La diaspora africaine en France

La loi du 6 janvier 1978, dite « loi informatique et libertés », interdisant le recueil et l’enregistrement d’informations faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines « raciales » ou ethniques, ainsi que les appartenances religieuses des personnes, il est très difficile d’appréhender et de quantifier la ou les diaspora(s) africaine(s) en France.

En outre, qu’est-ce qu’une diaspora africaine ? La Commission de l’Union Africaine en donne la définition suivante, « les personnes d’origine africaine vivant hors du continent et manifestant l’intérêt de contribuer à son développement », ce qui est à la fois très large – dans le cas de la France, cela reviendrait à y inclure une bonne partie des Français des départements d’outre-mer venus jadis du continent africain – et très restrictif puisque que cela suppose le maintien d’un lien, voire d’un engagement, en faveur du continent ou du pays d’origine.

La meilleure façon de se faire une idée de la diaspora africaine en France est sans doute de se référer à l’immigration régulière et aux générations qui en sont issues, de nationalité étrangère et/ou de nationalité française.

En 2015, dans cette acception, 619 000 ressortissants d’États africains résidaient légalement en France (les Maliens arrivent en tête - 76 500 - suivis des Sénégalais - 67 000 - puis des ressortissants de la RDC - 64 000). En croisant différentes données de l’INSEE, on peut estimer à 3 millions les Français d’origine africaine subsaharienne, naturalisés et/ou issus de la première génération d’immigrés. Les estimations de l’OCDE et l’AFD sont proches.

Des liens multiples, déterminants dans la réduction de la pauvreté

Les recherches sur les migrations en France ont montré que ces populations, nées et/ou résidentes en France, peuvent entretenir des liens, de nature socioculturelle, économique, politique, avec leur pays d’origine. Ces liens peuvent différer selon les origines géographiques, les profils socio-économiques des diasporas ou encore leur ancienneté d’installation en France. Ils démontrent aussi la capacité des diasporas à cultiver une double présence, dans le pays d’origine comme dans le pays d’accueil.

Les transferts financiers des diasporas sont estimés à trois fois le montant de l’aide publique au développement mondiale (429 milliards de dollars en 2016). Ils jouent donc un rôle très significatif dans la réduction de la pauvreté ainsi que dans la croissance des pays d’origine.

Selon les données de la Banque de France, les flux de transferts d’argent des travailleurs migrants résidant en France ont connu une hausse sensible en 2015, s’établissant à 9,5 milliards € (+ 18,75 %, par rapport à 2010).

Un soutien français au potentiel de solidarité

La France contribue à soutenir le potentiel de solidarité des migrants à travers trois axes d’intervention :

le renforcement capacitaire des organisations de solidarité internationale issues des migrations (OSIM)

Le MEAE travaille étroitement avec la plateforme nationale des fédérations et regroupements des OSIM, le FORIM, qui représente plus de 700 associations de migrants engagées dans des actions de co-développement, notamment en Afrique subsaharienne et au Maghreb. À travers par exemple son programme d’appui aux projets des organisations de solidarité internationale issues des migrations (PRA-OSIM) créé en 2003, le FORIM facilite la mise en œuvre de projets de co-développement (jusqu’en 2016 sur financement du MEAE pour un total de 5,1 M€ et désormais avec l’aide de l’AFD).

la mise en œuvre, dans un cadre bilatéral, de programmes de mobilité, migration et développement

Ils permettent le cofinancement, avec les États d’origine, d’initiatives portées par des associations de migrants, tel le programme d’appui aux initiatives de solidarité pour le développement (PAISD) au Sénégal ayant bénéficié d’un financement français de 11 millions de 2009 à 2016, géré depuis 2017 par l’AFD.

le soutien à la création d’entreprises et à l’investissement productif des diasporas

La création d’entreprises constitue pour les migrants l’un des moyens de contribuer au développement de leur pays d’origine. La France soutient des actions spécifiques en faveur de la création d’entreprises et de l’investissement productif des diasporas afin de générer des emplois, favoriser la croissance et valoriser l’expérience et le savoir-faire acquis en France par les diasporas. Adopté en juin 2015 dans le cadre du Processus de Rabat, le programme de Mobilisation européenne pour l’entreprenariat en Afrique (MEET Africa), financé par l’Union européenne et la France, soutient des entrepreneurs de la diaspora africaine diplômés de l’enseignement français ou allemand, au travers de la création, dans leur pays d’origine, d’entreprises à fort caractère technologique ou porteuses de solutions innovantes.

La France est également engagée à l’échelle nationale et internationale en faveur de l’abaissement des coûts des transferts de fonds des migrants.

Dans le cadre du G7 et du G20, la France s’est engagée à œuvrer à la facilitation de ces transferts et, en particulier, à la baisse de leurs coûts.

Les actions concrètes mises en œuvre pour assurer l’atteinte des objectifs du plan d’action national comprennent :

  • le site www.envoidargent.fr financé par le MEAE et l’AFD permettant la comparaison des prix et services pratiqués par 19 établissements financiers en France vers 26 pays. Ce site a été certifié en mars 2013 par la Banque mondiale. Une évaluation du site est programmée dans les prochains mois afin de renforcer la stratégie collective et la gouvernance du site ;
  • le soutien à hauteur de 7 millions d’euros au fonds multi-donateurs “Migration et Développement” hébergé à la Banque africaine de Développement. Ce fonds a pour objectif de soutenir des projets permettant la création de solutions innovantes en matière de transferts de fonds et de soutenir la création d’activités productives par les diasporas ;
  • l’amélioration de l’accès des migrants à des produits et services financiers, notamment les paiements par téléphonie mobile, leur permettant d’investir dans leur pays d’origine depuis leur pays de résidence. Il s’agit d’un des axes de la loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale de juillet 2014.

Ainsi, le coût des transferts de fonds depuis la France a diminué ces dernières années pour atteindre une moyenne de 6,82 % en 2016, soit une baisse de 41 % depuis 2011. La France se situe à une moyenne de coût inférieure à celle enregistrée dans l’ensemble des pays du G20 ainsi qu’à la moyenne mondiale.

Mise à jour : février 2019