Iran - "Donner une chance à la diplomatie" Tribune conjointe de Laurent Fabius, Philip Hammond, Frank-Walter Steinmeier et Federica Mogherini publiée dans le Washington Post (22 janvier 2015)

En novembre 2013, après de nombreux mois de négociations, le groupe E3+3 (France, Allemagne et Royaume-Uni, auxquels s’étaient joints les États-Unis, la Russie et la Chine, partenariat également désigné parfois sous l’appellation de P5+1) est parvenu à un accord intérimaire avec l’Iran sur le programme nucléaire de ce pays. Cet accord offre trois grands avantages.

En premier lieu, il a mis fin au développement des éléments les plus sensibles du programme nucléaire iranien. En vertu du plan d’action conjoint convenu entre l’Iran et les six partenaires dans le cadre des pourparlers dont la coordination est assurée par l’Union européenne, l’Iran a cessé de produire de l’uranium hautement enrichi, a limité sa production de nouvelles centrifugeuses destinées à l’enrichissement d’uranium et s’est abstenu d’installer de nouvelles centrifugeuses. Il a également accepté d’arrêter les préparatifs de la mise en service du réacteur nucléaire d’Arak. De ce fait, l’Iran est aujourd’hui moins en mesure d’obtenir assez de matières fissiles pour se doter d’une arme nucléaire qu’avant les négociations.

Parallèlement, la communauté internationale a obtenu un accès plus large aux installations nucléaires iraniennes, ce qui permet au monde de vérifier si l’Iran respecte ses engagements. Alors que les inspections précédentes n’avaient lieu qu’à plusieurs semaines d’intervalle, l’Agence internationale de l’énergie atomique est désormais en mesure de procéder à des inspections quotidiennes des installations de Natanz et de Fordow, et le réacteur d’Arak est à présent soumis à des inspections mensuelles.

Dernier élément mais non le moindre, l’accord intérimaire nous a donné le temps et l’espace nécessaires pour négocier un règlement à long terme de la question nucléaire iranienne, essentiel pour l’avenir de la sécurité internationale et régionale.

Cette avancée aurait été impossible sans le consensus international quant à la menace que constitue le programme nucléaire iranien et sans l’unité que nous avons mise en œuvre. Ensemble, la communauté internationale a élaboré un régime de sanctions qui a amené l’Iran à la table des négociations.

Aujourd’hui, l’AIEA continue de vérifier que l’Iran respecte ses engagements. En échange, nous mettons en œuvre notre engagement d’offrir à l’Iran un allégement limité des sanctions, tout en continuant à appliquer l’essentiel du régime de sanctions et en maintenant la pression sur l’Iran. De plus, au cours de l’année écoulée, les six partenaires ont agi en étroite consultation entre eux et avec leurs proches alliés afin de poursuivre la négociation pour voir si nous pouvons parvenir à un règlement global et durable de la menace d’un Iran doté de l’arme nucléaire.

Notre objectif reste clair. Nous voulons une solution globale qui reconnaisse le droit du peuple iranien à accéder à l’énergie nucléaire pacifique tout en permettant à la communauté internationale de vérifier que l’Iran ne pourra pas se doter d’une arme nucléaire. Tout accord devra offrir des assurances concrètes, vérifiables et durables du fait que le programme nucléaire iranien est et demeurera exclusivement pacifique. Rien de moins ne fera l’affaire. Il appartient maintenant à l’Iran d’opérer un choix stratégique entre une coopération ouverte et le maintien de son isolement.

Il ne fait pas de doute que des défis importants restent à relever et que les divergences essentielles entre l’Iran et la communauté internationale devront être abordées. C’est pourquoi nous avons reporté l’issue des négociations à cette année.

Dans ce contexte, nous nous devons de faire en sorte que la diplomatie ait toutes les chances de réussir. Il est essentiel de maintenir la pression sur l’Iran grâce aux sanctions existantes. Toutefois, ajouter de nouveaux obstacles à ce stade critique des négociations, notamment par l’adoption de sanctions complémentaires contre l’Iran dans le domaine nucléaire, contrecarrerait les efforts que nous menons en ce moment décisif. Bien que de nombreux Iraniens sachent tout ce qu’ils auraient à gagner en mettant fin à leur isolement et en s’ouvrant sur le monde, d’autres personnes à Téhéran s’opposent à tout accord sur le nucléaire. Nous ne devons pas leur apporter de nouveaux arguments. De nouvelles sanctions en ce moment risqueraient également de défaire la coalition internationale qui a permis aux sanctions d’être si efficaces jusqu’à présent. Au lieu de renforcer notre position de négociation, l’adoption de nouvelles sanctions au stade actuel nous ferait reculer.

Soyons clairs : si l’Iran enfreint ses engagements ou ne se montre pas disposé à accepter un accord global et vérifiable conforme à l’essentiel de ce qu’attend la communauté internationale, nous n’aurons pas d’autre choix que d’accentuer encore la pression sur ce pays. Pour la première fois, cependant, il se peut que nous ayons une chance réelle de dissiper l’une des menaces qui pèsent depuis longtemps sur la sécurité du monde, et de le faire pacifiquement. Nous ne pouvons laisser passer cette chance ni compromettre l’avancée que nous avons obtenue. L’occasion historique qui s’offre à nous pourrait ne pas se représenter. Alors que le monde a les yeux tournés vers nous, nous devons apporter la preuve de notre attachement à la diplomatie pour nous efforcer de résoudre la question nucléaire iranienne dans le délai que nous avons fixé. C’est le moyen le plus sûr d’aboutir à une solution globale et durable qui accroîtra la sécurité du monde et de la région.

M. Laurent Fabius est le ministre français des Affaires étrangères. M. Philip Hammond est le ministre britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth. M. Frank-Walter Steinmeier est le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères. Mme Federica Mogherini est la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécuri

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