Qatar - Diplomatie économique – Déplacement de Mathias Fekl (Doha, 10 et 11 février 2015)

Matthias Fekl, secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l’étranger, s’est rendu au Qatar les 10 et 11 février afin d’y rencontrer les autorités gouvernementales et les décideurs économiques. Une importante délégation d’entreprises françaises, dont plus d’un tiers de petites et moyennes entreprises, a participé à ce déplacement.

Les échanges ont prioritairement été consacrés à notre coopération dans les domaines de la ville durable, du tourisme et du sport. Ils ont permis aux entreprises qui le souhaitent de nouer des contacts utiles à leur développement au Qatar, grâce à un programme personnalisé d’accompagnement proposé par Business France.

A l’occasion de cette visite, Matthias Fekl a donné une conférence sur le partenariat économique franco-qatarien dans les locaux de HEC Paris au Qatar. Il a rencontré également la communauté française, ses élus, les conseillers consulaires, ainsi que les proviseurs des lycées français.

Interview de Matthias Fekl au quotidien Al Watan (11.02.15)

Commençons par votre visite à Doha. Quel est l’objet de cette visite ? Quels sont les résultats attendus ?

Je suis venu ici accompagné d’une délégation d’entreprises françaises pour renforcer le partenariat économique que nous avons noué depuis de longues années avec le Qatar. Je rencontrerai plusieurs hauts responsables économiques et politiques.

Entre la France et le Qatar, nous pouvons faire plus, nous pouvons faire mieux. La relation politique est bonne et crée donc un climat favorable pour renforcer notre coopération dans tous les domaines, notamment commercial.

Par ailleurs, en ma qualité de secrétaire d’Etat chargé des Français de l’étranger, je suis heureux d’aller à la rencontre de la communauté française établie au Qatar qui est une communauté active et en plein essor comptant aujourd’hui environ 4 500 personnes. Le sujet des écoles est très important au Qatar. Ce sujet est un des sujets prioritaires que je compte aborder lors de mes entretiens à Doha. Il est essentiel à mes yeux de tout faire pour être en mesure de répondre à une demande croissante des communautés française et francophones de ce pays en termes de places dans les écoles.

Comment évaluez-vous les relations bilatérales entre le Qatar et la France ?

Nos relations sont solides et confiantes avec le Qatar. Ces très bonnes relations sont une constante depuis l’indépendance du Qatar en 1971.

La relation entre nos deux pays couvre tous les domaines : le dialogue politique, la coopération de défense et de sécurité, l’économie, la culture, l’éducation et bien sûr le sport. Nous entendons continuer à développer, approfondir et intensifier cette coopération franco-qatarienne dans tous les secteurs.

Le Qatar est un pays qui connaît un fort développement, qui est industrieux, inventif, ouvert sur le monde et qui a un grand défi qui l’attend, à savoir l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022. La France et ses entreprises peuvent aider le Qatar à relever ce défi. Les entreprises françaises présentes au Qatar, qui travaillent dans de nombreux secteurs (construction, transports, défense et sport notamment), représentent l’excellence du savoir-faire français.

La fréquence de nos rencontres et de nos échanges est sans doute l’un des meilleurs signes de l’excellence des relations entre la France et le Qatar. Le Président de la République est venu à Doha en juin 2013 et un an après, presque jour pour jour, l’Emir du Qatar, Son Altesse Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, s’est rendu en France en juin 2014. Les visites ministérielles dans les deux sens sont nombreuses et se tiennent à un rythme particulièrement soutenu. La densité de ces échanges démontre la qualité de la relation franco-qatarienne.

Quel est le volume des échanges commerciaux entre les deux pays ? Quels sont les moyens de les développer à l’avenir ?

Les échanges entre nos deux pays sont en progression et se situent autour de 1,5 Md d’euros. Nos exportations vers le Qatar devraient enregistrer un rebond de 25% en 2014 d’après nos premières estimations. Nos échanges sont dominés par les ventes d’Airbus à la compagnie aérienne nationale Qatar Airways, néanmoins on constate une progression de nos exportations hors aéronautique, qui témoigne d’une diversification de notre présence au Qatar, en particulier dans les secteurs des biens de consommation et des biens d’équipements.

Le Qatar se lance actuellement dans un très ambitieux programme d’investissements, notamment au niveau de ses infrastructures. L’ampleur des travaux à réaliser et les délais contraints imposés par l’organisation de la Coupe du Monde en 2022 constituent un défi de taille. Cela nécessite le choix de prestataires reconnus afin de s’assurer que les travaux soient réalisés dans les meilleures conditions de délais, de qualité, de fiabilité, de sécurité ainsi que dans le respect de l’environnement. A cet égard, les entreprises françaises ont une expertise internationalement reconnue et ont déjà remporté des succès importants notamment dans le secteur des travaux publics, des transports urbains, de l’environnement, des technologies de l’information et de la communication… La communauté d’affaires française a aussi décidé de regrouper son offre d’excellence dans le domaine du sport autour de l’initiative de French Team 4 Sport.

Enfin, le second défi consistera à exploiter ces infrastructures de façon efficace et durable afin que les usagers puissent bénéficier d’un service de qualité. Pour cela il faut créer un cadre institutionnel préservant l’intérêt du secteur public et des usagers, et sélectionner des exploitants expérimentés. Je pense que la France et les entreprises françaises ont un savoir-faire dans l’exploitation d’infrastructures qui pourrait être bénéfique au Qatar. Leur longue expérience et leur politique d’excellence en matière de RSE (responsabilité sociale des entreprises) permettront au Qatar de laisser un héritage fructueux aux générations futures.

Au-delà des échanges commerciaux, les investissements croisés entre la France et le Qatar constituent un volet important de notre relation bilatérale et ont un impact direct en termes de création d’emploi et de croissance. Selon les années, la France se situe au quatrième ou cinquième rang des investisseurs étrangers au Qatar. Ces investissements, historiquement réalisés dans le secteur des hydrocarbures, ont joué un rôle moteur dans l’essor de l’économie qatarienne en permettant la mise en valeur des importantes ressources naturelles du pays et en accompagnant sa politique de diversification.

Parallèlement, notre pays est le second récipiendaire des investissements du fonds souverain qatarien, Qatar Investment Authority (environ 10%), derrière le Royaume-Uni. Afin d’investir dans des PME à fort potentiel de développement, un fonds commun a été créé entre la caisse des dépôts et consignations et Qatar Holding. La société commune entre CDC International Capital et Qatar Holding est opérationnelle depuis le 17 février 2014 et a été nommée Future French Champions.

Y-a-t-il une coordination entre le Qatar et la France en ce qui concerne les questions régionales, y compris face à la menace croissante du terrorisme ?

Le Qatar et la France sont des pays amis et partenaires. Nous coordonnons nos efforts pour chercher à résoudre les crises dans la région, en gardant à l’esprit l’intérêt des peuples. Nos échanges de vues sont réguliers, y compris dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. L’engagement du Qatar contre le terrorisme se manifeste notamment par sa participation à la coalition internationale qui lutte contre Daech. Le Qatar a en outre affirmé avec force son soutien à la France et au peuple français après les événements tragiques qui se sont produits en janvier dernier à Paris. Ces attentats ont été un choc pour le monde entier et les Qatariens ont été solidaires de la France dans cette épreuve. Nous devons gagner cette bataille contre le terrorisme et nous ne pourrons le faire que si nous travaillons ensemble, car nous sommes tous concernés.

Dans le contexte de l’attaque de Paris. Quel est le plan du gouvernement français pour contrer la menace croissante du terrorisme au Moyen-Orient et en Europe ?

Comme vous le savez, les trois jours d’attentats que notre pays a vécus à partir du 7 janvier dernier ont été un choc immense : des journalistes, des dessinateurs de Charlie Hebd, ont été abattus, et à travers eux, c’est la liberté de la presse et la liberté d’expression qui ont été visés ; des concitoyens ont été tués, pour la seule raison qu’ils étaient juifs, et à travers eux, c’est notre unité nationale qui visée ; des forces de l’ordre ont été tués, parce qu’ils faisaient leur devoir, et à travers eux, c’est l’Etat républicain qui a été ciblé. Mais la France est restée debout et a fait face de façon exemplaire.
En dehors de nos frontières, nous mettons tout en œuvre pour protéger nos concitoyens à l’étranger et assurer leur sécurité et celles de nos emprises. Il en est de même pour tout ressortissant qui souhaite séjourner en France et découvrir les richesses culturelles, historiques et humaines de notre magnifique pays. Je tiens à remercier les autorités qatariennes qui ont le souci constant d’assurer la sécurité des ressortissants français.

Le gouvernement français a confirmé à plusieurs reprises que le terrorisme n’avait rien à voir avec l’Islam, nous constatons néanmoins une augmentation de l’hostilité contre les musulmans en France, ainsi que des tentatives de les marginaliser. A votre avis, quelles sont les raisons ?

Tout d’abord, vous avez raison de le rappeler, le terrorisme n’a rien à voir avec l’Islam. Le Président de la République l’a rappelé dans son discours prononcé à l’Institut du monde arabe le 15 janvier dernier. D’ailleurs, les musulmans sont, à travers le monde, les premières victimes du terrorisme.

Il y a eu des incidents en France contre des lieux de culte ou des sites musulmans, après les attentats du 7 janvier. Tous ces actes ont été condamnés avec la plus grande vigueur par les autorités françaises. La France, vous le savez, est attachée au principe d’égalité entre les citoyens devant la loi. Elle combat avec toutes ses forces toute forme de discrimination et d’intolérance. Le racisme est contraire aux valeurs de la République française. Notre pays est riche de ses différences et de sa diversité. Il a toujours su accueillir et rapprocher les êtres humains. La laïcité est au fondement de notre République, elle permet à tous, croyants et non-croyants, de vivre ensemble dans le respect des lois de la République. Les terroristes ont avant tout cherché à briser l’unité nationale. Or, la France, c’est la tolérance. Ce qui compte aujourd’hui, c’est que les Français se rassemblent plus que jamais autour de ces valeurs de tolérance et de démocratie. Ils l’ont montré lors de la marche qui s’est tenue à Paris le 11 janvier 2015. Les terroristes qui prétendent agir au nom de l’Islam sont le contraire de l’Islam et ils veulent provoquer dans nos sociétés des divisions entre les musulmans et les non musulmans. Nous devons avoir la réaction inverse qui consiste à dire : face à leur volonté de nous faire peur et de nous diviser, au contraire nous sommes unis, plus que jamais, autour des valeurs de tolérance et du vivre-ensemble. Les terroristes cherchent à instrumentaliser les musulmans établis en France et en Europe. Mais ces actes, nous les combattons et, que les terroristes le veuillent ou non, que les auteurs de ces actes antimusulmans le veuillent ou non, l’islam fait partie de la société française, qui est une société ouverte. Le peuple français saura surmonter cette épreuve.

Informations complémentaires

PLAN DU SITE