Vues de Chine

Illust: Mandarin du cinquièm, 45.3 ko, 350x500
Mandarin du cinquième ordre, allant au palais, en habit de cérémonie (tome 1, planche V, page 62)

La Chine en miniature, ou choix de costumes, arts et métiers de cet empire, représentés par 74 gravures, la plupart d’après les originaux inédits du cabinet de feu M. Bertin,… / Jean-Baptiste Breton de la Martinière
Paris : Nepveu, 1811
Bibliothèque, 30 F 23 (tomes 1 et 2)


Exemplaire acheté à la librairie Delaroque le 16 octobre 1901.

Publié en 1811 et 1812, La Chine en miniature, de Jean Baptiste Joseph Breton, dit Breton de La Martinière, n’est pas l’œuvre d’un voyageur, ni d’un sinologue. Mais il constitue, en même temps qu’un charmant produit de l’édition parisienne du Premier Empire, recherché des bibliophiles, un remarquable témoignage de la vision de la Chine offerte aux lecteurs français à l’aube du XIXe siècle, ainsi qu’un intéressant cas de diffusion, par le livre, d’une documentation réunie, dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, par un précurseur des études et des échanges franco-chinois, le ministre Henri Léonard Bertin.

Illust: Palais de Yuen-Ming-, 48.6 ko, 500x350
Palais de Yuen-Ming-Yuen (tome 1, planche XIII, page 99)

Né à Paris, Jean Baptiste Joseph Breton (1777-1852) est le fils d’un lieutenant général civil et criminel au bailliage de Pont-à-Mousson. Au début de la Révolution, il est, très jeune, initié à l’art de la sténographie, importé d’Angleterre, auquel les débats des assemblées, des clubs et des tribunaux donnent un rapide développement.

Dès 1792, un journal l’engage pour sténographier les débats de l’Assemblée, ce qu’il fera durant toute la Révolution, assistant par ailleurs, toujours pour en recueillir intégralement la teneur, aux grands procès tel celui de Babeuf, mais aussi aux cours de savants. Polyglotte, il est traducteur-interprète près les tribunaux pour l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, le hollandais et le flamand et se lance dans la traduction et la publication d’ouvrages principalement anglais et allemands : en tout, une trentaine de titres historiques, récits de voyage, romans gothiques ou à l’eau de rose, souvent en plusieurs volumes. Il entre, en 1815, au Journal des débats, redevenant sténographe parlementaire – fonction qu’il assumera jusqu’au 2 décembre 1851 ! –, et fonde, en 1825, la Gazette des tribunaux.

Breton, qui avait fait paraître, en collaboration, plusieurs récits de voyage, à travers les départements de la France, la « ci-devant Belgique » et la rive gauche du Rhin (1802), le Piémont (1803), avait publié, en 1804, une traduction du Voyage en Chine et en Tartarie de lord Macartney et, en 1807, une traduction du Voyage en Chine de John Barrow, autre relation de la même ambassade. En 1811, il donne enfin La Chine en miniature, ou choix de costumes, arts et métiers de cet empire, représentés par 74 gravures, la plupart d’après les originaux inédits du cabinet de feu M. Bertin, ministre ; accompagnés de notices explicatives, historiques et littéraires. Cet ouvrage au très petit format in-18, en quatre tomes et quatre volumes – qui peuvent toutefois avoir été regroupés sous une même reliure – est imprimé par Demonville pour le libraire parisien Antoine Nepveu, actif au passage des Panoramas.

Illust: Manière dont on (...), 46.6 ko, 500x350
Manière dont on imprime à la Chine (tome 2, planche XXVII, page 89)

La préface de Breton expose l’origine du livre : la documentation relative à la Chine accumulée à partir de 1765 par Henri Léonard Bertin (1720-1792), contrôleur général des finances de 1759 à 1763, secrétaire d’Etat de 1763 à 1780, particulièrement chargé de manufactures et de questions économiques, fasciné par la Chine et partisan résolu, sinon de l’échange des connaissances, du moins du renseignement économique. En 1764, profitant du séjour à Paris de deux jeunes prêtres chinois, Bertin leur avait fait visiter le royaume et ses manufactures afin d’amorcer par leur intermédiaire, dès leur retour en Chine, une correspondance avec les pères de la Mission française de Pékin, qui envoyèrent effectivement au ministre, jusqu’en 1790, mémoires, objets, échantillons, ouvrages, les connaissances accumulées étant publiées, à partir de 1774, au sein des Mémoires concernant les Chinois.

L’origine de La Chine en miniature, écrit donc Breton, est la collection de quelque 400 dessins originaux et peintures reçus de Pékin par Bertin, presque entièrement acquise en 1792 par le libraire Nepveu lors de la dispersion des biens de l’émigré Bertin. Désireux de publier les plus intéressants, l’heureux acquéreur a confié à Breton le soin d’en assurer le commentaire. Comme le reconnaît modestement celui-ci, « cet ouvrage n’est qu’une compilation » ; une multitude de relations anciennes et modernes – dont celle de M. de Guignes – ont été mises à contribution.

En dehors de quelques notices générales, chaque tome est ainsi essentiellement formé d’une succession de planches, suivies chacune d’un commentaire de quelques pages. La plupart des planches, gravées de manière à pouvoir être coloriées, ce qui contribue en effet au charme de l’ouvrage, représentent des personnages, des métiers, des procédés, des instruments ou encore des supplices : l’empereur, des mandarins, des soldats, un lama, un bonze, le « tour pour travailler la porcelaine », la « récolte du thé par les singes », la « fabrication de l’encre de Chine », la « punition infligée à un interprète », etc.

Succès de librairie, La Chine en miniature s’accroît en 1812 de deux tomes supplémentaires V et VI, imprimés cette fois par Lenormand et spécifiquement intitulés Coup d’œil sur la Chine. Ils se distinguent notamment par la présence de six dépliants visant à reproduire, dans leur longueur, des peintures sur rouleau représentant des cortèges. Enhardi, le prolifique Breton poursuivra sa collaboration avec Nepveu, publiant pour ce libraire, de 1813 à 1818, des ouvrages conçus suivant le même principe consacrés à la Russie, à l’Egypte et à la Syrie, à l’Espagne et au Portugal, à l’Illyrie et à la Dalmatie et enfin au Japon.


Article rédigé par Grégoire Eldin et publié dans l’ouvrage collectif La Chine, une passion française : archives de la diplomatie française (XVIIIe-XXIe siècle). Portet-sur-Garonne : Loubatières, 2014. Bibliothèque, T-5674.

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