L’après-Daech en Irak : comment la France s’engage

L’organisation terroriste Daech a aujourd’hui perdu la plupart des territoires qu’il contrôlait en Irak. La libération de Mossoul en juillet 2017 par les forces irakiennes appuyées par les frappes de la Coalition internationale, a constitué une défaite majeure pour le groupe. Quelques mois plus tard, le 9 décembre 2017, le premier ministre irakien Haidar al-Abadi annonçait la libération complète du pays.

L’éradication de Daech est indispensable, mais les défis que l’Irak aura par la suite à relever sont considérables. Le pays entre aujourd’hui dans une phase de stabilisation, de réconciliation nationale et de reconstruction des régions libérées sans lesquelles il n’y aura pas de victoire durable contre le terrorisme ni de retour des populations déplacées.

Une aide humanitaire et de stabilisation

La France, avec ses partenaires, poursuit ses efforts et se tient aux côtés des populations et du gouvernement irakiens pour reconstruire le pays, relancer l’économie et venir en aide aux populations durement affectées par le conflit. Au sein de la Coalition, elle joue un rôle central dans le suivi et l’accompagnement des populations déplacées. La direction des actions civilo-militaires de l’état-major de la Coalition, chargée d’appuyer les acteurs de l’humanitaire et du développement, a ainsi été confiée à un général français.

Depuis 2014, l’aide humanitaire et de stabilisation de la France en Irak s’est élevée à 70 millions d’euros dont plus de 35 millions pour la seule année 2017, dont une partie a été dédiée spécifiquement à la stabilisation de la ville de Mossoul.

Lors de leur visite conjointe en Irak le 26 août 2017, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et la ministre des Armées, Florence Parly, ont en outre confirmé l’octroi d’un prêt budgétaire de 430 millions d’euros au gouvernement irakien.

La France mène également ses actions en matière d’aide humanitaire et de stabilisation par le biais d’agences onusiennes (HCR, PAM). Elle a contribué à hauteur de 5,5 millions d’euros au Fonds de stabilisation du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) en Irak et a annoncé en 2017 une nouvelle contribution de 1 million de dollars au ICRRP (Iraq Crisis Response and Resilience Programme) visant à soutenir des projets de relèvement socio-économique mis en œuvre par des ONG françaises.

Illust: L'aide française (...), 296.4 ko, 1500x750
L’aide française en Irak

Des chantiers multiples

Sécurité

Le rétablissement de la sécurité est indispensable afin de permettre le retour libre et volontaire des déplacés et de permettre aux populations de reprendre une vie normale.

Pour ce faire, la France fournit, dans le cadre de sa participation à la Coalition, un appui militaire direct aux forces locales désormais engagées dans la sécurisation des territoires irakiens récemment libérés pour empêcher toute résurgence du mouvement terroriste Daech.

La France appuie également la formation des forces de sécurité intérieure irakiennes en matière de gestion démocratique des foules, de déminage (y compris chimique), et de gestion des scènes post attentats.

Santé

Les projets soutenus par la France accordent une attention particulière à la santé des populations irakiennes. Au-delà de l’aide humanitaire d’urgence, la France a mis en œuvre des programmes de soutien aux infrastructures de santé (hôpitaux, centres de santé dans des camps, cliniques mobiles) et d’appui à la prise en charge psychologique de populations souvent traumatisées.

La France s’est également fortement engagée dans la réhabilitation de la faculté de médecine de l’Université de Mossoul, appelée à former l’ensemble du vivier de personnels médicaux dans la Plaine de Ninive et au-delà.

Éducation et soutien aux populations déplacées

L’éducation constitue un des axes prioritaires de l’aide française.

En 2015-2016, la France a soutenu, au titre de l’action humanitaire, le camp de Bardarash situé près de Mossoul et accueillant 12 000 personnes déplacées permettant – entre autres - la construction de deux écoles et la scolarisation de 1000 enfants supplémentaires dans le camp. En complément, les enfants ont bénéficié d’un soutien psycho-social axé sur le développement social et éducatif.

À la suite de la libération des villages d’origine des déplacés internes du camp de Bardarash, la France a appuyé des programmes d’aide au retour des populations dans leurs villages, en particulier en réhabilitant des écoles.

Cohésion nationale

L’unité de l’Irak dans le respect de toutes ses composantes est essentielle pour favoriser un processus de stabilisation durable et inclusif. Au-delà de la dimension physique de la reconstruction, l’enjeu est également celui de la réconciliation.

La France accorde dans ce cadre une attention particulière aux victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient, Grâce à un fonds dédié, des projets portés par des ONG visant à répondre spécifiquement aux besoins de ces communautés et à encourager leur retour vers leurs villes et villages d’origine sont soutenus.

Patrimoine

Les liens entre la France et l’Irak en matière de préservation du patrimoine et d’archéologie sont anciens.

Au cours des dernières années, trois priorités ont été dégagées en concertation avec les autorités locales : la lutte contre les trafics, la protection des œuvres et la mémoire des sites. Plusieurs actions de formation destinées aux professionnels irakiens de la conservation du patrimoine ont été programmées en partenariat, notamment, avec l’Institut National du Patrimoine (INP) et le Département d’archéologie orientale et mésopotamienne du Louvre pour améliorer les techniques de lutte contre le trafic de biens et objets culturels.

De son côté, l’Institut français du Proche-Orient (IFPO) en Irak, qui dispose d’une antenne à Erbil a établi une coopération avec des établissements universitaires dans les domaines de l’archéologie et du patrimoine.

En 2018, l’Institut français de recherche à l’étranger (IFRE) prévoit de conduire plusieurs opérations de numérisation et de conservation sur des sites irakiens, dans le cadre du fonds de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflits (ALIPH).

Justice et lutte contre l’impunité

La France est résolument engagée en faveur de la lutte contre l’impunité des crimes commis en Irak et a saisi toutes les occasions pour faire progresser ce dossier, notamment au Conseil de sécurité et dans le cadre des autres instances onusiennes. Elle finance des projets de documentation des exactions commises afin d’alimenter les enquêtes. Des actions de formation pour renforcer les compétences des autorités de police et de justice irakiennes sont également menées afin de rendre la poursuite des auteurs de crimes plus efficace. La France apporte par ailleurs son soutien aux victimes par le biais d’un projet d’appui psycho-social.

Mise à jour : 08.02.18

Informations complémentaires

PLAN DU SITE