UE : Témoignage d’une stagiaire "Blue Book" (publié le 09.04.19)

Depuis 1960, le programme officiel de stages de la Commission européenne permet de réaliser un stage au sein de ses services. Ces stages indemnisés démarrent en octobre ou en mars et durent cinq mois. Le bureau des stages de la direction générale de l’éducation et de la culture (DG EAC) gère la procédure de sélection pour recruter environ six cents stagiaires, appelés stagiaires « Blue Book », pour chaque période.

Joséphine Moreau, vous avez été stagiaire Blue Book au Service européen pour l’action extérieure (SEAE) à Bruxelles. Comment avez-vous appris l’existence de ce programme ? Comment s’est déroulée votre sélection ?

J’ai appris l’existence du programme Blue Book par le bouche à oreille. Ayant fait des études de relations internationales au Royaume-Uni puis en Jordanie, beaucoup de mes amis et connaissances partagent mon intérêt pour les organisations internationales et plusieurs m’ont recommandé le stage Blue Book. J’étais dans ma dernière année d’études lorsque j’ai postulé, et souhaitais faire une expérience professionnelle dans le milieu en tant que stagiaire avant de préparer des concours menant à des contrats à durée déterminée et indéterminée.

Ma sélection s’est faite sur six mois. J’ai monté mon dossier de candidature en janvier 2018, renseignant mes motivations, mon parcours scolaire et professionnel. En avril, on m’a demandé d’envoyer une copie de mes diplômes, relevés de notes et preuves d’emploi. On m’a ensuite confirmé, début juin, que j’avais été pré-sélectionnée pour le stage et que je faisais partie de la « banque de données Blue Book ». A partir de là, j’ai eu deux semaines pour contacter directement les unités auprès desquelles je souhaitais travailler pour leur faire part de ma motivation. J’ai eu plusieurs échanges positifs avec des chefs d’unité qui ont fait une demande d’embauche auprès des ressources humaines. Au final, c’est auprès de la Task Force Iran du SEAE que j’ai travaillé au cours de mon stage, bien que n’ayant eu aucun contact avec l’équipe au cours du processus de sélection.

Qu’avez-vous fait au cours de votre stage ?

Stagiaire de la Task Force Iran, je jouais principalement un rôle d’analyste politique et de veille. Tous les jours, je contribuais à la production d’une revue de presse sur l’Iran, ainsi que, trois fois par semaine, d’une revue Twitter. Je suivais donc en profondeur l’actualité iranienne à une période particulièrement sensible dans ses relations avec l’UE ; j’étais présente lors de la réimposition des sanctions américaines sur l’Iran et j’ai suivi de près les efforts européens visant à maintenir l’accord nucléaire de 2015 (JCPOA). J’assistais aussi les membres de la Task Force dans leurs tâches quotidiennes, de la rédaction des « briefings » aux rendez-vous avec des diplomates étrangers, les 28 États membres et des députés européens. Je me suis également beaucoup intéressée à la question des droits de l’Homme en Iran.

Avez-vous des moments de fierté à partager avec nous ?

Un moment de fierté collective pour moi a été le lancement d’INSTEX, un mécanisme financier établi par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni avec le soutien de l’UE visant à soutenir les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Iran, et donc à préserver le JCPOA. INSTEX est un mécanisme innovant et courageux, et cela faisait des mois que mon équipe travaillait sur ce projet. Je n’ai été qu’une toute petite pièce de la structure qui a permis son lancement, mais ma veille politique des réactions iraniennes et internationales à INSTEX a permis au SEAE de mieux comprendre les attentes que s’en faisaient différents milieux, et je l’espère, d’y réagir de manière plus efficace.

En tant que femme, avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

Je n’ai rencontré aucune difficulté en tant que femme au SEAE. Ce service, dont les postes de Haut Représentant et de Secrétaire Général sont occupés par des femmes, semble décidé à atteindre la parité dans son effectif. Mon jeune âge, j’avais 22 ans au début de mon stage, n’a jamais été un obstacle non plus, et on m’a rapidement confié des tâches passionnantes.

Ce stage vous a-t-il aidé dans la définition de votre projet professionnel ?

Ce stage m’a aidé dans la définition de mon projet professionnel. Je suis maintenant certaine que je souhaite travailler dans un environnement international et polyglotte, et espère intégrer une organisation internationale. Je prépare donc les concours de l’UE.

Auriez-vous des conseils à prodiguer aux jeunes diplômés qui souhaiteraient se porter candidats ?

D’abord, il faut porter beaucoup d’attention aux choix effectués dans les stades initiaux de la candidature. La concurrence pour les stages Blue Book est rude (602 lauréats pour 14 870 candidats lors de la session d’octobre 2018) donc il faut tout miser sur ses atouts et s’assurer que chacune des préférences énoncées corresponde à une expérience personnelle, professionnelle ou scolaire forte.

Ensuite, au stade de la base de données Blue Book, il faut être proactif et contacter directement les chefs d’unité qui vous intéressent. La base de données étant très large, cela leur permet de retrouver votre profil beaucoup plus facilement et de vous confirmer, ou non, qu’ils embauchent. Il est recommandé à ce stade d’en contacter plusieurs, de manière également très ciblée.

Enfin, il n’y a aucune "recette miracle" ou garantie pour obtenir un stage Blue Book. Il faut parfois postuler à plusieurs reprises avant d’être sélectionné, certains sont choisis par des équipes qu’ils n’avaient pas contactées et d’autres en contactent vingt pour recevoir une réponse positive. La leçon que je retire de cette expérience est qu’il ne faut pas se laisser décourager et surtout bien mettre en avant ses atouts auprès des équipes qui y correspondent le mieux.

POUR ALLER PLUS LOIN

  • Consulter la rubrique des stages sur le site Internet de la Commission européenne (ec.europa.eu)

Photo : Stagiaires SEAE, le dernier jour de leur stage Blue Book, fin février 2019
Joséphine Moreau est la troisième à partir de la gauche
Crédits visuels, droits réservés : Florentina Dumitru / Miriam Peters

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