Covid-19 : l’aide à l’Afrique

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(Mise à jour : 15 octobre 2020)

Malgré une apparition plus tardive qu’ailleurs, la pandémie de Covid-19 touche désormais tous les pays africains.

Face à cette crise, la France, 5ème bailleur d’aide publique au développement dans le monde (avec près de 11 Milliards d’euros alloués en 2019), a décidé de consacrer plus de 1,6 Milliards d’euros à la lutte contre la pandémie dans les pays les plus vulnérables, dont une majorité est située en Afrique.

Sur le continent africain, l’aide française porte prioritairement sur les volets sanitaires (au travers d’actions comme l’Access to Covid-19 Tools Accelerator ou l’Initiative internationale pour répondre à l’impact de la Covid-19 en Afrique), humanitaire et sur la recherche médicale. Consciente de l’impact de la pandémie sur les sociétés les plus fragiles, la France apporte également un soutien pour répondre aux impacts économiques et sociaux de la crise.

Un virus avec des conséquences sanitaires, économiques et sociales dans tous les pays africains

Le 22 septembre 2020, le continent africain comptait plus de 1,4 million de cas confirmés de Covid-19 et 34 300 décès.
Tous les pays ne sont pas atteints au même degré et le nombre de nouveaux cas semble désormais ralentir à l’échelle du continent.

Cependant, les mesures de riposte sanitaire face à la crise, en particulier les mesures de confinement général, ont eu de lourdes conséquences :

  • la déstabilisation des systèmes de santé, déjà fragiles dans la plupart des pays africains qui menace l’accès des populations aux services de santé primaire.
    D’après l’OMS, 90% des pays ont connu des interruptions de services de santé essentiels comme le diagnostic et le traitement des maladies non transmissibles, la planification familiale et la contraception, le traitement des troubles mentaux ou du cancer, les programmes de vaccination obligatoire,
  • le risque d’une déscolarisation massive liée aux ruptures d’apprentissage dues aux mesures de confinement.
    Selon une étude de l’UNESCO, de l’UNICEF et de la Banque mondiale, les fermetures d’écoles ont entraîné une rupture de l’apprentissage pour des centaines de millions d’élèves et nombre d’entre eux n’ont toujours pas repris le chemin de l’école. Ceci alors que les solutions d’enseignement à distance ne sont pas envisageables pour au moins 580 millions d’élèves dans les pays à faible et moyen revenus,
  • la crainte d’une hausse importante de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire.
    Il est estimé qu’au plan mondial, la crise de la Covid-19 pourrait faire passer de 690 millions à 820 millions le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation.

Soutenir l’Afrique dans quatre grands domaines : sanitaire, humanitaire et économique et scientifique

Pour faire face à la pandémie, la France a développé une stratégie autour de 4 axes, mise en œuvre avec des financements bilatéraux, européens et multilatéraux.

Aide sanitaire

L’engagement de la France pour une initiative multilatérale globale : ACT-A

Lancée en avril 2020, l’initiative ACT-A représente une réponse multilatérale forte à une crise sanitaire sans précédent. Au-delà des objectifs de développement, production et mise à disposition équitable et universelle des tests traitements et vaccins contre la Covid-19, l’Initiative ambitionne de fournir, d’ici à la fin de l’année 2021 :

  • 2 Milliards de doses d’un vaccin pour les pays développés et les pays à revenu faible et intermédiaire via le mécanisme COVAX ;
  • 245 millions de traitements et 500 millions de tests pour les pays à revenu faible et intermédiaire.
    L’Initiative ACT-A se consacre également au renforcement des systèmes de santé nationaux.

Directement à l’origine de son lancement, la France s’est mobilisée pour la réussite d’ACT-A avec une contribution de 510 millions d’euros, ainsi qu’une contribution supplémentaire de 100 millions d’euros qui sera versée à l’Alliance du vaccin GAVI lorsqu’un vaccin sera disponible, afin d’en assurer la production et la distribution pour les pays les plus vulnérables, en particulier sur le continent africain.

La détermination de la France à faire du vaccin contre la Covid-19 un bien public mondial répond à 4 principes clés :
  • le partage des données et des résultats de la recherche,
  • la garantie d’un accès équitable pour tous,
  • la garantie d’une production rapide et en masse, le cas échéant, grâce à un assouplissement des règles de la propriété intellectuelle,
  • la garantie d’un prix juste.
Le soutien de la France aux grands fonds multilatéraux en santé

La France apporte un soutien financier majeur à des fonds multilatéraux comme le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ainsi que l’Alliance du vaccin GAVI et Unitaid qui sont mobilisés dans la lutte contre la pandémie dans les pays en développement, notamment en Afrique sub-saharienne.
Ces initiatives ont permis de mettre à disposition des financements rapides pour faire face aux premiers besoins identifiés.

Aide humanitaire

La pandémie affecte particulièrement les populations les plus fragiles pour lesquelles l’accès à la nourriture et aux soins primaires est une priorité. Une attention spécifique est apportée aux femmes et à leur santé, à travers un soutien renforcé aux soins primaires en santé sexuelle, reproductive, maternelle et infantile.
Les déplacements des personnes et des biens étant drastiquement réduits en raison de la pandémie, la France agit sur le terrain pour accéder aux zones reculées, avec son réseau diplomatique et de coopération ainsi que par l’intermédiaire des agences internationales, en particulier le Programme alimentaire mondial.

L’aide humanitaire française concerne  :

  • l’assistance alimentaire et nutritionnelle d’urgence : la France a tenu compte de la crise sanitaire et de ses conséquences dans le cadre de son dispositif d’Aide alimentaire programmée (AAP), notamment en Afrique.
    En 2020, environ 63% des fonds de l’AAP ont été attribués aux pays d’Afrique subsaharienne, soit plus de 32 millions d’euros.
    Une partie des fonds a été attribuée au Programme alimentaire mondial (PAM), premier opérateur de cette aide, selon une procédure exceptionnelle d’urgence, afin de tenir compte des conséquences de la crise sanitaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel et de prévenir l’aggravation des crises alimentaires.
  • des opérations ciblées mises en place par les ONG humanitaires permettant de soutenir près de 200 000 personnes, comme en République démocratique du Congo, avec l’ONG Solidarités International ;
  • la mobilisation des ressources du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères en réaffectant le Fonds humanitaire d’urgence (16 M€) et les Fonds de solidarité pour les projets innovants, les sociétés civiles, la francophonie et le développement humain (FSPI)., A titre d’exemple, en partenariat avec l’OMS (1 million d’euros pour 2020-2021), ce dispositif a permis de financer une partie des plans nationaux du Burkina Faso et du Mali.
  • le soutien à travers le PAM au service aérien d’aide humanitaire des Nations unies (UNHAS) au Burkina Faso et en République centrafricaine.

Aide économique

La France a soutenu la mobilisation des institutions financières internationales (Fonds Monétaire International (FMI) et Banque mondiale), en faveur des économies les plus vulnérables, en particulier en Afrique.
Elle a appuyé les efforts du FMI pour augmenter ses programmes en cours, attribuer des financements d’urgence et procéder à des remises de dette, par le biais notamment de l’Instrument de Financement Rapide (RFI), de la Facilité de Crédit Rapide (RCF, destinée aux pays les plus pauvres) et du Fonds pour l’assistance et la lutte contre les catastrophes (CCRT).

Encouragée par la France, la mobilisation de la Banque mondiale a permis de mettre en place, en mars 2020, une « facilité COVID-19 » dotée de 14 Milliards de dollars. Elle aide les pays clients dans leur réponse immédiate à la crise sanitaire (achat de matériel médical, renforcement d’infrastructures médicales, appui à la conception des politiques publiques).
Début septembre 2020, 84 projets avaient été validés, pour un montant total de 4 Milliards de dollars.

Aide à la recherche : appui à la coopération scientifique dans les domaines de l’épidémiologie, de la recherche médicale et des sciences sociales

L’objectif est de soutenir la collaboration scientifique entre les établissements français et africains, en renforçant les partenariats existants, et de donner davantage de moyens à la recherche sur le continent.

À travers les subventions du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’AFD, la contribution s’élève, à ce jour, à près de 18 millions d’euros pour la recherche et à la coopération scientifiques dans le cadre de la lutte contre la COVID-19.

Cela concerne les travaux conduits par les réseaux des Instituts Pasteur, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), de la Fondation Mérieux et du consortium d’équipes et laboratoires de recherche dit REACTing. Cet effort est mené en lien avec les universités et d’autres organismes de recherche, dont l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS).

Globalement, les projets visent à :

  • une meilleure surveillance épidémiologique,
  • l’étude des facteurs contribuant à l’émergence de nouvelles maladies transmises à l’homme par des animaux,
  • l’élaboration de diagnostics, de traitements et de vaccins,
  • l’analyse des phénomènes sociaux pouvant influencer l’évolution de la pandémie dans un objectif de conseil à la décision publique.

Adapter l’aide bilatérale française aux défis de la lutte contre la Covid-19

Afin d’adapter son aide publique au développement (APD) aux défis et à l’urgence de la pandémie, la France a décidé d’en redéployer une partie dans la lutte contre la propagation de la Covid-19 dans les pays les plus vulnérables. Des moyens complémentaires sont ainsi redéployés vers la lutte contre la Covid-19 en Afrique par le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), le ministère des Solidarités et de la Santé (MSS) ou le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), notamment à travers son Centre de crise et de soutien.

La France a mis en place, via l’AFD, l’initiative « Covid-19 – santé en commun », dotée de 1,15 Milliard d’euros, répartis en 1 Milliard d’euros en prêts et 150 millions d’euros en dons. Cette initiative bénéficie aux États mais aussi aux organisations de la société civile, aux banques publiques de développement, et aux acteurs privés.

La stratégie comprend plusieurs volets :

  • un renforcement des réseaux régionaux de surveillance épidémiologique,
  • des contributions aux plans nationaux de réponse au Covid-19 des pays africains,
  • des appuis aux principaux acteurs français de la réponse au Covid-19 (ONG, fondations, réseaux, organismes de recherche, etc.).

Plus d’informations sur le site de l’AFD

Avec l’AFD et sa filiale Proparco, la France se mobilise également pour soutenir l’entreprenariat africain face à la crise. Sans oublier les entreprises françaises présentes en Afrique qui apportent leur concours à la lutte contre la pandémie

Les réseaux de recherche soutenus par la France

Le réseau d’acteurs publics de recherche français implantés en Afrique s’est rapidement mobilisée dans l’objectif d’apporter un soutien à la recherche africaine sur la COVID-19 en collaboration très étroite avec des hôpitaux ainsi que des instituts de recherche locaux, dont le réseau des Instituts Pasteur en Afrique.

Il s’agit de :

  • l’Institut de recherche pour le développement (IRD)
  • le Centre de coopération internationale de recherche agronomique pour le développement (CIRAD)
  • l’Agence nationale de recherche sur le sida, les hépatites et les maladies virales (ANRS)
    Ainsi que, sur le territoire national :
  • l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)
  • le Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
  • les universités.
La coordination entre les acteurs de la recherche s’organise
  • L’Institut Pasteur a lancé, dès janvier 2020, une Task Force Coronavirus pour coordonner ses recherches sur l’infection par le nouveau coronavirus. Depuis le début de la crise, cet organisme privé reconnu d’utilité publique a engagé près de 2 millions d’euros en soutien à son réseau et déployé une dizaine de chercheurs français sur le continent africain.
  • En association avec la Fondation Mérieux, l’Institut Pasteur de Paris intervient également dans la mise en œuvre de plusieurs actions de lutte contre la pandémie. A ces initiatives s’ajoute le programme RESAOLAB, mené par cette Fondation et financé via l’AFD à hauteur de 1,5 millions d’euros pour aider 7 pays de l’Afrique de l’Ouest sur les questions de diagnostic du SARS-CoV2.
  • L’Inserm et ses partenaires de l’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), en tant que maîtres d’ouvrage du dispositif APHRO-COV, contribuent également au dispositif français de soutien au continent africain. . Financé via l’AFD à hauteur de 1,5 million d’euros et mené par le consortium REACTing, APHRO-COV permet d’assurer un diagnostic précoce et une prise en charge adéquate et rapide des cas de COVID-19.
  • L’IRD, le CIRAD et l’ANRS sont également engagés par le biais de projets scientifiques collectifs, dans une approche intitulée « One Health ».
    Bénéficiant d’une subvention de l’AFD de 2 millions d’euros, l’IRD a conçu un projet d’Appui à la RIposte Africaine à l’épidémie de COVID-19 (ARIACOV) permettant l’élaboration et le renforcement des stratégies de réponse à la pandémie en Afrique de l’ouest et centrale.
  • L’ANRS déploie plus de 4 millions d’euros dans le cadre d’un appel à projets associant des équipes de recherche sur les thématiques de virologie, de recherche clinique, d’épidémiologie ou encore en sciences sociales et humaines.

Les projets humanitaires soutenus par le MEAE

Le MEAE finance, directement ou par l’intermédiaire d’ONG, des projets humanitaires ou d’aide alimentaire, en lien avec le PAM. Il s’agit principalement de soutenir via des ONG de projets humanitaires d’urgence dans les pays prioritaires en matière d’aide française ou dans les pays les plus affectés.
Ces projets portent sur :

  • le renforcement des capacités de prise en charge des structures sanitaires,
  • des activités de prévention et de contrôle de l’infection,
  • des actions visant à limiter la propagation du virus,
  • l’assainissement de l’eau, …).

La France a été motrice dans l’initiative européenne de mise en place d’un pont humanitaire, pour faciliter l’accès humanitaire dégradé par la crise actuelle, et la France a organisé le premier vol du dispositif, vers Bangui.
Grâce aux Fonds de solidarité pour les projets innovants (FSPI), les ambassades de France en Afrique financent des projets de formation et de recherche en santé (à hauteur de 1,4 millions d’euros en 2020). A titre d’exemple, dans le cadre de ces FSPI, le ministère finance des postes d’assistants techniques-chercheurs en santé au sein des Instituts Pasteur africains et de l’ANRS, et octroie des subventions exceptionnelles en appui aux initiatives locales.

Mobilisation de la communauté internationale : la France parmi les principaux contributeurs

Au sein de l’Union européenne

Le financement de la réponse européenne à la crise sanitaire est principalement assuré par le Fonds européen de développement (FED), auquel la France contribue à hauteur de 5,43 milliards d’euros pour la période 2014-2020, et par la Banque européenne d’investissement. La France plaide pour que l’Afrique soit considérée comme un continent prioritaire dans la riposte financée par l’Union européenne à destination des pays en développement
La réponse internationale de l’UE est fondée sur une coordination accrue avec les Etats membres et les institutions européennes (approche « Equipe Europe »). Elle est estimée à 36,8 Milliards d’euros.

L’usage de ces fonds s’articule autour de 3 piliers :

  • urgence sanitaire et humanitaire,
  • renforcement des systèmes de santé,
  • réponse aux impacts économiques et sociaux de la crise.
    Un appel spécifique du Partenariat Europe – pays en développement sur les essais cliniques (EDCTP) a été doté d’un budget 4,75 millions d’euros, dont 1 million apporté par la France, en soutien au développement des capacités de recherche en Afrique pour répondre à la crise.

Au sein du G20

Les vulnérabilités liées à la dette publique des pays africains ont été décuplées ces derniers mois, dans le contexte de la crise sanitaire.

La France a œuvré pour faire adopter l’initiative de suspension du service de la dette (ISSD) par le G20 et le Club de Paris. Les créanciers membres du G20 ont pris, en avril 2020, une décision inédite : ils suspendent jusqu’au 31 décembre 2020 le paiement du service de la dette (intérêts et principal) qui leur est due par 73 pays vulnérables qui sont confrontés à des difficultés budgétaires en raison de la pandémie. Au 25 septembre 2020, 46 pays avaient demandé à bénéficier de l’initiative auprès des membres du G20, dont 30 pays d’Afrique subsaharienne.

Le G20 a décidé le 14 octobre 2020 de prolonger l’ISSD pour 6 mois et d’engager une réflexion sur la manière de rendre plus soutenable la dette des pays les plus endettés. Il a convenu en principe d’un « cadre commun » pour les traitements de dette au-delà de l’ISSD, qui devront intervenir dans un cadre multilatéral et au cas par cas, afin de tenir compte de la situation économique et financière de chaque pays.

Au sein des fonds multilatéraux

La France compte parmi les premiers bailleurs des grands instruments multilatéraux en matière de santé. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, l’Alliance du Vaccin GAVI ou Unitaid ont réorienté une partie de leurs programmes en faveur de la lutte contre la Covid-19 et vont poursuivre leurs efforts.

Au sein de l’Organisation mondiale de la Santé

L’OMS (environ 20 millions d’euros par an) joue un rôle majeur notamment dans la coordination de la réponse internationale face à la pandémie.
Avec une contribution d’environ 20 millions d’euro par an, la France est le 6ème contributeur au budget de l’OMS. Elle a conforté son soutien à l’organisation d’abord par le versement d’urgence de 1 million d’euros dans le cadre du Plan stratégique de prévention et de réponse (PSPR) de l’organisation, puis par une contribution supplémentaire de 50 millions d’euros (pour la période 2020-2021) annoncée durant la conférence des donateurs de Bruxelles du 4 mai 2020.