Déclaration conjointe de la France et de la Nouvelle-Zélande (Palais de l’Élysée, lundi 16 avril 2018)

traduit de l’anglais

Alliées au cours des deux guerres mondiales, la France et la Nouvelle-Zélande sont unies par une amitié ancienne. Aujourd’hui, nous continuons d’agir ensemble en faveur des valeurs et principes démocratiques qui nous sont communs, du multilatéralisme, d’un ordre international reposant sur des règles et de la viabilité de notre planète et de ses habitants.

Pays ouverts et dynamiques appartenant à une chaîne de démocraties, la France et la Nouvelle-Zélande sont déterminées à s’opposer au protectionnisme et à défendre un commerce inclusif et progressiste qui apporte la prospérité, favorise les normes sociales, environnementales et sanitaires les plus élevées et soutient le développement durable.

En notre qualité de proches voisins dans le Pacifique, notre coopération dans cette région repose sur des intérêts communs en matière stratégique, de défense et de sécurité, d’environnement et de développement.

La force de nos liens interpersonnels traduit la passion qu’inspirent nos cultures respectives. La croissance du tourisme, le renforcement des liens dans le domaine éducatif et le succès du programme vacances-travail, en particulier auprès de la jeunesse, contribuent au dynamisme de nos relations.

Inspirés par ces liens et par ces aspirations, nous convenons de développer davantage encore nos relations bilatérales en nous attachant aux grandes priorités ci-après :

1. Agir de concert en faveur de la viabilité de la planète, de la lutte contre les changements climatiques et de l’environnement :

a) nous placer au premier rang, en termes d’ambition, d’action et de résultats, pour faire face au problème le plus pressant qui se pose à la communauté mondiale, celui des changements climatiques, notamment à son impact dans le Pacifique ;

b) agir en faveur de la mise en œuvre effective et urgente de l’Accord de Paris, notamment en concluant le programme de travail lors de la COP24,conformément à son mandat ;

c) collaborer au sein de la plate-forme 2050 Pathways et de la coalition « Vers la neutralité carbone » afin de susciter une mise en œuvre efficace des politiques ;

d) soutenir l’avancement des travaux du groupe de travail One Planet Sovereign Wealth Funds créé le 13 décembre 2017 afin d’accélérer les efforts visant à intégrer les risques et opportunités d’ordre financier liés aux changements climatiquesà la gestion de grands paniers d’actifs de long terme ;

e) développer la coopération sur des initiatives liées aux changements climatiques, notamment dans le cadre de l’Alliance mondiale de recherche sur les gaz à effet de serre en agriculture et de l’initiative « 4 pour 1000 » sur les terres agricoles pour la sécurité alimentaire et le climat, collaborer afin d’organiser lors de la COP24 une manifestation axée sur l’agriculture durable et les changements climatiques, dont l’agriculture de précision et l’agroécologie, et saluer les priorités du projet Make Our Planet Great Again ;

f) veiller à ce que les négociations internationales sur les changements climatiques tiennent compte des positions et des intérêts des pays les plus vulnérables, notamment les pays les moins avancés (PMA) et les petits États insulaires en développement (PEID), et coopérer en matière de renforcement de la résilience dans le Pacifique grâce à des initiatives telles que CREWS (Système d’alertes précoces aux catastrophes du climat) et d’aide à l’accès de ces pays et Etats aux financements internationaux ;

g) agir de concert, au niveau bilatéral et au sein des instances internationales, en vue d’éliminer les subventions préjudiciables à l’environnement ;

h) encourager activement l’adoption par l’Organisation maritime internationale (OMI) d’une stratégie ambitieuse de réduction des émissions de gaz à effet de serre provenant des navires, conformément à la Déclaration « Tony de Brum » ;

i) soutenir la création, dans le cadre de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR), d’un réseau de zones marines protégées dans l’océan Austral ;

j) travailler conjointement de manière constructive à définir des réponses aux défis environnementaux de notre temps, notamment la proposition de Pacte mondial pour l’environnement ;

k) procéder dans nos capitales à des consultations annuelles entre hauts fonctionnaires chargés du climat.

2. Agir en faveur du multilatéralisme et d’un ordre international reposant sur des règles :

a) travailler ensemble à promouvoir et à défendre un système international efficace reposant sur des règles, notamment en plaidant pour des règles et des institutions capables de faire face à des problèmes mondiaux comme les changements climatiques et de s’y adapter ;

b) agir de concert aux Nations Unies et au sein des organisations régionales du Pacifique en faveur de la promotion et de la protection des droits de l’homme ;

c) faire face aux problèmes que connaissent actuellement les négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et aux critiques à l’encontre de son Organe de règlement des différends, et favoriser la réforme en travaillant en rapport plus étroit avec d’autres partenaires commerciaux ;

d) renforcer la coopération pour améliorer et mieux mettre en œuvre les règles du système commercial mondial en vue de réduire et d’éliminer l’ensemble des pratiques qui faussent les échanges commerciaux, dans le but de favoriser une véritable égalité de traitement ;

e) agir ensemble à l’OCDE en matière de commerce, d’environnement et de climat, ainsi qu’en vue d’accroître le bien-être sur une base inclusive et durable grâce à l’amélioration des politiques nationales et à la coopération internationale ;

f) développer la coopération dans l’Antarctique, en particulier grâce à la mise en place d’un dialogue bilatéral annuel lors des réunions des parties consultatives au Traité sur l’Antarctique.

3. Promouvoir en matière commerciale un programme d’action durable, inclusif et progressif afin de coopérer contre le protectionnisme :

a) maintenir notre engagement en faveur d’un système commercial réglementé dont l’OMC constitue l’élément central ;

b) affirmer les principes de l’Accord de Paris comme élément essentiel du dialogue politique et de coopération, ainsi que des accords commerciaux ;

c) faire progresser la rationalisation des subventions aux combustibles fossiles et étudier les possibilités d’élimination des subventions inefficaces ; développer la transparence et l’obligation de rendre compte à l’OMC sur ce sujet ;

d) poursuivre les négociations à l’OMC sur la réforme des subventions à la pêche et sur leur transparence, en vue de respecter la date limite de 2020 énoncée par les Objectifs de développement durable (cible 14.6) pour éliminer et interdire les subventions dommageables ;

e) accroître les possibilités d’échanges commerciaux et d’investissements bilatéraux, notamment dans le cadre de la future négociation d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et la Nouvelle-Zélande qui soit équilibré, mutuellement avantageux, progressif et inclusif , et qui préserve le droit pour les gouvernements d’édicter des règles à des fins légitimes d’action publique telles que la promotion du développement durable ;

f) favoriser une politique commerciale qui promeut nos engagements multilatéraux communs dans des domaines comme l’emploi et l’environnement, notamment la mise en œuvre effective de l’Accord de Paris.

4. Développer la coopération de sécurité et de défense :

a) poursuivre notre lutte contre le terrorisme dans le monde entier, en particulier au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est et en Afrique, tant sur le terrain qu’au moyen d’échanges d’informations sur l’évolution des différentes régions ;

b) mener un dialogue régulier entre la France, la Nouvelle-Zélande et d’autres acteurs régionaux sur les questions liées au Pacifique, notamment la sécurité régionale et les effets des changements climatiques ;

c) soutenir la mise en œuvre des priorités définies lors des réunions des ministres de la Défense du Pacifique Sud(SPDMM) ;

d) maintenir notre coopération en matière de surveillance maritime dans le Pacifique, en particulier dans le cadre d’engagements multilatéraux comme le Groupe quadrilatéral de coordination de défense(Quad) ;

e) à cette fin, renforcer notre interopérabilité grâce à la participation de nos forces à des exercices multinationaux ;

f) développer notre action civilo-militaire (CIMIC) dans le cadre de l’Accord FRANZ pour coordonner l’aide humanitaire et les opérations de secours en cas de catastrophe dans le Pacifique ;

g) soutenir la recherche universitaire en matière de sécurité environnementale dans le Pacifique Sud, en particulier sur l’incidence des changements climatiques sur les opérations de nos forces de défense ;

h) poursuivre la coopération dans le domaine de la cybersécurité ;

i) renforcer la coopération sur les questions de sécurité régionale, notamment la lutte contre le trafic de stupéfiants.

5. Collaborer afin de réaliser les objectifs de développement durable, en particulier dans le Pacifique :

a) réaffirmer notre engagement conjoint, en qualité de partenaires mondiaux et de voisins de la région, à l’égard des États insulaires du Pacifique et approfondir notre coordination sur les questions d’intérêt commun dans le Pacifique ;

b) agir de concert pour veiller à ce que les partenaires du développement coordonnent effectivement leur action et apportent avec efficacité une aide ayant des incidences positives, en particulier pour le Pacifique ;

c) souligner l’importance de la contribution de l’Union européenne dans le Pacifique et agir en faveur du maintien de son engagement dans la région, dans le contexte des négociations de l’après-2020 avec les pays du groupe d’Etats d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), notamment via une coopération entre l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande en matière de programmes de développement ;

d) soutenir l’accroissement de l’engagement régional des territoires français du Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis et Futuna) dans les principales organisations de la région, notamment le Forum des îles du Pacifique ;

e) renforcer la coopération avec la France en sa qualité de partenaire de dialogue du Forum des îles du Pacifique ;

f) développer les actions bilatérales entre les territoires français du Pacifique et la Nouvelle-Zélande, notamment par la mise en œuvre de plans conjoints de coopération, en tenant dûment compte des compétences de chacun des territoires concernés.

6. Approfondir et encourager les contacts interpersonnels et la coopération culturelle, éducative et scientifique :

a) favoriser l’innovation et la créativité au moyen d’initiatives contribuant à développer les domaines d’intérêt et d’expertise communs, notamment pour les technologies vertes, le cinéma et la recherche scientifique ;

b) continuer à encourager le recours au programme vacances-travail et faciliter les échanges de jeunes dans les deux sens, notamment en envisageant leur extension aux territoires français du Pacifique ;

c) continuer à encourager le recours au passeport talents et à la carte de séjour pluriannuelle mis en place en France afin d’accueillir des étudiants et des chercheurs étrangers ;

d) encourager la mobilité étudiante, universitaire et professionnelle entre les deux pays afin de préserver et de promouvoir notre histoire et notre patrimoine communs (notamment la mémoire commune de la Première Guerre mondiale) et de susciter l’apparition d’une nouvelle génération de citoyens du monde capables de faire face aux grands problèmes de la planète. Dans ce contexte, les ministères français et néo-zélandais des Affaires étrangères étudieront les modalités d’échanges réguliers de diplomates ;

e) reconnaître la valeur du multilinguisme dans les établissements d’enseignement et les universités ;

f) soutenir de nouveaux réseaux et pôles professionnels comme FAST ! (France Aotearoa Science Technology and !nnovation) afin de développer les échanges dans les domaines des sciences et de l’innovation et d’offrir des possibilités nouvelles d’activités économiques ;

g) promouvoir les partenariats dans des secteurs tels que l’agriculture, les transports, les infrastructures et les industries créatives.

La présente déclaration et les actions envisagées feront régulièrement l’objet d’un examen au cours des consultations annuelles qui auront lieu alternativement, tous les deux ans, entre le Secrétaire général du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et celui du ministère des Affaires étrangères et du Commerce (MFAT) et au niveau des hauts fonctionnaires réunis pour un dialogue stratégique sur les questions politiques, de défense et de sécurité.

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