Algérie : élections présidentielles - Réponses de Jean-Yves Le Drian à deux questions au gouvernement à l’Assemblée nationale (6 mars 2019)

Monsieur le Député,

Vous avez rappelé l’ampleur du mouvement de protestation qui a suivi en Algérie le dépôt de la candidature du président Bouteflika à la prochaine élection présidentielle. Je le rappelle mais vous le savez, il y a eu dimanche dernier, 19 candidatures à l’élection présidentielle.

Je voudrais vous dire aussi que nous avons pris acte des propositions qu’a formulées le président Bouteflika en déposant sa candidature, c’est-à-dire une conférence nationale, des réformes de la constitution, réformes de la loi électorale, élections présidentielles anticipées auxquelles lui-même ne serait pas candidat.

Vous savez que le Conseil constitutionnel a quelques jours, d’ici au 14 mars, pour trancher sur la validité des candidatures, nous devons donc laisser le processus électoral se dérouler.

La France évidemment, en raison de nos liens historiques - vous avez dit passionnels - est très attentive au déroulé de cette échéance majeure. Elle appliquera trois principes :

Tout d’abord, l’Algérie est un pays souverain, et c’est au peuple algérien et à lui seul qu’il revient de choisir ses dirigeants et son avenir. C’est aussi au peuple algérien de définir ses aspirations, ce qui implique la transparence et la liberté du processus.

Deuxièmement, l’Algérie est un pays ami auquel nous rattachent des liens multiples et ce qui se passe en Algérie a des liens directs et un fort retentissement en France, nous le constatons.

Enfin et troisièmement, l’Algérie est un pays clef en Afrique et en Méditerranée , c’est pourquoi la stabilité, la sécurité et le développement de l’Algérie sont tout à fait essentiels ; c’est dans cet esprit que la France appréhende cette échéance cruciale en Algérie.


Monsieur le Député,

Vous avez tout à fait raison de rappeler les liens forts et multiples qui unissent l’Algérie et la France, en particulier l’importance de la communauté algérienne en France, et que tout ce qui se passe en Algérie a des implications en France.

Vous avez aussi raison de souligner la position stratégique de l’Algérie, à la fois en Méditerranée, mais aussi en raison de sa proximité avec la Libye et le Sahel. Ce sont des régions qui sont majeures pour notre propre sécurité et nous y prenons d’ailleurs toutes nos responsabilités.

Vous avez fait part de votre inquiétude sur les flux migratoires, je dois vous dire à cet égard que les flux migratoires avec l’Algérie sont stables, aujourd’hui maîtrisés, et que le gouvernement y accorde une importance toute particulière.

Je voudrais revenir aussi sur l’esprit qui nous anime, comme je l’ai dit il y a un instant, je constate comme vous l’importance des manifestations, de la protestation populaire qui s’est déroulée depuis la décision du président Bouteflika de déposer sa candidature pour un nouveau mandat.

Je constate aussi que les manifestations sont restées pacifiques et que les forces de sécurité ont apporté une réponse mesurée.

Je souhaite vraiment que cet esprit de responsabilité puisse perdurer et que le peuple algérien trouve les voies de sortie de cette crise. C’est pourquoi nous souhaitons que le processus électoral puisse se dérouler dans de bonnes conditions, avec toute la transparence et la sérénité nécessaire.

Vous avez raison, il s’agit d’un moment essentiel pour l’histoire de l’Algérie, il faut que l’Algérie trouve l’impulsion nécessaire pour faire face aux défis qui sont devant elle, et l’impulsion nécessaire pour répondre aux aspirations profondes de son peuple et de l’ensemble des Algériens. C’est aussi dans cet esprit que nous apprécions aujourd’hui la situation.

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