Nouvel instrument de recherche, AFRIQUE-LEVANT/Iran, 1953-1965 (367QO)

Les archives diplomatiques viennent de finaliser un nouvel instrument de recherche : AFRIQUE-LEVANT/Iran, 1953-1965 (367QO).

L’année 1953, date à laquelle l’Iran est rattaché à la sous-direction Levant au sein de la direction Afrique-Levant, est charnière pour l’histoire de ce pays. Le Premier ministre Mohammad Mossadegh, qui venait de nationaliser deux ans auparavant le pétrole iranien aux dépens des compagnies pétrolières occidentales, est renversé par un coup d’État soutenu par les services secrets britanniques et américains. Ce changement de régime marque la fin de la période de pluralisme née de la résolution du second conflit mondial (volumes 8 à 10). En évinçant Mossadegh, le Shah Mohammad Reza Pahlavi affirme son pouvoir sur la scène politique iranienne et s’engage à régler le contentieux pétrolier : si la reconnaissance de la nationalisation et de la propriété iranienne des installations est entérinée en septembre 1954, un consortium international se charge de la production. Les négociations entre l’Iran et le Consortium sont détaillées dans le volume 25.

Sur le plan intérieur, les élections sont contrôlées et les mouvements d’opposition nationaliste, communiste, islamiste ou autonomiste subissent la répression de services de sécurité renforcés sous l’impulsion du monarque (volumes 11, 47 et 49). Profitant de l’augmentation des revenus du pétrole, le Shah lance un grand plan de développement du pays, le deuxième plan septennal, de 1955 à 1962, dont une batterie de réformes destinées à relancer une économie dévastée depuis l’occupation conjointe du pays par les Britanniques et les Soviétiques (volumes 22, 70, 71, 72). Il obtient dans ce but le soutien – et l’aide matérielle – de l’administration du nouveau président des États-Unis John F. Kennedy (volume 60).

Quittant sa position traditionnelle de neutralité, l’Iran entre officiellement dans le camp occidental en 1955 en adhérant au Pacte de Bagdad, ce qui provoque les années suivantes une série de crises avec l’URSS voisine (volumes 19, 20, 67, 68). Téhéran craint l’influence des soviétiques, notamment en Irak, où la monarchie hachémite est renversée en 1958 par un coup d’État, et en Égypte, où le colonel Nasser condamne « l’impérialisme » occidental et se pose en rival régional. Les relations entre l’Iran et ses voisins arabes sont également détériorées par la question d’Israël et la reconnaissance de ce pays par l’Iran en 1960 (volumes 15 à 21).

La France, quant à elle, bénéficie de la bienveillance d’élites iraniennes souvent formées au sein d’établissements français et se montre très présente sur les plans politique, économique et culturel. Les relations bilatérales sont marquées par la bonne entente, malgré quelques points de discorde comme la politique de décolonisation menée par la France, notamment en Algérie, ou la résolution de contentieux financiers (volumes 14, 48 et 75). En octobre 1963, le voyage du général de Gaulle rencontre un franc succès et vient renforcer la coopération entre les deux pays (volumes 50 et 51). Celle-ci s’effectue notamment au niveau technique, avec l’envoi d’experts ; au niveau éducatif avec une accélération de la collaboration universitaire dans le domaine médical et de l’enseignement du français en Iran ; au niveau culturel enfin, grâce aux échanges artistiques et aux travaux archéologiques (volumes 84 et 85). Par ailleurs, de nombreuses entreprises françaises commercent en Iran et travaillent à la réalisation de projets industriels, comme le barrage de Latyan, ou à l’exploitation des ressources pétrolières dans la région du Khouzistan (volumes 77, 78, 82).

Outre les questions économiques, les archives de la sous-direction Afrique-Levant apportent un éclairage majeur sur les réformes de modernisation du pays, dites de la « Révolution blanche », ardemment souhaitées par le Shah qui y voit un bon moyen de renforcer son pouvoir personnel. Au début des années 1960, l’État lance une importante réforme agraire, nationalise forêts et pâturages, privatise les entreprises publiques et offre aux travailleurs une participation aux bénéfices (volumes 70 à 72). Le droit de vote est accordé aux femmes et des conscrits, désignés sous l’appellation d’Armée du savoir, sont envoyés dans les campagnes pour contribuer à l’alphabétisation (volume 83). Ces réformes, mises en œuvre avec l’aide des pays occidentaux, entraînent des bouleversements politiques et sociaux majeurs, dont un important exode rural. Les grands propriétaires terriens et les chefs tribaux, ainsi qu’une partie du clergé qui gère les donations de mainmorte, sont peu à peu privés de leurs privilèges, et entretiennent l’hostilité aux réformes des paysans paupérisés, des étudiants en religion et des commerçants du bazar. Des troubles éclatent en 1961 et 1963 dans les grandes villes et sont violemment réprimés. La politique de répression conduit à l’arrestation et à l’exil de l’Ayatollah Khomeiny en 1964 (volume 49). Mais le Shah perd ses soutiens traditionnels et peine à garder la sympathie d’une classe moyenne émergente qui subit de plein fouet le manque de libertés politiques (volumes 39 à 50).

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