Les enjeux de la diplomatie française en Afrique

Rémi Maréchaux, Directeur pour la zone Afrique et Océan Indien au ministère de l’Europe et des affaires étrangères, présente les enjeux de la diplomatie française en Afrique

Ancrés dans notre proximité géographique, le temps long de l’histoire ainsi que des échanges et des interactions humaines intenses et croisés, les liens entre la France et l’Afrique sont étroits et multidimensionnels.

La relation se caractérise d’abord par la force du lien humain. Notre voisin le plus proche, l’Afrique participe à notre identité à travers une histoire commune et par le biais des diasporas africaines de France. Si nombre de nos compatriotes ont une origine qui les rattache à l’Afrique, en sens inverse, plus de 150 000 Français sont établis en Afrique sub-saharienne (et près de 500 000 pour l’ensemble du continent). La France fait par ailleurs partie de l’espace africain avec ses deux départements de l’océan Indien de la Réunion et de Mayotte dans lesquels vivent plus d’un million de Français.

À bien des égards, notre présent et notre avenir sont intimement liés à ceux de l’Afrique. La prospérité et la sécurité des pays africains conditionnent aujourd’hui largement les nôtres :

  • Parce qu’en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme, les défis sont communs et rendent illusoires un engagement et une vigilance qui ne s’étendraient pas aux pays africains. La paix et la sécurité du continent déterminent également notre stabilité. C’est le sens, notamment, de notre action au Sahel ;
  • Parce qu’en dépit d’une réelle hétérogénéité, l’Afrique est aujourd’hui une zone de très forte croissance économique et qu’elle le restera dans les décennies à venir. Le dynamisme et la prospérité croissante de l’Afrique ouvrent des perspectives nouvelles à nos entreprises alors que la France est l’un des principaux partenaires économiques du continent, son second partenaire commercial en Europe. Nos entreprises doivent pouvoir contribuer directement à cette croissance par leurs investissements et la création de valeur ajoutée en Afrique. Sur la base de fortes complémentarités, nos relations économiques mutuellement fructueuses avec les pays africains sont appelées à se renforcer ;
  • Parce que les grandes problématiques globales qui se dessinent, qu’il s’agisse du changement climatique ou de la gestion des migrations, ne trouveront de solutions qu’avec un engagement fort de l’Afrique. Elles seront en outre impactées par la croissance démographique exceptionnelle que l’Afrique va connaître au XXIe siècle, sa population devant passer de 1,2 milliard aujourd’hui à 2,5 milliards en 2050, dans le contexte d’une intense urbanisation ;
  • Parce que l’avenir de la langue Française et de la Francophonie est largement porté par les Africains et que le rayonnement accru de notre langue sera un défi et un atout à gérer avec eux ;
  • Parce que les pays africains sont comme nous attachés à la défense du multilatéralisme et leurs intérêts convergent avec les nôtres pour la promotion d’une meilleure gouvernance mondiale.

Dès les indépendances, la France a fait le choix de développer des relations fortes avec les États d’Afrique subsaharienne auprès desquels nous sommes aujourd’hui représentés par 42 ambassades (pour 49 États subsahariens) qui animent un réseau public dense et diversifié dans les domaines éducatif, culturel, scientifique et économique (instituts culturels et alliances françaises, lycées français, Agence française de Développement, instituts de recherche…).

La France a des intérêts légitimes en Afrique qu’elle veut promouvoir dans une démarche partenariale, fondée sur la transparence et la réciprocité.

C’est le sens du discours que le président de la République a prononcé, le 28 novembre 2017 à l’université Ki-Zerbo de Ouagadougou, au cours duquel il a détaillé une série d’engagements, marqueurs d’une nouvelle relation, d’un nouveau regard, entre la France et le continent africain.

Le discours de Ouagadougou innove. Les pays africains sont nos partenaires. Le Chef de l’État a détaillé un bloc d’engagements envers la jeunesse africaine, notamment en faveur de l’éducation des filles, de l’entreprenariat et de la mobilité. Il donne d’une façon générale la priorité à l’emploi, qui dépend d’abord des investissements du secteur privé, et à l’innovation. L’enjeu est de permettre à la jeunesse africaine à s’inventer un avenir sur son continent.

Il confirme la forte progression de notre aide publique au développement au service d’une politique d’investissement solidaire dans un avenir commun. Il impose enfin un changement d’approche et de méthode, pas simplement sur la question des biens culturels mais aussi sur le rôle croissant que devraient pouvoir jouer les diasporas africaines dans cette relation.

Ce programme sera marqué, durant le quinquennat, par des moments forts tels que la saison des cultures africaines en France (Africa 2020), qui a été confiée à la commissaire générale, Madame N’Gone Fall, et le sommet Afrique-France en 2020 sur le thème de la ville durable. Le G7 sous présidence française en 2019 invitera à un partenariat avec l’Afrique en conviant plusieurs pays africains à ses travaux consacrés à la lutte contre les inégalités.

Mise à jour : février 2019