et du baccalauréat français) dans des parcours d’alternance école-travail de qualité.

Aujourd’hui une cinquantaine d’entreprises françaises ont déjà accueilli en alternance plus de 150 élèves bilingues et souhaitent que ce dispositif soit pérenne ; un accompagnement "en français" du dispositif d’alternance se met en place, alors que la loi dans lequel il s’inscrit n’a que 2 ans. Enfin un grand groupe français du secteur du luxe en Italie a décidé récemment de proposer fin 2017 à l’élève italienne qu’ils avaient accueillie en alternance en 2016, un contrat d’apprentissage pendant ses études supérieures pour faire d’elle une future collaboratrice… Comment mieux prouver la valeur des compétences acquises en Esabac ?

Mise à jour : juillet 2017